Irrité par une réserve de François Hollande sur l’engagement de Stéphane Hessel

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Alain Gresh dénonce les manquements de la France

Alain Gresh épingle François Hollande et se livre à un procès implacable de la politique proche-orientale de la France. Directeur adjoint du Monde diplomatique dont il a été longtemps le rédacteur en chef, Gresh n’en finit pas de formuler ses griefs à l’encontre de Paris.

Fidèle à sa ligne de conduite et, surtout, au combat de son père Henri Curiel — militant anticolonialiste et internationaliste assassiné en 1978 à Paris —, le directeur adjoint du Monde diplomatique s’en prend au président français. Dans son blog «Nouvelles d’Orient», Alain Gresh critique des propos tenus par François Hollande lors des obsèques de Stéphane Hessel le 7 mars. S’il a rendu un hommage appuyé à Hessel l’homme, le chef de l’Elysée a émis une réserve sur ses positions dans le conflit israélo-palestinien. Hessel «pouvait aussi, porté par une cause légitime comme celle du peuple palestinien, susciter, par ses propos, l’incompréhension de ses propres amis. J’en fus, soulignait le président français. La sincérité n’est pas toujours la vérité. Il le savait. Mais nul ne pouvait lui disputer le courage».
Ces propos ont fortement irrité Alain Gresh. «Fait à ma connaissance sans précédent dans de telles circonstances», François Hollande s’est «permis de prendre ses distances à l’égard de Hessel» sur la Palestine. Le directeur adjoint du Monde diplomatique accuse le président français d’avoir, une nouvelle fois, «cédé aux nombreuses pressions».
«Il ne faut rien faire qui puisse susciter l’ire du gouvernement israélien», note, non sans sarcasme, le fils d’Henri Curiel. «On savait déjà que la personne qui écrit les discours du président était un dirigeant du Conseil représentatif des institutions juives de France» (CRIF, très aligné sur Israël).
Alain Gresh y voit une «confusion des genres qui ne peut qu’alimenter les discours antisémites rampants ; discours selon lesquels «les juifs sont partout, ce sont eux qui dictent la politique de la France».
Dans un éditorial daté du 27 février , le président du CRIF, Richard Prasquier, avait fortement critiqué Hessel, l’accusant d’être «avant tout un maître à ne pas penser». En épinglant François Hollande, Alain Gresh ne se prive pas de rappeler le gouvernement français à ses manquements au sujet du Proche-Orient. Au-delà des pressions, «il y a le refus persistant de tous ceux, au gouvernement comme dans l’opposition, de prendre en compte une réalité simple : c’est le gouvernement israélien qui refuse toute négociation de paix sérieuse et qui poursuit une politique de colonisation et de répression contre les Palestiniens», une réalité que Stéphane Hessel avait «plusieurs fois soulignée», notamment lors de son voyage à Gaza.
«A la fin de son mandat, le président Sarkozy avait fini par reconnaître que M. Benjamin Nétanyahou était un «menteur». Le président Hollande se comporte encore comme si on pouvait «convaincre» ce Premier ministre d’aller vers une paix véritable. Mais qui peut sincèrement croire un seul instant que le gouvernement israélien acceptera de se retirer de l’ensemble des territoires occupés en 1967, y compris Jérusalem ?», s’interroge Alain Gresh.
Autre grief formulé par le journaliste du Monde diplomatique , le gouvernement français «ferme les yeux sur le fait que le parti même de M. Nétanyahou est composé d’hommes et de femmes que, dans tout autre pays, on qualifierait de fascistes. Comme il ignorera demain que le parti Maison juive est un parti fasciste et raciste. Paris, qui n’a pas de mots assez durs pour critiquer le Hamas, cautionne ainsi les partis politiques israéliens d’extrême droite».
Quant à la politique de colonisation «persistante» d’Israël, Paris «se borne à des condamnations purement verbales, sans jamais prendre aucune mesure de sanction». Au contraire, s’émeut Alain Gresh, la coopération de Paris avec Israël dans tous les domaines – économique, politique, militaire et même policier – bat son plein. Alain Gresh va jusqu’à la comparer avec la politique socialiste en1956, allusion à l’alliance du gouvernement socialiste de Guy Mollet – au plus fort de la guerre d’Algérie – avec Israël et Londres contre l’Egypte de Gamal Abdel Nasser.
La plume d’Alain Gresh se fait plus vitriolée dans les derniers paragraphes de son blog. «Partout dans le monde, le gouvernement n’a qu’un mot à la bouche, celui des droits humains et de leur défense, partout sauf en Palestine. Il est ainsi resté bien silencieux sur le dernier rapport de l’Unicef consacré au traitement des enfants palestiniens». Comment expliquer ce silence, s’interroge le directeur adjoint du Monde diplomatique sur le ton du regret. «Les enfants palestiniens ne seraient-ils pas des enfants comme les autres».

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