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Un comédien élu à la présidence de l’Ukraine

Ukraine : Zelensky, une équation à quatre inconnus

11 mai 2019 | 15:01
Ukraine M’hamed Khodja


Avec l’élection de Volodymyr Zelensky à la présidence de l’Ukraine, c’est une page qui semble être tournée dans l’histoire contemporaine tourmentée de ce pays d’Europe de l’Est. En effet, la défaite sans appel de l’ancien président Petro Porochenko lors des élections du 21 avril dernier augure d’une nouvelle ère pour ce pays charnière entre la Russie et l’Union européenne et théâtre d’une guerre sourde depuis 2014 entre Moscou, Washington et Bruxelles, par Ukrainiens interposés. Reste que les perspectives ne semblent pas très claires du moins pour le court terme, et les raisons sont multiples.


Par M’hamed Khodja
Le raz de marée électoral en faveur du candidat outsider Volodymyr Zelensky, comédien et producteur de télévision de 41 ans, est considéré par beaucoup d’analystes comme un saut dans l’inconnu pour un Ukraine fragilisé par une instabilité née de la ‘révolution’ de Maïdan à Kiev qui fait basculé le pays de l’orbite historique de la Russie vers le giron euro-atlantiste.


Le journal britannique The Guardian a tenté d’esquisser un début de réponse. « Un humoriste a remporté une victoire écrasante aux élections ukrainiennes », tout en soulignant « l’étendue humiliante de la défaite de Porochenko ». Selon le Guardian, Zelensky « a bénéficié du mécontentement de l’électorat envers Porochenko qui leur a promis qu’ils allaient ‘vivre de façon nouvelle’, mais le rythme des changements a été trop lent ».
Rattrapé par une série de scandales, le président sortant n’a rien pu faire devant le discours populiste de son jeune rival. En effet, Zelensky a martelé durant toute la campagne électorale ses promesses résumées par l’agence Reuters en deux points : « mettre fin à la guerre et éliminer la corruption dans le contexte de la montée des prix et de la détérioration du niveau de vie ». Reste le test de vérité. « Zelensky il ne sait pas comment atteindre ces objectifs », conclu l’agence.


Une psychologie post-soviétique
La deuxième inconnue n’est autre que la psychologie de ce jeune populiste. Agé de 13 ans lors de la disparition de l’URSS en 1991, Zelensky fait partie de cette jeunesse post-soviétique qui a ses propres codes et référents symboliques, il est vrai, loin du mythe du grand frère Russe, donc peu sensible aux sirènes de Moscou. Ce que Vladimir Poutine aurait perçu très tôt chez son désormais jeune homologue ukrainien.


Porochenko comptera sur ses alliances pour noyauter Zelensky

Même si ce dernier, volontiers à l’aise dans le maniement de la langue russe, a tenu un discours unificateur en direction de ses compatriotes de l’Est (russophones) et de l’Ouest (ukrainophones), en atténuant les tensions entre les deux et en pariant sur la lutte anticorruption, il n’en demeure pas moins que Zelensky est, selon l’éditorialiste du quotidien français Le Monde, « un OVNI politique, un spécimen qu’il n’a jamais rencontré en ex-URSS ».
Et c’est justement cet aspect d’OVNI politique que Zelensky a façonné en poussant son discours populiste jusqu’à atteindre des proportions inédites en Europe. En promouvant un agenda libéral sans s’afficher idéologiquement à droite comme à gauche, le tombeur de Porochenko a néanmoins évité de prendre le moindre risque. En alignant les déclarations très générales et menant campagne quasi exclusivement à travers ses spectacles et la diffusion de la série dont il est la vedette, Zelensky « a fait campagne sans prononcer la moindre parole politique », note un diplomate européen.
Signe du talon d’Achille du comédien ? Ses rapports controversés avec un oligarque ukrainien, ennemi juré de Porochenko, Ihor Kolomoïski, propriétaire de la chaine de télévision qui diffuse les spectacles-campagnes électorales de Volodymyr Zelensky. D’où ses dérobades populistes afin d’éviter les débats de fond. Ce qui a fait dire au journal Le Monde que « la victoire au premier tour de l’inexpérimenté Zelensky constituerait un saut dans l’inconnu, mais la défiance est telle vis-à-vis des politiques traditionnels, que les Ukrainiens semblent prêts à prendre ce risque ».


