Kheireddine M’Kachiche :
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- Créé le mercredi 1 mai 2013 20:32
- Écrit par Readaction Jeune Independant
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«Le violon est un instrument multiculturel»
Venu à la onzième édition du Dimajazz international de Constantine comme invité au concert du quartet Chemirani, le violoniste algérien Kheireddine M’Kachiche vivra une nouvelle expérience internationale, ce lundi 29 avril, sous les lumières chaudes de la scène, les notes de percussion persane de Djamchid, Keyvan et Bijan, le son puissant du saz et la poésie chantée par Maryam. Deux traditions musicales se sont exposées, celles de l’Orient et du Maghreb mais avec des ouvertures sur le monde occidental et l’Afrique.
Cette performance scénique est telle qu’elle pourrait être renouvelée, tant ces artistes cherchent à développer avec cœur leur langage universel.
Après votre scène au 11e Dimajazz avec le quartet de la famille Chemirani, que pensez-vous de votre performance, vous au violon et eux au chant, au saz et aux percussions ?
Le saz, c’est une nouveauté chez les Chemirani. Autrefois, c’était seulement la percussion et le chant. Depuis quelque temps, Bijan a commencé à jouer le saz. Ce qui a donné une nouvelle couleur dans cet ensemble. Le mariage saz, violon, percussions était parfait. Ce n’est pas un avis personnel, tout le monde l’a ressenti dans cette formation. Les morceaux joués, c’était très sympathique, pas trop compliqués, pas trop simples non plus. Il y avait, je ne pourrais qualifier cela de fusion, plutôt un tissage. Un tissage avec divers modes : arabe, perse, africain, occidental un peu, aussi. Ce qui a donné une couleur assez belle. Le public a très bien apprécié. Moi-même, je me suis beaucoup amusé sur scène pendant ce concert.
Dans cette rencontre avec un tel ensemble aussi expérimenté, comment ça se passe, est-ce votre instrument qui doit s’adapter à ses compositions, ou est-ce un croisement entre les deux parties, un croisement dans lequel il y a les modes persans, les modes andalous et, bien sûr, votre propre style ?
Cela dépend du concept du concert. Dans ce concert, j’étais l’invité des Chemirani, la tête d’affiche de cette soirée. Par conséquent, je dois m’adapter à leur musique et pas l’inverse. Nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour la préparation. Je n’avais pas reçu d’écoute avant ce concert, j’étais alors frustré et stressé un peu. Ce n’est qu’après leur arrivée à Constantine que nous avons fait le tour de la question. Pour moi, c’était très abordable finalement. Car, disons que le concept actuel des Chemirani est très commun avec celui que je développe en parallèle. Je n’ai donc pas eu beaucoup de mal à m’adapter. Ils ont été très étonnés par ma rapidité d’adaptation. A la fin de notre préparation, ils m’ont proposé que je joue une de mes compositions et c’est à eux de s’y adapter. Ça a très bien collé et le public a beaucoup aimé les deux parties de ce concert, c’est-à-dire Chemirani et Kheireddine et vice-versa.
La durée de cette composition est de plus de cinq minutes, vous avez affirmé lors de la conférence de presse qu’elle est encore en chantier. Comment un artiste peut-il présenter sur scène un titre qui n’est pas encore fini ?
Cette composition est une inspiration personnelle de différents modes algériens, nous les utilisons régulièrement dans différentes musiques au niveau du territoire algérien. Chaque fois, je reviens sur ce point. L’Algérie a plusieurs couleurs de musique très différentes. Il y a un melting pot de modes vu les civilisations passées en Algérie, l’emplacement géographique par rapport à l’Afrique et la Méditerranée et l’Occident aussi. Il y a eu donc mélange de plusieurs genres, nous trouvons de tout. C’est une musique très riche. Nous trouvons des musiques dans le Sud qui n’existent pas dans le Nord et l’inverse. Pour faire un morceau, il y a toute une somme à prendre. Le titre en question, je ne l’ai pas encore terminé. J’ai seulement commencé à faire la première partie, afin de savoir comment ça peut évoluer, prendre la température de ce morceau. Je voulais avoir aussi un aperçu, ce que ça peut donner sur scène. En réalité, ce que j’avais préparé ne dure pas cinq minutes. Ce qu’il y a de plus, ce sont les improvisations avec les Chemirani. Au départ, il y a mon violon. Puis, les parties de la percussion. Nous nous sommes mis d’accord pour les faire dès le début de ce morceau. Il y a aussi vers la fin le rythme constantinois, el zendani (ou zendali, ndlr), un clin d’œil à la ville où se déroule le Dimajazz. Ce rythme ne fait pas partie de ce morceau, je l’ai introduit aussi pour avoir une dimension festive.
