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Mercredi 14/05/2008

Sport

 
Avec mon «propre» argent !

Par Nordine Mzalla


L’expression est très usitée chez nous en Algérie : «Avec mon propre argent…» Très justifiée à l’époque des pénuries, quand les souk el-fellah et les Galeries algériennes garnissaient et vidaient leurs rayons instantanément. Certains se plaignaient de ne pas être servis, de ne pouvoir consommer avec… leur propre argent. L’expression vient aussi de ces temps où l’Etat providence prenait en charge la dépense des citoyens dans beaucoup de domaines. Qui le billet d’avion pour une mission officielle pas toujours fructueuse, qui le mois de vacances familiales, aux frais de la princesse, sur les fonds de l’entreprise... Alors payer de sa poche devenait une faveur faite par le fonctionnaire, le salarié capricieux, épargnant naturellement, faute d’avoir à entamer ses revenus. Comme un sacrifice, un degré supérieur de nationalisme que cet honnête acquittement personnel des factures ! Parce que, pendant des années, frustrés de ne pouvoir consommer tout et n’importe quoi, comme nos émigrés, on a voulu culpabiliser le pays de ne pas adapter le marché de l’offre à notre pouvoir d’achat bibelotivore, à nos appetits de dépenses mégalomaniaques. Puis est venue notre époque, celle de l’abondance des produits venus du monde entier et entassés dans les boutiques, dans les supérettes et sur les trottoirs des rues du trabendo, de l’économie parallèle. Les premières expériences algériennes de la consommation du superflu avec la folie des grandeurs qui s’y greffe, des produits de première nécessité passant curieusement derrière la fantaisie, le dernier type de téléphone portable... Le piège du crédit, du paiement par facilités associé de mille fronts ouverts pour l’acquisition de ceci ou de cela, a fatalement conduit de nombreux foyers vers le surendettement. Du coup, nos compatriotes ne peuvent plus se targuer de vouloir s’affirmer avec leur propre argent.
Rattrapés qu’ils sont par les lois du libéralisme, celles qui font d’eux des consommateurs automates qui hypothèquent leur maison pour payer leur voiture, des lois qui menacent le stage pratique universitaire de leur enfants ambitieux pour solder des échéances relatives au dernier lave-vaisselle acheté à Hamiz.
Alors ne résistent que quelques richissimes algériens aux très gros revenus qui peuvent encore prétendre déclarer : «J’ai acheté cette luxueuse limousine avec mon propre argent.» Quoique dans cette sphère économique il ne s’agit plus de savoir si c’est leur propre argent mais surtout de vérifier si c’est de l’argent propre. Un sujet qui échappe forcément aux journalistes, aux sociolinguistes pour concerner inévitablement la justice sans qu’on ait à polémiquer davantage. N. M.

 



   

 

 

 

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