Rencontré en marge des festivités organisées à l’Adjouad, dans l’extrême sud du Sahara occidental, pour célébrer l’anniversaire de l’union des tribus sahraouies autour du Front Polisario, le ministre de la Défense de la République arabe sahraouie démocratique, Mohamed Lamine Bouhali, a déclaré ne plus croire à une solution négociée entre le Polisario et le Maroc en vue de permettre au peuple sahraoui de s’exprimer librement à travers un référendum sous l’égide de l’ONU pour déterminer l’avenir du Sahara occidental.
Le Jeune Indépendant : Quelle portée peut avoir cette commémoration du 34e anniversaire de la consécration de l’union entre les tribus sahraouies autour du Front Polisario, surtout que l’évènement est organisé au cœur des territoires libérés à 25 km du mur marocain ?
Mohamed Lamine Bouhali : Il s’agit d’une date profondément symbolique pour le peuple sahraoui qui a signifié son opposition au colonialisme et à toute volonté expansionniste au détriment de son territoire.
Son organisation ici dans la première région militaire entre aussi dans le cadre des préparations militaires enclenchées depuis quelques années, du moment que nous ne croyons plus aux négociations du fait de la faiblesse de l’ONU et de l’entêtement du Maroc. A ce propos, il est apparu vraisemblablement que le Maroc ne comprend toujours pas la nouvelle donne mondiale.
Notre message est très clair : Nous sommes un peuple qui se bat pour la liberté et l’indépendance. Toutes nos démarches vont dans le sens de la résistance et la préparation pour le jour du référendum ou celui de la grande bataille.
A quoi renvoie la dernière escalade du Maroc qui a procédé à l’arrestation d’activistes sahraouis et empêchent d’autres de voyager ?
Ce qui se passe actuellement est une folie du colonisateur. Il est connu de celui-ci qu’il ne reconnaît pas le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cette escalade reste aussi une preuve de la réalité du régime marocain qui veut vendre une image qui contraste sévèrement avec la sienne.
La question qui se pose est de savoir quel tort ont des militants des droits de l’homme et quel tort a Soltana Khiyar à qui on a arraché l’œil et qui voulait repartir en Europe pour des soins complémentaires ? Quel tort ont-ils pour que le Maroc leur interdise de voyager ou les incarcèrent.
L’autre point est relatif au groupe qui devait participer aux commémorations ici et qui possèdent tous les papiers nécessaires, mais qui a été bloqué par les autorités marocaines aux frontières. Mais d’une manière générale, cela est de la nature du régime marocain, qui adopte une politique répressive sauvage qui ne diffère en rien de son prédécesseur, le colonisateur espagnol.
Dans ce contexte, comment voyez-vous l’avenir du processus de négociations ?
Je pense que l’avenir des négociations n’augure rien de bon. Ce sont les gestes qui déterminent la réelle intention de quelqu’un. Nous connaissons bien le Maroc comme étant un régime colonial, répressif et brutal et nous savons qu’il s’en tient toujours à sa position première (plan d’autonomie, Ndlr) qui est de priver le peuple sahraoui de son droit à l’autodétermination et d’imposer son fait accompli. C’est ça le Maroc qui n’inspire pas confiance à ses voisins. C’est ainsi qu’il exporte ses problèmes internes vers ces derniers.
Dans ce cas, la solution armée reste-t-elle envisageable ?
Conformément aux dispositions adoptées lors du 12e congrès du Front Polisario en en décembre 2007, il s’agit de traduire l’une d’entre elles sur le terrain, concernant notamment l’acceptation de revenir à la table des négociations et du dialogue pour trouver un terrain d’entente pour une paix durable. Mais dans le cas de l’impossibilité de trouver une solution juste conforme à la légalité internationale, le Congrès octroie à la direction la prérogative de choisir et d’opter pour le retour aux armes. Il s’agit justement de la prochaine période. Une période de concentration pour la recherche d’une alternative.
Pensez-vous que la situation mondiale est favorable à la solution militaire?
Ce que nous constatons, c’est que les guerres en Irak, en Afghanistan, au Soudan ainsi que d’autres foyers de tension notamment sur le continent africain ne sont toujours pas résolus. Ni l’ONU qui reste incapable d’imposer la paix ni le Conseil de sécurité ne sont en mesure d’imposer une solution diplomatique à ces conflits. Dans ce cadre, le peuple sahraoui ne peut attendre indéfiniment une solution qui reste impossible à trouver dans ce contexte.
En tant que peuple, nous avons trop longtemps attendu. Cela fait 18 ans que l’ONU n’arrive toujours pas à tenir ses promesses d’organiser un référendum d’autodétermination dans le cadre d’une solution négociée et pacifique.
Et je pense que notre cause diffère de toutes ces autres causes dans tous les sens du terme tant il s’agit d’une question de décolonisation approuvée à plusieurs reprises par le Conseil de sécurité et par l’Union africaine. Donc, jusqu’à quand allons-nous attendre de ce monde ce dont il est incapable de faire ?
Un commentaire sur l’humaniste français gréviste de la faim qui appelle le gouvernement de son pays à changer de politique dans le conflit sahraoui ?
Je crois que le peuple français commence depuis une année à comprendre ce qui se passe vraiment dans ce conflit et qui ne se reflète pas bien sûr le discours officiel de la France qui va dans le sens de la propagande marocaine.
Entretien réalisé par notre envoyé spécial au Sahara occidental, Yassine Mohellebi |