L’Algérie a été soumise, de tout temps, à une activité sismique intense avec comme résultats des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants. Cette activité a été dommageable non seulement pour les personnes, mais également pour la collectivité dans son ensemble au point d’en altérer son développement pour un certain nombre d’années (à l’instar du séisme de la ville de Boumerdès en 2003 dont l’Algérie continue encore de porter les stigmates). Cette activité sismique permanente résulte, pour l’essentiel, de la nature géologique de la région maghrébine et ses caractéristiques tectoniques à la frontière des plaques africaine et eurasienne en mouvement compressif permanent. Du fait de cette situation, et pour permettre de juguler ou, tout au moins, minimiser les effets pervers pouvant naître de ce type de catastrophe, les pouvoirs publics se sont, depuis le désastre de 1980, attelés à mettre en place les instruments nécessaires susceptibles d’épargner à la collectivité des pertes et des dégâts autrement plus graves.
Ainsi, une batterie de mesures se rapportant à la connaissance du phénomène sismique et à la gestion des conséquences qu’il génère a été dégagée sur la base d’un plan de phasage articulé sur trois points :
- appréciation de l’aléa sismique par la quantification des risques qu’il renferme en identifiant les failles actives sur la base de l’évaluation des niveaux de secousses dans la région épicentrale en particulier et en un certain nombre d’autres sites.
Cette première phase permet également d’identifier et de cartographier les risques potentiels susceptibles d’éclore.
- evaluation des niveaux de vulnérabilité des populations et du patrimoine collectif (individus, ouvrages d’art, activités socio-économiques) en fonction de l’aléa sismique.
- définition et recensement de toutes les mesures de préparation, de prévention et d’intervention à mettre en place en vue de contenir le risque sismique dans des limites relativement acceptables pour la collectivité.
2- Vulnérabilité par rapport aux risques naturels
A l’instar des aléas technologiques et humains, clairement identifiés par le législateur algérien, les risques naturels qui pèsent sur la collectivité se présentent comme suit :
- séismes et risques géologiques.
- inondations.
- risques climatiques.
- feux de forêt.
Toutefois, au regard des nuisances qu’il renferme, l’aléa sismique est de loin celui qui supplante tous les autres, compte tenu de l’ampleur des destructions et des pertes qu’il peut provoquer tant pour la collectivité que pour son patrimoine économique. Et ce d’autant que celui-ci peut être également à l’origine de l’éclosion d’autres risques aussi dommageables (inondations, mouvements de terrain, tsunami et autres phénomènes secondaires).
C’est dire le degré de dangerosité que présente l’aléa sismique par rapport à tous les autres risques d’obédience naturelle.
Par ailleurs, cette violence destructrice s’apprécie du point de vue des effets directs qu’elle génère après chaque tremblement de terre et que l’on peut synthétiser comme suit :
- apparition de failles.
- vibrations du sol.
- liquéfaction des sols.
- mouvements de terrain.
- inondations.
3- Dispositif de protection
Depuis l’avènement du séisme d’El-Asnam en 1980, la recherche de la réduction des effets sismiques et, de façon plus générale, de l’ensemble des catastrophes naturelles et technologiques s’est inscrite dans les préoccupations législatives et réglementaires des pouvoirs publics algériens.
A ce titre, des plans nationaux de prévention et d’organisation des interventions et des secours en cas de catastrophe ont été mis en place et consacrés par une série de textes à caractère réglementaire (le plus récent est celui de la loi 04-20 du 25 décembre 2004 relative à la prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes dans le cadre du développement durable).
A partir de là, la gestion des catastrophes devient un cycle d’activité permanent ayant pour finalité (à défaut de leurs résorptions immédiates et définitives) la réduction de leurs effets les plus dramatiques.
4- Mesures préventives
et réglementaires de
réduction des risques
Celles-ci sont constituées d’un ensemble de mesures préventives et réglementaires qui tendent à réduire ou à minimiser les effets induits par les désastres.
Au plan préventif, plusieurs commissions multidisciplinaires, dont fait partie la Protection civile, ont travaillé assidûment autour des thèmes qui présentent un intérêt vital, s’agissant de :
- l’étude de l’aléa sismique ;
- l’élaboration des cartes de sismicité ;
- la régionalisation sismique par le micro-zonage urbain et industriel ;
- l’élaboration et l’actualisation des règles parasismiques algériennes (RPA) ;
- l’évaluation du risque sismique pour les immeubles, ouvrages et installations existantes ;
- l’étude de vulnérabilité des installations stratégiques et des zones d’habitations ;
- l’intégration de l’aspect économique et de prévention dans le processus d’analyse économique des risques dans la définition des actions programmatiques de développement ;
- la connaissance technique des risques sur le plan organisationnel et l’homogénéisation des moyens de coordination des actions sur le plan opérationnel ;
- l’information et la sensibilisation de tous les intervenants (décideurs et population) face au danger sismique ;
- le pourvoi des organismes scientifiques, techniques et d’intervention par l’acquisition des équipements nécessaires (réseau de mesures, création de laboratoires, instruments de recherche, moyens d’intervention et secours).
Au plan législatif et réglementaire, outre l’ordonnance n° 76.04 du 20 février 1976 relative aux règles applicables en matière de sécurité contre les risques d’incendie et de panique et à la création de commissions de prévention et de protection civile, il a été promulgué une série de textes, depuis 1980 jusqu’à ce jour, comme présentés ci-après :
- loi n° 03-10 du 19 juillet 2003 relative à la protection de l’environnement dans le cadre du développement durable.
- loi n° 04-20 du 25 décembre 2004 relative à la prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes dans le cadre du développement durable.
- loi n° 05-07 du 28 avril 2005 relative aux hydrocarbures.
- décret n° 98-339 du 3 novembre 1998 définissant la réglementation applicable aux installations classées.
- décret n° 99-253 du 7 nombre 1999 portant composition organisation et fonctionnement de la commission de surveillance et de contrôle des installations classées.
- décret n° 06-198 du 31 mai 2006 définissant la réglementation applicable aux établissements classés pour la protection de l’environnement. L’assise législative et réglementaire étant ainsi définie, les pouvoirs publics algériens vont renforcer ce dispositif par des procédures plus rigoureuses encore, s’agissant de l’octroi d’autorisations au titre des dossiers initiés dans le cadre de projets présentant un risque de par la nature de l’activité qu’ils renferment.
- des procédures plus contraignantes applicables aux installations classées (le législateur algérien va s’atteler à mettre en place une batterie de mesures en vue de l’évitement de choix de terrains d’assiette se situant dans les zones de sismicité actives telles que définies par l’étude de l’aléa sismique en Algérie.
Dans ce cadre, il est fait obligation à tout opérateur public ou privé intéressé par ce type d’investissement :
- d’envisager l’implantation de son infrastructure en dehors des zones d’habitations (des zones d’activités industrielles étant prévues à cet effet) en conformité avec les nouvelles règles édictées en la matière ;
- d’observer les distances réglementaires entre les différents ouvrages destinés à abriter les différents locaux et structures ;
- de respecter scrupuleusement les règles et consignes d’emplacement des infrastructures d’hydrocarbures, des bâtiments et voies d’accès (périmètre de sécurité) ;
- d’appliquer le code parasismique en vigueur en Algérie ;
- de faire suivre la réalisation de la construction par un organisme de contrôle technique qui est tenu de faire respecter le code parasismique. M. F.
(A suivre)
(*) Directeur de la Protection civile
de la wilaya d’Annaba. |