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Tizi Ouzou : De nombreuses lacunes

15 octobre 2016 | 19:48
Saïd Tissegouine

Nonobstant l’adhésion de l’Algérie à la charte des grandes nations et la ratification des différentes conventions pour la protection de l’environnement et la lutte contre la pollution de la planète, il n’en demeure pas moins que notre pays est tenu de faire encore des efforts pour la mise en place des mécanismes et outils devant lui garantir le succès de sa politique environnementale.

A travers tout le territoire national, l’homme agresse la nature. Toutefois, « la palme d’or » en matière de non-respect de la nature revient incontestablement à la wilaya de Tizi Ouzou.

Et pourtant, l’avancée à pas de géant que connaissent la technologie, le recyclage et le traitement des déchets peut constituer un segment économique non négligeable.

A ce propos, le ministre de l’Environnement et des Ressources en eau, Abdelkader Ouali a déclaré, jeudi dernier à Tizi-Ouzou, que l’Algérie subit, en termes économiques, un déficit de l’ordre de 38 milliards de DA dans ce créneau de recyclage et de traitement de déchets ménagers et autres éléments recyclables.

Signalons-le tout de suite : la présence du ministre de l’Environnement et des Ressources en eau avant-hier à Tizi-Ouzou est à inscrire sur deux volets.

En premier, Abdelkader Ouali a visité les installations de traitement des déchets, sises à Oued-Falli, et en même temps il a signalé à l’endroit des responsables concernés la politique de lutte contre la pollution élaborée par son département ministériel.

Le second volet a porté sur sa présence en tant que grand invité à la cérémonie de remise du prix Rabah Aïssat aux villages les plus propres de la wilaya, une manifestation initiée par l’APW de Tizi Ouzou. Concernant le premier volet, Abdelkader Ouali a bel et bien reconnu les insuffisances dans le recyclage et le traitement des déchets.

Le ministre a même remis en cause le plan technique portant sur le ramassage des ordures dès lors que ce n’est pas la totalité des déchets qui font l’objet de collecte. La solution préconisée par le ministre est d’aller très en amont, c’est-à-dire au niveau même des villages dans cette lutte contre la pollution.

Se voulant plus explicite, Abdelkader Ouali a suggéré la mise en place de capharnaüms en nombre suffisant dans chaque village de la wilaya et en même temps la mobilisation de camions pour assurer le transport de ces déchets vers les CET (centres d’enfouissement technique) existants.

La vision du ministre est sans aucun doute d’une grande justesse pour peu que les moyens matériels et humains nécessaires soient mobilisés à cet effet. Or, jusqu’à maintenant, ces deux éléments font cruellement défaut à Tizi Ouzou.

En tout cas, la réalité du terrain constatée jusqu’à maintenant contrarie puissamment la théorie du bien faire.
En effet, au niveau de l’EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial) de Tizi Ouzou, les faits ne se déroulent pas selon les normes.

Cette entreprise, chargée d’assurer la collecte des ordures ménagères pour seulement les ménages de la commune de Tizi Ouzou, se retrouve en réalité à collecter les ordures et autres déchets des autres communes.

Le directeur de cette entreprise, Mourad Djerroud, et sa collaboratrice, Yamina Kherbouche, responsable de l’administration et du personnel, ont déclaré au Jeune Indépendant que leurs équipes enlèvent pas moins de 145 tonnes de déchets par jour alors qu’ils n’auraient dû collecter que 115 tonnes.

A la question de savoir les raisons de ce surplus, Mourad Guerroudj, la mort dans l’âme répond : « Certaines communes, dont nous ignorons l’identité d’ailleurs, déposent illicitement, et bien entendu en cachette, leurs déchets sur le territoire de la commune de Tizi Ouzou

Nos agents sont contraints dès lors de les ramasser et de les faire parvenir au ce CET de Oued-Falli ». Il nous a même révélé que certains sacs pleins de déchets pèsent jusqu’à 150 Kgs.

Ces communes fraudeuses agissent naturellement à une heure tardive de la nuit. Dans ce cas de figure, le ramassage et le traitement de leurs déchets sont assurés financièrement par le contribuable de la commune de Tizi-Ouzou et bien malgré lui.

Par ailleurs, le centre de tri de Oued Falli, dont le projet a été annoncé à cor et à cri, n’est toujours pas opérationnel alors que les machines auraient dû commencer à tourner dès l’année 2012.

Le coût de ce centre de tri, construction et équipements nécessaires confondus, a coûté pas moins de 60 milliards de centimes à l’Etat. Les raisons de ce retard dans sa mise en opération sont au nombre de deux et elles sont à donner le tournis pour tout esprit rationnel et surtout patriote. La première raison effectivement est le non-acheminement d’une conduite d’eau vers les machines et la seconde est le non-revêtement du sol en produit appelé hydrofuge. 

