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Salim Aggar au Jeune Indépendant : « Qu’on me laisse travailler ! »

1er janvier 2019 | 19:38
Salim AggarCinéma Entretien réalisé par Lynda Louifi


Après sa nomination à la tête de la cinémathèque algérienne, le réalisateur, critique de cinéma et journaliste Salim Aggar est pour ainsi dire « dans son monde ». Dans cet entretien, ce passionné de cinéma nous révèle sa stratégie pour relancer la cinémathèque algérienne et nous fait part des défis qui l’attendent.


Le Jeune Indépendant :
Vous venez d’être nommé à la tête de la cinémathèque algérienne, dans quel état l’avez-vous trouvée ?


Salim Aggar :
Le
Centre algérien de la cinématographie gère une vingtaine de salles à travers le territoire national. Celle d’Alger est sans doute l’une des plus importantes d’Afrique. Actuellement, nous avons 12 salles en activité et huit autres fermées ou en cours de rénovation. Je n’ai pas encore fait le tour des cinémathèques. Celle d’Alger vient d’être rénovée, donc elle est en bon état, mais nous avons par contre un gros problème d’effectif. Nous avons un seul opérateur, un est décédé et nous devons le remplacer. Vous savez qu’un opérateur de 35 millimètres n’existe pas partout. Il faut le trouver et le former. Nous allons travailler sur cela. 
La cinémathèque est un musée du cinéma, donc il regroupe l’ensemble des filmographies du monde, des affiches de films et des photos et c’est énorme comme archives. Nous sommes actuellement membre de la Fédération internationale de l’archive filmique (FIAF). J’espère avec ma nouvelle mission être à la hauteur du défi. Je peux dire que la cinémathèque je la connaissais en tant que président de l’association « A nous les écrans » et nous organisons les journées cinématographiques d’Alger depuis plusieurs années. Je peux dire aussi que je suis dans mon élément, je connais le monde du cinéma, les films. C’est un petit peu mon monde. Mais ce que je ne connaissais pas, c’est la cinémathèque de l’intérieur. Je connais ses problèmes, ses salles fermées, ses problèmes de DCP. Ce n’est pas normal que la cinémathèque d’Alger n’ait pas son DCP, alors que d’autres cinémas dans la capitale en ont. Aujourd’hui on ne peut pas diffuser un nouveau film sans DCP.


Le JI : Votre nomination a suscité une levée de boucliers, notamment une pétition lancée par des personnalités du milieu de l’art et des médias désapprouvent votre choix par le ministre de la Culture Azzedine Mihoubi, comment avez-vous perçu cette réaction ?


C’est la première fois dans l’histoire du pays qu’une personne est nommée à un poste et qu’on l’attaque avant même qu’elle l’occupe. J’ai reçu la pétition avant même que je sois installé dans mon bureau. Cela ne m’a pas dérangé ou découragé, mais bien au contraire ça va m’encourager à travailler et à relever le défi, parce que s’il n’y avait pas tout cet acharnement et ce lynchage, j’aurais peut-être pris ma mission le plus normalement possible. Maintenant, cette initiative est injustifiée et bizarre venant d’un groupe de personnes qui n’ont jamais défendu la cinémathèque depuis qu’elle est dans l’ombre, sachant que cela fait plusieurs années que la cinémathèque algérienne est en train de couler et de prendre le fond. Pourquoi tout cet intérêt maintenant en s’attaquant à ma personne ?


Je dirais que c’est plus un règlement de comptes personnel de la part d’un groupe de francophiles qui ne souhaitent pas une personne qui aime le cinéma algérien, qui le
défend et défend le patrimoine filmique algérien, à la tête de la cinémathèque algérienne. Ce n’est pas toute la corporation qui est contre ma nomination.

