La cérémonie d’adieu à l’artiste peintre Ali-Khodja a eu lieu hier, lundi, à 11h au palais de la Culture Moufdi-Zakaria (Alger) en présence de plusieurs artistes, officiels et amis du défunt.
Une ambiance familiale, des visages tristes, d’autres sereins, marquaient cette matinée du 8 février au lendemain du décès d’Ali-Khodja, l’un des plus grands artistes peintres qu’a connus l’Algérie.
Beaucoup de ses anciens élèves à l’Ecole des beaux-arts, devenus célèbres aujourd’hui, se souviennent de «Allal», comme ils aimaient l’appeler. Ce professeur hors pair avait une manière si particulière de parler de l’art, de la peinture mais aussi de la vie et de la société algérienne. Ali-Khodja était certes connu pour ses miniatures, mais il se refusait à cet enfermement dans un genre précis. Artiste accompli et très conscient de la valeur d’une œuvre, il est aussi surnommé le «philosophe de la peinture algérienne». C’est difficile, effectivement, de résister à sa manière savoureuse et exquise de parler de l’art. Sa passion pour la peinture et sa vaste culture lui permettent d’énoncer un discours savant, superbement maîtrisé et non moins esthétique. Son talent de miniaturiste s’alliait alors à son éloquence et son intellect pour faire de lui une figure marquante de l’histoire culturelle de l’Algérie.
Né à Alger en 1923 au sein d’une vieille famille algéroise, il fut recueilli, après la mort de son père, par ses oncles maternels dont deux n’étaient autres que les fameux Mohamed et Omar Racim. C’est dans un milieu purement artistique et, bien entendu, favorable à l’éclosion de son talent qu’Ali-Khodja a passé son enfance et sa prime jeunesse. Après des études à l’école de Bologhine (ex- Saint-Eugène) puis à l’Ecole nationale des beaux-arts d’Alger où il suit les cours de calligraphie et de miniature de son oncle Omar Racim, il commence à exposer à partir de l’année 1941. En 1942, il reçoit la Bourse Sivry, section miniature, aux côtés de Mohamed Temmam et Bachir Yellès notamment. En 1944, il participe à l’exposition des «Jeunes peintres et miniaturistes musulmans d’Algérie». Il enchaîne, dès lors, les expositions, et se fait de mieux en mieux connaître dans le milieu culturel algérien et français. Après l’indépendance nationale, il est l’un des membres fondateurs de l’Union nationale des arts plastiques.
Son œuvre n’est pas uniquement marquée par la miniature. Il fut aussi un excellent aquarelliste, un remarquable peintre de paysages, notamment de l’Algérois, mais aussi un bon graveur. Dans les années 1980, il passe au non-figuratif avec des œuvres richement colorées sur toile, sur cuivre et sur or. Jusqu’à la fin de sa vie, Ali-Khodja n’a pas arrêté de peindre, de fréquenter les galeries et d’encourager les jeunes artistes. Bien que malade et assez âgé (87ans), sa mort a surpris plus d’un. «Je savais qu’il était malade mais je me disais qu’il ne va pas mourir, pas encore ! Je ne m’y attendais pas du tout», nous a confié une amie de la famille. La ministre de la Culture, Khalida Toumi, était présente, avec plus de cent personnes, à ce dernier hommage rendu à l’un des artistes algériens les plus appréciés dans son pays mais aussi à l’étranger. La dépouille mortelle de l’artiste a été exposée au palais de la Culture pour une dernière rencontre avec ses amis et sa famille avant d’être transportée vers sa dernière demeure, au cimetière de Sidi Abderrahmane El-Taâlibi. Paix à son âme.
Sarah Haidar |