Un juif à la tête d’un pays pro-nazi !
Troisième inconnu, la religion de Zelensky. Dans un pays majoritairement chrétien et très nostalgique des mouvements nazis, le fait que le nouvel homme fort de Kiev soit de confession juive pose problème. Ce détail a été relevé par le Times of Israel.
Sur son site électronique, ce quotidien israélien relève que « suite à la victoire de Volodymyr Zelensky aux élections présidentielles en Ukraine, le pays va devenir le seul au monde, avec Israël, à compter à la fois un président et un Premier ministre de religion juive ».
Mais loin de tout triomphalisme, ce média israélien précise que le nombre des attaques antisémite en Ukraine s’est élevé à 130 en 2017. Pis, en 2018, plus de 50 membres du Congrès américain ont condamné une loi ukrainienne, affirmant qu’elle « glorifie des collaborateurs nazis ».
Dans leur lettre, les membres du Congrès avaient écrit qu’« il est particulièrement troublant qu’une bonne partie de la glorification nazie en Ukraine soit soutenue par le gouvernement » (de l’ancien président Porochenko, ndlr). La lettre mentionnait des cérémonies, des gestes et des lois en l’honneur des dirigeants des milices UPA et OUN, qui ont combattues aux côtés de l’Allemagne nazie pendant la Deuxième guerre mondiale et dont les troupes ont participé à des atrocités contre les Juifs, notamment.
Les différents gouvernements de Kiev post-2013 ont tous participé à cette glorification nazie en jouant sur le sentiment anti-soviétique, et donc anti-russe. Ainsi, le gouvernement de Porochenko a fortement encouragé la glorification de ces soldats et de leurs dirigeants, les présentant comme combattants de la liberté ukrainienne. Le gouvernement a souligné que ces combattants avaient lutté aux côtés de l’Allemagne afin de s’opposer à l’Union soviétique.
Quelle sera l’attitude de Zelensky face à ce sentiment antisémite ancré en Ukraine ? C’est le grand mystère !
Quatrième inconnue et pas des moindres, la posture internationale de ce Reagan ukrainien. Les relations tendues avec la Russie, le rapprochement avec le bloc euro-atlantiste, la question de Crimée et celle du Donbass. Autant de problèmes géopolitiques que le rire et la satire ne suffisent surement pas à résoudre.


Quid de l’OVNI politique ?
Si de nombreux dirigeants occidentaux ont très vite félicité Zelensky, Poutine reste dans l’expectative préférant laisser son homologue ukrainien faire le premier pas.
Si le président russe avait malgré tout trouvé des éléments de langage avec Porochenko au plus fort des négociations sur le Donbass et la Crimée, les deux dirigeants étant issus de la matrice soviétique, l’OVNI Zelensky doit se démystifier lui-même avant d’engager des discussions avec Moscou.
D’ailleurs, au Kremlin, on ne se fait pas trop d’illusions sur le personnage.
Selon la presse russe, Zelensky est l’archétype de la caricature politique ! Le candidat Zelensky a fait plusieurs déclarations qui témoignent ce qu’il sait à peine ce qu’il dit : « Zelensky parlait notamment de sa volonté de rencontrer Vladimir Poutine mais en présence des leaders occidentaux ainsi que de sa volonté de maintenir le Format Normandie, bien qu’il y en ait déjà deux leaders occidentaux, garants de l’accord, le président français et la chancelière allemande ».
Une méconnaissance flagrante des réalités géopolitiques et diplomatiques qui engagent l’Ukraine.
Côté russe, on insiste sur une inéluctable rencontre entre les deux dirigeants, a fortiori pour plaider la libération des marins ukrainiens fait prisonniers en décembre dernier en mer d’Azov.

Moscou ne se fait pas d’illusions au sujet de Zelensky


D’ailleurs, le premier ministre russe Dmitri Medvedev a annoncé qu’une meilleure interaction entre les deux pays est possible, mais cela demande l’honnêteté et une approche pragmatique et responsable. La balle est donc dans le camp de Zelensky.
La tâche du nouveau président ukrainien est des plus ardues.
Sur le plan politique, il devra composer avec un Parlement toujours fidèle à Porochenko, à moins qu’il convoque des élections législatives anticipées, mais qui restent très hypothétiques, faute d’appareil partisan fort.
De plus, la Rada (le parlement) veut limiter les pouvoirs de président Zelensky, en les réduisant jusqu’à une charge essentiellement honorifique. Le président vaincu Porochenko a effectivement formé une alliance contre Zelensky avec des partis au parlement, dont le mandat vient à expiration dans des mois.
Un avant-gout du calvaire politique promis à Zelensky, le 25 avril, les « conspirateurs » ont frappé un coup démonstratif contre président-élu en adoptant la loi sur l’ukrainisation totale du pays ce que divise la société.
 

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