L’hydrofuge est un produit permettant l’étanchéité du sol.
Les deux opérations ne doivent pas exiger un laps de temps de 15 jours. Hélas, voilà quatre longues années que ce centre fait seulement partie du décor de Oued-Falli. L’autre point négatif que connaît Oued-Falli, plus exactement les alentours du CET est l’odeur nauséabonde qui remplit l’atmosphère.

La raison de ce terrible miasme réside dans le fait que le CET, à l’instar des autres implantés un peu partout en Algérie, n’est pas fait selon les normes d’ingénierie requises.

L’autre installation visitée par le ministre est naturellement le centre de traitement des déchets d’activités de soins à risques infectieux (CTDASRI) du CHU de Tizi Ouzou. Ce centre de traitement de déchets chimiques, inauguré le 6 janvier 2014, est conduit par une équipe de 13 éléments dont ceux relevant de la sécurité des lieux.

Le chef du centre, Karim Mahleb, n’a pas caché que la sécurité au niveau de ce centre de traitement n’est que de 80%. Ce que redoutent les techniciens est un éventuel dysfonctionnement du chauffage qui fonctionne à 600 degrés.
A noter que les déchets sont traités et anéantis par un système de vapeur, laquelle vapeur est d’une chaleur de 600 degrés.

Un nuage vaporeux d’une telle chaleur arrosant un homme ne lui donne aucune chance de s’en tirer. Il n’en demeure pas moins cependant, Dieu merci, qu’aucun accident n’est survenu jusqu’à présent. Le CTDASRI du CHU de Tizi-Ouzou a assuré le traitement de pas moins de 562 tonnes de déchets chimiques depuis sa mise en opération.

C’est en prenant connaissance de cette réalité, loin d’être réjouissante, que le ministre et la délégation l’accompagnant ont pris la direction de la maison de la culture Mouloud-Mammeri pour assister à la remise des prix aux six villages lauréats.

Ce deuxième rendez-vous sera aussi une occasion pour le ministre de l’Environnement et des Ressources en eau de rappeler non seulement l’importance du respect et la protection de l’environnement, mais aussi d’informer l’assistance de la dynamique engagée par l’Etat pour répondre au mieux aux exigences environnementales.

C’est dans ce sens qu’Abdelkader Ouali a signalé les moyens énormes mobilisés par l’Etat en faveur de la wilaya de Tizi Ouzou pour s’assurer un environnement sain. Le ministre a également annoncé la création, et ce dans le but de compléter le prix Rabah Aïssat, à partir de l’année prochaine d’un prix baptisé « Mouvement citoyen », lequel profitera à tous les villages participant au cours portant sur la propreté et la protection de l’environnement.

Abdelkader Ouali a également annoncé l’octroi par l’Etat d’une enveloppe de 10 millions de DA au village Bousseouel, commune d’Imesouhal et daïra d’Iferhounène, qui a remporté le prix Rabah Aïssat. 

Poursuivant son allocution, le ministre a insisté sur l’implication du monde associatif pour s’assurer la réussite de la politique environnementale dans la wilaya de Tizi-Ouzou. Pour sa part, le wali, Mohamed Bouderbali, a déclaré sans la moindre amphibologie dans l’expression, que Tizi-Ouzou est la wilaya qui a bénéficié le plus et le mieux des moyens de l’Etat dans le cadre de la lutte contre la pollution même si ces moyens en question pourraient être en dessous des attentes. Mohamed Bouderbali n’a pas caché que ces moyens déployés par l’Etat en faveur de la wilaya de Tizi-Ouzou peuvent être renforcés.

Le nouveau premier commis de l’Etat de la wilaya de Tizi-Ouzou a également mis l’accent sur la disposition des pouvoirs publics à accompagner les acteurs mobilisés dans cette mission de protection de l’environnement. Notons enfin que le ministre et le wali ont rendu un vibrant hommage à feu Rabah Aïssat, qui a institué en 2006 le prix portant désormais son nom.

Pour sa part, le président de l’APW de Tizi-Ouzou, Mohamed Klallèche, a indiqué que la volonté de protéger la nature existe, mais l’Etat doit mobiliser davantage les moyens et les outils nécessaires pour réussir cette mission. Notons enfin que le ministre a achevé sa mission tizi-ouzienne par la visite de la maison de l’Environnement.

Au niveau de cet espace, des exposants ont indiqué à Abdelkader Ouali qu’ils jouissent du savoir-faire scientifique pour le recyclage et le traitement des déchets de toute nature. Il suffit juste de lever les obstacles de la bureaucratie et certaines pratiques douteuses de certains individus.

Les responsables de la maison de l’Environnement ont indiqué, pour leur part, que le potentiel économique dans la collecte et le traitement des déchets est estimé à 1,4 milliard de DA.

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