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Nationale

Crimes coloniaux : L’Afrique exige justice et réparations

Crimes coloniaux : L’Afrique exige justice et réparations
Le procès du colonialisme. 

Le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, a appelé, ce dimanche à Alger, à inscrire le colonialisme, l’esclavage et la ségrégation raciale dans le registre des crimes imprescriptibles contre l’humanité, tout en évoquant la mise en place de mécanismes de réparation pour rendre justice à tout un continent, spolié et meurtri des siècles durant.

Lors de son allocution prononcée à l’ouverture de la Conférence internationale sur les crimes du colonialisme en Afrique, M. Attaf a affirmé qu’« il était temps de franchir un nouveau seuil dans la quête africaine de justice historique », soutenant que « l’Afrique estime, à juste titre, que le moment est venu d’inscrire le colonialisme, avec ses racines et ses pratiques, au rang des crimes internationaux imprescriptibles ».

Il a tenu à expliquer que la démarche n’a pas pour objectif de « raviver des ressentiments » mais à rétablir la vérité historique, à désigner clairement les responsabilités et à créer les conditions d’une véritable réconciliation avec l’Histoire. Il a souligné que « nous ne sommes pas ici pour entretenir les douleurs du passé, mais pour rétablir les droits, appeler les choses par leur nom et rappeler au monde ses obligations ».

Attaf a inscrit les travaux dans la démarche engagée par l’Union africaine pour l’année 2025, placée sous le thème « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations ». Il a ajouté que ce rendez-vous s’inscrit dans le prolongement direct de la proposition formulée par le président Tebboune lors du sommet de l’UA au début de 2025. Une proposition que « les dirigeants africains ont soutenue et adoubée à l’unanimité », a-t-il souligné.

 Dans un long développement, Ahmed Attaf a déconstruit ce qu’il a qualifié de « mythes fallacieux » autour de la colonisation. Il a affirmé avec une profonde conviction que « le colonialisme n’a jamais été un projet de civilisation. Dans sa totalité, il fut une entreprise de spoliation, de domination et d’anéantissement ».

Le ministre a rappelé que le colonialisme a cumulé « avant l’heure » toutes les catégories de crimes définies aujourd’hui par le droit international, à savoir crime d’agression, crime contre la paix, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et même crime d’extermination.

Il a dénoncé les tentatives persistantes de « fausser l’Histoire, d’inverser les responsabilités, ou d’édulcorer les faits », alors même que les peuples africains continuent d’en payer les conséquences. Le discours du ministre a ensuite pris un tour mémoriel fort, convoquant les souffrances des peuples africains.

Une mémoire qui refuse l’oubli

Il a rappelé les tragédies du Congo, où la colonisation belge a décimé la moitié de la population, le massacre du peuple bamiléké au Cameroun, les génocides des Hereros et des Nama en Namibie, les répressions sanglantes en Angola, au Mozambique, au Madagascar et d’autres pays « touchés par la main prédatrice du colonisateur ». Martelant que « la mémoire africaine refuse l’oubli », il a évoqué l’exclusion du continent des différentes révolutions politiques, industrielles, scientifiques et culturelles que le monde a connues pendant la même période.

Le ministre a également consacré une large partie de son intervention à la colonisation française en Algérie, qu’il a décrite comme « l’un des cas les plus singuliers et les plus violents de l’histoire moderne ». Expliquant qu’en Algérie, le colonialisme n’a pas été un système d’exploitation, mais un projet d’annihilation, il a mis l’accent sur la nature profondément « coloniale, agressive et exterminatrice » du système imposé par la France.

Ahmed Attaf a égrené les étapes des violences coloniales, les massacres du XIXe siècle des Zâatcha, de Laghouat, de la Kabylie, du Dahra, de la politique de la terre brûlée, des expropriations massives, du Code de l’indigénat, des massacres de la répression sanglantes du 8 mai 1945, des brutalité massives de la guerre d’indépendance, et du déplacement forcé de plus de trois millions d’Algériens, évoquant aussi les séquelles des essais nucléaires français dans le Sahara. Il a soutenu que « sur toute la terre d’Algérie, chaque parcelle porte encore l’empreinte des crimes coloniaux ».

Pour Attaf, les attentes africaines sont légitimes et très claires. Il s’agit de la reconnaissance officielle et explicite des crimes coloniaux, de la criminalisation du colonialisme en tant que système dans le droit international et des réparations justes, qu’il a qualifiées d’« exigence légitime » et non d’« aumône morale ou politique ».

S’appuyant sur Frantz Fanon, il a cité que « le colonialisme n’est pas un être pensant ou rationnel, il est la violence à l’état brut », afin de souligner que « de même que l’esclavage et l’apartheid ont été criminalisés, le colonialisme doit l’être en tant que tel ».

Par ailleurs, le ministre a tenu à rappeler que la lutte contre le colonialisme n’est pas une question du passé, citant les territoires occupés du Sahara occidental. Il a assuré qu’« à nos frères de la dernière colonie d’Afrique, nous renouvelons notre solidarité et notre soutien dans leur combat pour le droit inaliénable à l’autodétermination ».

Il a aussi réaffirmé la position constante du Continent africain concernant la Palestine, affirmant avec force que « l’Afrique reste fidèle à la parole de Mandela : ‘’Notre liberté demeure inachevée tant que la Palestine n’est pas libre’’ ».

Attaf a lancé un appel vibrant à la responsabilité collective, citant les grands symboles panafricains, à l’instar l’Emir Abdelkader, Nelson Mandela, Patrice Lumumba, Amílcar Cabral, Kwame Nkrumah, Julius Nyerere et tant d’autres. Il a affirmé que « ce qui nous rassemble aujourd’hui n’est pas un slogan. C’est un devoir moral, une dette envers nos ancêtres, une mission que nous devons accomplir pleinement ».



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