Le président Marzouki lance des consultations pour remplacer Jebali

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Incertitudes politiques majeures pour la Tunisie

Le président tunisien Moncef Marzouki a rencontré hier le chef du parti islamiste Ennahda pour trouver un successeur au Premier ministre démissionnaire qui aura la lourde tâche de  former un cabinet à même de sortir le pays de sa pire crise depuis la révolution. Le chef de l’Etat a eu des entretiens avec Rached Ghannouchi, l’homme qui a causé le blocage de la situation politique en refusant l’option de son propre Premier ministre de former un gouvernement de technocrate.

C’est donc l’impasse politique en Tunisie avec la démission du Premier ministre Hamadi Jebali. L’homme qui s’est vu refuser par son propre mouvement, Ennahda, la création d’un gouvernement apolitique, pour faire face à la crise née de l’assassinat du leader Chokri Belaïd, a mis sa menace à exécution.
Avec ce coup d’éclat, le désormais ex-Premier ministre accule et ses partenaires et ses adversaires politiques en les poussant à dépasser les considérations politiciennes pour placer les intérêts du pays au dessus de tout.
Hamadi Jebali a même souligné dans son discours de démission mardi soir qu’il ne s’inscrira «dans aucune initiative qui ne fixe pas la date des prochaines élections» et qui ne soit pas à «l’abri des tiraillements politiques». Cet acte politique a été par ailleurs très apprécié par les partenaires étrangers de la Tunisie, dans un environnement historique très peu propice aux prises de positions politiques tranchantes.
Que fera le mouvement Ennahda, qui a grandement contribué à faire capoter la démarche de son numéro deux ? Le parti dispose du plus grand nombre de députés et désigne dès lors son candidat au poste de Premier ministre. Le président le charge ensuite de former son cabinet.
Plusieurs noms circulent, comme celui d’Abdelatif Mekki, le ministre de la Santé. Cependant Rached Ghannouchi et d’autres pontes de son parti ont laissé entendre qu’ils pourraient renommer le chef de gouvernement démissionnaire.
La vie politique en Tunisie est paralysée depuis des mois par l’incapacité de l’Assemblée nationale constituante d’achever la rédaction de la Constitution et donc de fixer un calendrier électoral.
Cette crise a été décuplée par l’assassinat de l’opposant anti-islamiste Chokri Belaïd le 6 février et dont les tueurs n’ont toujours pas été retrouvés.
Hamadi Jebali avait lancé le jour du meurtre une initiative de cabinet de technocrates pour éviter le «chaos», alors qu’une vague de violences secouait la Tunisie. Son propre parti a fait échouer le projet en insistant sur sa légitimité électorale pour gouverner.
Par contre, Hamadi Jebali s’est bâti une popularité certaine en dehors de son mouvement, s’attirant le soutien de nombre d’opposants, des partenaires sociaux, syndicats et patronat, ainsi que d’une large frange de la société civile.
Signe de cette popularité gagnée par Jebali, l’hommage que lui a rendu hier la presse tunisienne, habituellement peu tendre avec lui. Si le quotidien Le Temps note que «le chef du gouvernement claque la porte mais la laisse quelque part entrouverte», il souligne surtout que Hamadi Jebali «a administré à tous une admirable leçon de courage, de cohérence et d’attachement à l’intérêt suprême de la nation».
Le journal La Presse s’inquiète pour sa part, dans un éditorial titré «le choix du flou», de ce nouvel épisode d’un interminable feuilleton politique. «L’avenir du pays demeure incertain et l’on ne sait pas ce qui adviendra demain», regrette-t-il.
D’ailleurs, l’agence de notation Standard and Poor’s a abaissé avant-hier d’un cran la note souveraine de la Tunisie à «BB-» contre «BB», assortie d’une perspective négative en raison «des tensions politiques» et des «risques pour la transition démocratique». Outre les divisions politiques, la Tunisie fait face aux frustrations sociales qui dégénèrent régulièrement en violences, le chômage et la misère ayant été au cœur de la révolution qui a renversé Zine El Abidine Ben Ali en janvier 2011.
Quel que soit le futur Premier ministre, il aura quinze jours à compter de sa nomination pour former son équipe qui devra ensuite obtenir la confiance de l’Assemblée nationale constituante.
    

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