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Taos Amrouche ressuscitée

26 janvier 2018 | 21:27
Algérie Kabylie Amrouche Mohand-Lyazid Chibout


Naître sans raison et mourir pour une raison. Sa mort n’est que physique, et son âme éternelle est une substitution aux valeurs manquantes face aux altérations tous genres. La figure réelle dans celle imaginaire. Le concret succédant à la théorie. Elle a un timbre de voix propre à elle, doux et captivant, et un style d’écriture fidèle à elle, intemporel et entraînant.

Qu’ils soient séparés ou ensemble, cela rentre dans le domaine de l’art indéfini et transparent : saveur d’une authenticité et couleur d’une indélébilité. Ceci étant connu de tous ! Les chants harmonieux que clamait sa voix et le chemin lumineux que frayait son verbe touchent la conscience, ravivent les yeux et nourrissent de l’intérieur. Elle fait naître en chacun de nous ce qui ne devrait jamais être hiberné.
Sœur de Jean El-Mouhoub, fulgurant écrivain, essayiste et poète aussi, Marguerite-Taos Amrouche (nom de plume de Marie-Louise-Taos Amrouche) est cette femme qui a su marquer son temps par son verbe recherché regorgeant ses textes et par ses brillances intellectuelles aux penchants infaillibles. Ses œuvres littéraires et sa discographie en disent long sur son parcours gravé à jamais dans nos mémoires.


Dans son premier roman, Jacinthe noire, publié en 1947, écrit d’une plume lyrique et à la lumière d’une alternance entre féminité et la rage de sortir de l’ordinaire, Taos Amrouche ressasse intimement, et par sa volonté, ce qui devrait être épargné, cet exemple donné avant tout par elle en conviant le reste à suivre le chemin frayé, et ce, afin d’échapper à toute forme de servitude ou d’ostracisme. Elle évoque tout, entre autres la vie de sa mère Fadhma en mêlant la sienne à tout ce qui la fait souffrir et endeuille son âme sensible. À son jeune âge, elle devint déjà réceptive aux maux qui l’envahissent et l’obsèdent.
Son entrée dans un pensionnat de jeunes filles en France l’a réellement marquée car elle y menait une existence double : bousculée d’un côté et heurtée de l’autre. Elle est cette étrangère à sa propre personne car coincée entre deux cultures : d’une part, son attachement à ses valeurs kabyles qu’elle ne souhaitait point dénigrer, et de l’autre, son ouverture à ce monde qui l’accueillait, d’où cette singularité pointée du doigt en faisant d’elle l’héroïne blessée traînant ses espoirs au-delà de toutes les aliénations viles, et c’est ce qui la poussait à se détacher graduellement jusqu’à voir dans son reflet un personnage intérieurement effacé. Le visage qui l’a vue entrer est le même que celui qui l’avait vue sortir en quittant ce pensionnat : ébahie à son admission, déçue à son départ.


Dans Le Grain magique, cette deuxième publication qui est sous forme d’un recueil de contes et de poèmes kabyles publié en 1966, Marguerite-Taos Amrouche rend hommage en premier lieu à sa mère qui lui a tout légué et à la culture kabyle traditionnelle dans toutes ses richesses et dimensions. Ce qu’elle a reçu par amour de sa mère, Taos le transpose fidèlement avec l’empreinte de sa voix dans des chants glorieux et bien vivants en se nourrissant de sa passion aux mots, ces mots s’abreuvant à la compassion portée à autrui et aux maux froissant les cœurs. Avant elle mettait des barrières pour se protéger de ces dures épreuves, maintenant c’est elle qui cherche à les protéger, ainsi naissait alors cette complicité : elle, renvoyant l’image d’une feuille qui frissonne sous la pluie ; son verbe sous sa plume, l’image de celui qui foisonne.


Rue des tambourins, son deuxième roman est publié en 1969.
Ce texte relate son enfance et ses espoirs ainsi que l’exil subi, en franchissant les frontières pour aller respirer l’air de la Tunisie, loin de sa Kabylie natale. Tant de fois elle s’est retournée pour revoir en images ce que son œil a laissé de regret derrière. Peur de rester, peur d’avancer. Combative bien que sa personne soit désemparée et désespérée à cet âge de l’adolescence et des amours folles où sa jeune tête est en proie à tous les changements et morales et physiques, une certaine nostalgie venait lui injecter une dose d’un passé non encore fermé, mais ouvert sur un combat qui continue à la propulser vers l’avant. Les compromissions repoussées, difficile était ce choix campé au-delà de ses irrésolutions.


Dans L’Amant imaginaire, ce troisième roman autobiographique publié en 1975, Taos Amrouche sème ses mots d’amour dans des pages gobeuses où seuls ses états d’âme ont pu et su comprendre les marasmes des jeux incongrus auxquels s’affrontent deux raisons, dont celle de son cœur épris, confondue à celle de son esprit transi. Coincée entre deux amours concurrentielles, elle a opté finalement pour celui qui sera son époux, le peintre André Bourdil. L’autre écarté, celui de Marcel Arrens, écrivain lui aussi, étant trop passionnel pour être à chaque fois au carrefour de tous les tourments et à la merci de toutes les dérives sentimentales.


Solitude ma mère, son roman posthume publié en 1995, est plus fulgurant de par ses confusions et ressentis intimes et de tout ce qui harasse une sensibilité se laissant aller à vau-l’eau des sentiments équivoques. Taos Amrouche se livre ici à la volonté et au langage de son cœur en enchaînant des phrases suivies toujours d’un point d’interrogation. Incomprise. Perdue le jour, éperdue le soir, des déchirures qui la laissent perplexe en tranchant mais sans jamais opter pour la bonne décision. Tant de fois déçue face aux aléas de la vie et de ces luttes vaines, le désir se nomme pour elle soupir, et le soupir synonyme de ses faiblesses. Ses relations amoureuses bifurquent et tombent sur des échecs. Sa vie de femme dépendante et bafouée, toujours aux dépens de celui qui la désire charnellement.
La lourdeur des traditions pesant sur la conscience, le handicap moral, les interdits vus sous un autre œil : libertaires pour lui et prohibés pour elle. Corps sans organes, comme tant d’autres comme elle. La voix de toutes les femmes et dans laquelle elles se reconnaissent, Taos la porte en la clamant honorablement et intimement dans cette tendance universelle. Et c’est l’image sacralisée de toutes les patries, dont celle berbère, qui se peint en elle : celles-là qui se perdent, se cherchent et se retrouvent ; se taquinent, se fuient et se rattrapent ; s’écorchent, s’agrippent, s’enlacent et s’accordent ; se jalousent, se lorgnent, se déchirent et se réconcilient.


 


 

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