Arrêté durant la soirée du lundi 8 mars à son domicile de Téhéran, avec une quinzaine de personnes, le cinéaste iranien Jafar Panahi était en train d’effectuer le tournage d’un film sur les manifestations postélectorales en Iran.
Avant même l’arrestation de Jafar Panahi, le principal quotidien réformateur d’Iran, Etemad, et un hebdomadaire lié à la famille de l’opposant Mehdi Karoudi sont interdits de publication le jour même. D’après Panah, le fils de ce cinéaste, connu pour son opposition au président Mahmoud Ahmadinejad, l’équipe de son père préparait un film autorisé et non pas un sujet sur les manifestations remettant en cause les dernières élections présidentielles en Iran. Pour le procureur de Téhéran, Abbas Jafari Dolatabadi, Jafar Panahi n’est pas arrêté pour des raisons artistiques ou politiques, «il a commis un délit et est arrêté sur ordre du juge en compagnie d’une autre personne. L’enquête se poursuit». N’ayant plus le droit d’exercer et refusant de se soumettre, ce réalisateur, producteur et scénariste n’a d’autre choix que de travailler en cachette. Son fils rapporte que des hommes en civil se sont introduits dans la maison lundi soir, ont procédé à la perquisition, ont saisi des ordinateurs et des affaires personnelles, avant d’emmener Jafar Panahi, sa femme, sa fille et ses invités vers une destination inconnue. Pour rappel, ce dernier a manifesté dans les rues de Téhéran après la réélection contestée du président Ahmadinejad. En juillet dernier, il a participé à la commémoration de la mort de Neda Agha-Soltan, victime de la répression policière. Déjà arrêté avec sa femme et sa fille, puis relâché, il est protégé par sa notoriété. Mais les autorités iraniennes peuvent, cette fois, faire la sourde oreille et l’inculper plutôt pour des motifs socioreligieux.
«Je veux être la voix de l’Iran dans le monde», a confié Jafar Panahi au Devoir, en août dernier. Président du jury au 33e Festival des films du monde à Montréal, il n’a pas caché son opposition au régime en place, mais il venait de faire là son dernier voyage. Depuis, il ne peut plus sortir du pays et répondre aux invitations de festivals, comme celui de Berlin dernièrement. C’est au cours de ce même festival qu’il a obtenu en 2006 l’Ours d’argent pour son film Hors-jeu.
Mohamed Rediane |