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Ukraine, les faux calculs électoralistes de Porochenko

30 décembre 2018 | 03:43
UkraineRussie M’hamed Khodja


L’année 2018 s’achève par une ultime montée de tension entre la Russie et l’Ukraine. Les frères ennemis ont depuis 2014 croisé le fer à plusieurs reprises, et l’incident du détroit de Kertch en mer noire, renseigne sur le caractère éminemment géopolitique de la question ukrainienne. Si le gouvernement pro-occidental de Kiev entend poursuivre sa marche vers l’Ouest, au prix d’une rupture définitive avec le grand frère russe, Vladimir Poutine lui, consolide ses positions dans les régions séparatistes du Donbass, menaçant les ukrainiens de l’organisation d’un référendum d’autodétermination de ces régions russophones et russophiles. Les Etats-Unis et l’Union européenne travaillent en sous-main en faveur d’une Ukraine atlantiste. Une ligne rouge pour Moscou.


Nous sommes le 26 décembre. Confiant, le président ukrainien Petro Porochenko, et lors d’une rencontre avec des responsables militaires joue l’apaisement. « Aujourd’hui, [...] la loi martiale prend fin », a-t-il déclaré au cours de cette rencontre retransmise à la télévision.
Nous sommes loin de l’escalade du 26 novembre, et l’ e ses frontières orientales avec la Russie. Mais la réaction russe, à cette provocation, a été d’une telle rapidité que les Ukrainiens n’avaient pas eu le temps de prendre des mesures à l’encontre des Russes dans les délais escomptés.
Ni les gesticulations des diplomates ukrainiens encore moins les envolées lyriques de leurs collègues occidentaux n’ont eu raison de la détermination russe. Pis, dans une résolution présentée par l’Ukraine et votée le 17 décembre, l’Assemblée générale des Nations unies a certes condamné la présence des militaires russes dans la péninsule de Crimée – rattachée à la Russie à l’issue d’un référendum en 2014 – et la « militarisation » des régions côtières des mers Noire et d’Azov. Elle conteste également la construction par la Russie d’un pont reliant la région russe de Krasnodar à la péninsule de Crimée.
Mais, le document n’a été approuvé que par 66 pays de l’Assemblée, tandis que 19 ont voté contre. 72 Etats, en outre, se sont abstenus de voter, à l’instar de la Syrie, du Belarus, de l’Iran, de Cuba du Venezuela et de l’Ouzbekistan. Et parmi les abstentionnistes, l’Algérie, l’Arabie Saoudite, le Nigéria, l’Afrique du Sud, la Chine et l’Inde.
Cette gifle diplomatique pour l’Ukraine, malgré cette résolution « mal votée », a renvoyé Kiev dans ses petits souliers. La ligne de fracture est trop grande entre deux grands camps géopolitiquement distincts : le néo-impérialisme américano-atlantiste et le bloc eurasiatique avec ses ramifications africaines et latino-américaines, pour que le risque d’un embrasement généralisé soit pris.

Des calculs de pré-campagne
A trois mois du premier tour de la présidentielle en Ukraine, qui se tiendra le 31 mars 2019, le président Petro Porochenko semble revoir ses calculs. Après avoir misé sur une escalade militaire avec la Russie afin de mobiliser un large réservoir électoral antirusse et pro-occidental, la résolution onusienne semble avoir refroidi le chef de l’Etat sortant, si prompt à provoquer Moscou avant de se rabattre sur ses « parrains » atlantistes.
En marge du sommet du G20 à Buenos Aires, le 1er décembre dernier, le président Poutine avait insisté sur la justesse de la position de son pays dans l’incident du détroit de Kertch avant d’assener une accusation à l’adresse de son homologue ukrainien. « C’est toujours plus facile de justifier ses échecs économiques par la guerre », a affirmé Poutine.
Pour lui, Petro Porochenko, en campagne pour sa réélection, a provoqué les incidents en mer Noire pour des raisons de politique intérieure.
A Moscou, il n’y a aucun doute, les manœuvres du détroit de Kertch sont purement électoralistes.


Poutine, intraitable sur l’Ukraine

Ainsi, et réagissant à l’instauration de la loi martiale, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avait estimé que le gouvernement ukrainien cherchait à « marquer des points politiquement » dans l’optique des élections de mars 2019.
Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov n’est pas allé de main morte en qualifiant la décision de Kiev d’« intrigue électorale ».
Pour l’expert français en Défense Philippe Migault, en mauvaise posture électorale, classé en troisième position parmi les candidats déclarés à la présidentielle de mars-avril 2019, à plus de dix points de la favorite, Lioulia Timochenko, le président sortant Petro Porochenko « n’a qu’une option pour renverser la vapeur, faire feu de tout bois ».
Cela d’autant que la popularité du président sortant a chuté inexorablement en raison de la crise économique qui frappe le pays et des scandales financiers qui le touchent lui et son entourage.