Le violon s’adapte apparemment bien à la musique des Chemirani. Cela pourrait donner suite à de nouvelles inspirations, de nouvelles créations que vous n’avez pas imaginé auparavant avec Maryam au chant, ses deux frères et son père aux percussions et au saz ?
Effectivement, vous me renvoyez là à une phrase que le Dr. L. Subramaniam, le violoniste, m’a dit en Inde pendant un dîner. Nous parlions du violon et il m’a dit : Vous savez, le violon est un instrument multiculturel, il s’adapte à toutes les musiques. Il m’a demandé : cite moi une musique dans laquelle nous ne trouvons pas le violon ! Il est présent dans la musique classique, celle des Tziganes, le traditionnel, le jazz, etc. Je suis bien d’accord avec lui. Déjà, le violon n’a pas de fret. Il peut être utilisé dans la musique arabe, indienne et autre. Nous pouvons le jouer avec les différentes modulations. Du point de vue de l’instrumentation, je n’ai pas eu beaucoup de mal avec les Chemirani. Déjà, les styles ne sont pas très éloignés l’un de l’autre. Il ne faut pas perdre de vue que la musique arabe est composée en partie de modes persans, notamment le sikah, sika chez nous, le tcharger, jarka chez nous... Des modes repris par la musique arabe et pas seulement la musique andalouse. Ce sont des références. Dans le concert avec les Chemirani, le violon est une complémentarité, il a complété ce qui manquait à cette formation basée sur le rythmique. La belle voix de Maryam qui est une touche persane, le saz de Bijan donnent une nouvelle dimension. En rajoutant le violon, il y a une combinaison entre les cordes grattées et les cordes frottées. Une expérience faite déjà par les Chemirani avec un joueur grec de Lyre. J’ai écouté cela et il faut dire que la lyre se tient de la même manière que le violon au Maroc et en Algérie, c’est-à-dire à la verticale. Je ne me suis pas senti dépaysé dans ce concert. Pour eux, ça ressemble à ce qu’ils ont déjà avec plusieurs joueurs de lyre. En revanche, les styles sont différents. Le jeu de la lyre grecque ressemble à celui de la Turquie. Dans le jeu du violon algérien, le mien, il y a plusieurs influences, notamment après mon voyage en Inde (festival annuel de violon, ndlr), mes collaborations avec d’autres musiciens à l’étranger. J’essaie donc de concentrer dans un seul jeu toutes ces influences. Après ce concert de Constantine, j’ai discuté avec les Chemirani. Ils pensent m’intégrer dans de prochains concerts. Je suis tout comme eux ouvert à cette proposition. Ils ont senti qu’il y a une très bonne complicité, une très bonne symbiose avec le violon algérien.
Dans le cas où il y a une série de concerts avec les Chemirani, cela implique une autre motivation, un travail beaucoup plus accompli ?
Ils ont un répertoire assez riche fait de musique persane et occidentale. Ils vivent en France où les enfants de Djamchid sont nés. Ils essaient actuellement d’explorer la musique africaine que je ne maîtrise pas. Comme je suis Africain, je peux jouer de la musique africaine. Les Chemirani ont joué dans ce concert le titre Mauritanie, de la musique targuie, celle du regretté Athmane Bali. Je ne me suis pas du tout senti dépaysé, car j’ai joué avec ce dernier. Je pense donc que l’association de mon violon avec Chemirani va donner de bons résultats.
Entretien réalisé à Constantine
par Mohamed Rediane


