Affaires judiciaires

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1084

Se libérer des deux jougs

23 mai 2016 | 20:18
H. Rabah

Il y a vingt ans, un vieux dirigeant politique algérien résumait les défis futurs de l’Algérie en deux projets : sortir de l’emprise des hydrocarbures et sortir également de la domination commerciale et économique avec la France, l’ancienne puissance coloniale.

A l’époque, les chiffres étaient effarants. 98,5% de nos recettes viennent de l’exportation du pétrole et du gaz et plus de 70% de nos échanges se font avec des groupes et des sociétés françaises. Il s’agissait d’une véritable dépendance pleine de risques et d’une « menace stratégique » pour la souveraineté nationale.

C’est ce qu’a voulu concrétiser le président de la République Abdelaziz Bouteflika, dès son premier mandat en 1999, en « parrainant » des ouvertures vers trois pôles économiques : les grandes puissances industrielles occidentales comme les Etats unis (notamment dans le secteur énergétique), les pays émergents comme la Chine (devenue premier fournisseur du pays), la Russie (un partenariat stratégique fut signé par la suite avec Poutine) et enfin bâtir des passerelles avec des entités économiques régionales, comme la Turquie, l’Iran et les monarchies du Golfe.

C’est à cette époque que fut lancée la politique nationale de diversification économique, qualifiée en haut lieu d’enjeu capital et la base d’un vrai développement multiforme pour le pays qui venait de sortir d’une dure décennie de terrorisme et de destruction.

Le gouvernement algérien cherchait, sur le moyen terme, à attirer des investissements (IDE) dans des secteurs créateurs de valeur ajoutée et d’emplois, à créer les conditions d’une économie diversifiée, compétitive, ouverte et surtout en phase avec les évolutions structurelles de l’économie mondiale. Pour Bouteflika, cette politique est élevée au rang de « cause nationale », une « priorité absolue ».

Mais une telle démarche n’est pas sans connaître des « anicroches » et des « bâtons » dans les roues. Les intérêts et les liens étroits accumulés depuis des décades avec des lobbies de l’import dans l’hexagone ne facilitaient guère cette « transition » en douceur.

Les pressions étaient énormes et il aura fallu du temps pour que les gouvernements successifs depuis 2004 parviennent à casser les « tabous » commerciaux et économiques. A cette époque, l’argent du pétrole coulait à flot et permettait aussi bien les folies que le lancement des chantiers gigantesques, comme l’autoroute Est-Ouest ou la construction de milliers de logements.

Des chantiers ou il est aisé de remarquer que les groupes français, les plus connus mondialement, étaient absents. Il aura fallu l’intermède Sarkozy, à partir de 2008, pour casser cette dynamique, quand l’Etat algérien a bien voulu octroyer des marchés aux Français, alors en pleine crise financière.

Il faut bien croire que cette diversification prônée depuis belle lurette a des connotations politiques, quand Abdelaziz Belkhadem, en chef du gouvernement en 2005, n’a pas hésité à réclamer l’adhésion de l’Algérie au Commonwealth ( organisation des pays anglophones), même à titre d’observateur, estimant que cela est plus profitable économiquement au pays que l’appartenance à une communauté linguistique francophone sans « plus-value » en termes de progrès et de développement.

Concrètement, cette ouverture aux autres puissances est en train de donner des résultats, puisque maintenant la Chine veut aller au-delà des relations commerciales pour investir dans le tissu industriel en Algérie. Divers projets structurants sont financés par Pékin, comme le méga-port industriel de Tipaza.

Un récent tableau officiel montre clairement que la Chine est le premier fournisseur de notre pays avec près de 16%, suivie de la France (10,52%) avec essentiellement l’importation des biens industriels ou de consommation, puis de l’Italie (9,37%) et l’Espagne (7,64%), principalement des produits énergétiques.

Les Américains, talonnés par les Turcs, comme les Brésiliens ou les Argentins ne sont pas loin, alors que les Indiens se classent dans le top 10. En décidant de payer avec le yuan, la devise chinoise, ses importations asiatiques, la Banque centrale ne fait que renforcer cette ligne de conduite.

Peut-on dire que l’objectif de Bouteflika de se libérer des deux jougs économiques, hydrocarbures et français ait été atteint ? Ou continue à être contrarié par des lobbies internes ? Force est de constater que l’Algérie a pu réussir, un tant soit peu cette diversification, lentement certes, mais bien palpable aujourd’hui. Une ouverture économique qui amène le savoir-faire, la technologie et surtout l’expérience à notre pays qui aspire un devenir un « hub » dans la région.

Reste cette dépendance aux hydrocarbures qui risque de durer encore si on ne change pas rapidement le classement de nos fournisseurs.

Quand on voit l’effort du gouvernement à vouloir bâtir des partenariats avec les Anglais, à travers le récent forum d’Alger, ou avec les Américains, comme avec les Russes, ainsi que le récent « congrès des affaires » tenu à New Delhi, en attendant celui qui se prépare avec les émiratis, on pourrait bien espérer que ce projet de 1999 voit le jour d’ici peu.

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