La vision à géométrie variable de Porochenko
Le plan du président ukrainien était simple : lancer une série de provocation tout au long de l’année 2018 afin d’amener la Russie à une riposte.
Et en cas de casus belli, Kiev serait non seulement assuré du soutien du camp atlantiste, mais le président sortant espérait engranger des dividendes politiques face à ses concurrents et surtout à la favorite Lioulia Timochenko, l’égérie de l’Occident lors de la révolution orange de 2004.
Et cette année qui tire à sa fin a été marqué par deux événements : le premier, le 31 août dernier avec l’assassinat du principal chef des séparatistes prorusses de l’est de l’Ukraine, Alexandre Zakhartchenko dans son fief de Donetsk. Le second, la provocation en mer d’Azov le 25 novembre.


Cependant, deux faits ont rabroué Porochenko et l’ont amené à revoir sa stratégie. Le premier, la réaction de l’Union européenne et de l’Otan, restés sourds aux appels de déploiement de bâtiments de guerre de l’alliance en mer d’Azov. Le second, le vote de soutien « timide » à l’Assemblée générale de l’Onu le 17 décembre.
Que reste-t-il donc de la loi martiale décrétée uniquement dans les zones russophones, la Novorossiya ? Quasiment rien, ce qui explique sa levée, décidée par son initiateur, le président Porochenko lui-même.
Déjà, cette loi martiale décrétée pendant un mois était à géométrie variable. Pour Philippe Migault, « il suffit de regarder une carte pour constater que la loi martiale s’applique dans toutes les régions où les russophones sont majoritaires, ou bien constituent de très fortes minorités.
Dans presque tous les oblasts où le parti de Viktor Yanoukovitch, plutôt pro-russe, l’a emporté à la présidentielle de 2010 ». Même l’oblast d’Odessa, à 650 km de la ligne de front du Donbass, a subi cette loi martiale !
Que voulait Porochenko ? Tout simplement accorder un blanc-seing aux ultranationalistes ukrainiens, et autres émules des néo-nazis qui ont agis à la place Maïdan en 2014 contre le président élu et pro-russe Viktor Yanoukovitch, pour continuer la déstabilisation des régions russophones de la Novorossiya quitte à provoquer une confrontation généralisée avec les Russes.

Exit la « solution croate » !
C’est dire que les gouvernements ukrainiens issus de la « révolution de l’euro-Maïdan » en 2014 ont bâti leurs stratégies sur un alignement total sur l’axe américano-atlantiste pour contrer la réaction du grand frère russe. Et c’est cet alignement qui est ressorti dans toute les composantes des différents gouvernements avec des binationaux aux postes clés des finances, de l’économie et de la défense.
Ainsi, des ukraino-américains, des franco-ukrainiens, des ukraino-britanniques membres des institutions financières internationales ont eu à gérer les finances d’un pays que la Russie considère toujours non pas comme son arrière cours, mais sans espace vital voire une ligne rouge à ne pas franchir. 


Timochenko, l’option de 2019 en Ukraine


Le compromis historique avec l’Otan était que cette dernière ne demanderait pas à l’Ukraine ou au Belarus de l’intégrer.
Idem pour l’Union européenne, son élargissement à l’Est ne comprend pas ces deux pays ex-soviétiques. Le basculement géopolitique de l’Ukraine dans l’escarcelle occidentale est perçu du côté de Moscou comme une nouvelle catastrophe comparable au démembrement de l’Union soviétique. D’où le déplacement du terrain de confrontation avec l’axe atlantiste vers la Syrie.
En effet, Syrie et Ukraine sont considéré comme des théâtres jumeaux pour le maintien de la puissance russe face aux Etats-Unis et à leurs alliés régionaux. Si le format de Sotchi pour la Syrie a de fortes chances d’aboutir à une résolution de ce conflit, le format de Minsk patine du fait des atermoiements des dirigeants ukrainiens.
Justement, la sortie des accords de Minsk semble être le véritable motif de Kiev à travers les différentes provocations de l’année 2018.
Ces accords sont considérés par Kiev depuis le début, comme une défaite, car ils rendent inopérante la « solution croate », rêvée par les dirigeants et les nazis ukrainiens.
Le statut d’autonomie du Donbass sera le signal pour le reste de l’Ukraine d’une large fédéralisation ou confédéralisation du pays.
Et la « solution croate » fait référence aux opérations militaires de grande envergure entamées par l’armée croate en 1995 en plein guerre de Bosnie, et baptisées Éclair et Tempête, des opérations qui se sont terminées par l’exode forcé d’environ 250 000 serbes de Croatie qui vivaient là de manière permanente.
Le rêve des néonazis ukrainiens est de reproduire ce scénario dans les régions russophones afin de les vider de leurs populations et les pousser à l’exode vers la Russie. Un nettoyage ethnique qui ne dit pas son nom !
Si l’année 2018 n’a pas conduit à ce scénario catastrophe, pourtant souhaité par Petro Porochenko pour se maintenir au pouvoir, l’année 2019 devra déboucher à une reconfiguration politique du pays.
L’axe atlantiste a, semble-t-il, compris la faillite morale et politique de leur poulain. Loulia Timochenko sera-t-elle le joker de Washington et de Bruxelles ? La meilleure solution pour le pays serait une entente russo-occidentale sur la personne qui succédera à Porochenko afin de stabiliser ce front européen, d’autant plus que le prochain président se fera fort de gagner les législatives de la fin 2019 pour garantir une majorité au parlement de Kiev.

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