Cette contestation injustifiée a été accueillie d’une manière incompréhensible de la part de la corporation. J’ai reçu beaucoup d’appels de la part de professionnels, de cinéastes et même de certains qui ont signé la pétition, à l’instar de Bachir Deraiss avec qui, pour son film Larbi Ben M’hidi, nous avons eu un débat très contradictoire par rapport au contenu et aux objectifs du film. C’est mon droit, je suis un critique de cinéma et je peux critiquer. Je n’ai pas dit que le film est mauvais, c’est un film bien fait et d’une bonne qualité. Ce n’est pas moi qui ai arrêté le film sur Larbi Ben M’hidi, parce que je ne fais pas partie de la commission des moudjahidine. Il y a eu une confusion et une manipulation pour noircir mon portrait, mais ils n’y arriveront pas.


Le JI : Votre statut de journaliste critique de cinéma et de cinéaste laisse vraisemblablement vos détracteurs dubitatifs quant à votre éventuelle partialité vis-à-vis de la chose cinématographique.


Ces gens-là n’ont jamais présenté leurs films, mis à part deux cinéastes, les autres bien au contraire se sont rapprochés d’instituts étrangers pour les présenter. Je peux dire que c’est parce que j’ai déjà critiqué leurs films, ce que fait généralement un critique de cinéma, et c’est pour cela qu’ils se sont attaqués à moi. Si je suis un critique de cinéma, cela ne veut pas dire que je suis un danger pour le cinéma. Heureusement qu’ils n’ont pas dénoncé et critiqué ma passion pour le cinéma, car ils n’ont rien à dire sur mon profil d’homme de cinéma, de réalisateur de documentaires. Ils n’ont rien à dire aussi sur ma culture cinématographique. Ces gens-là auxquels pour certains j’ai donné la chance de projeter leurs films dans mon festival « les journées cinématographiques d’Alger », étaient méconnus avant leur programmation au JCA. Malheureusement, ils sont maintenant non reconnaissants. Cela ne va guère diminuer de ma détermination. Cette affaire ne me dérange nullement, au contraire elle m’a renforcé pour bien mener mon travail. Je ne suis pas là pour régler des comptes mais pour sauver la cinémathèque algérienne. Il faut laisser les gens travailler. Les jugements se font après. Donnez-moi une année et vous verrez ce que je ferai de la cinémathèque.


Le JI : Les cinémathèques sont dans une situation de décrépitude. Quelle est votre feuille de route pour les relancer ?
Si on parle de la cinémathèque d’Alger, c’est le problème du DCP qui se pose. Donc il faut d’abord l’équiper de cet appareil et lui fournir un programme à la hauteur de la cinémathèque d’Alger, car son rôle ne se limite pas à la projection de films. Il faut de l’animation. Vous savez que la cinémathèque d’Alger a vu passer plusieurs grands cinéastes, tels Youcef Chahine et d’autres. Ce serait dommage que la cinémathèque serve à la projection d’ancien s films. On est là pour lui donner un souffle nouveau, l’animer et on va essayer d’arranger les choses. Je me suis donné un mois pour faire un état des lieux. J’ai commencé par Alger et je vais bientôt voir celle de Blida qui est dans un état catastrophique. Après j’irai voir celles de Béjaïa et de Tizi-Ouzou, qui sont les plus importantes et les plus animées sur la scène culturelle. Il faut signaler que c’est la cinémathèque de Béjaïa qui travaille le plus. En matière de chiffre, c’est la plus rentable. Il ne faut pas oublier que nous sommes une EPA, nous n’avons pas un budget énorme, il faut capitaliser les recettes qu’on reçoit pour essayer d’améliorer le parc cinémathèque. J’espère que d’autres cinémathèques, notamment celles d’Oran, d’Annaba, de Souk Ahras et bientôt on va ouvrir celle de Constantine et de Batna. Nous avons des salles qui sont importantes et c’est à nous de réactiver la culture de la salle obscure. Aujourd’hui les gens ne vont plus en salle, nous avons un sérieux problème de fréquentation et pour l’améliorer on doit créer des événements, organiser souvent des cycles de grands réalisateurs et des hommages aux cinéastes disparus comme, par exemple, un cycle de Mustapha El Akkad…On doit d’abord ramener des cinéphiles, des professionnels du cinéma pour ensuite attirer le public.




Le JI : La jeunesse algérienne passionnée de cinéma aura-t-elle une place dans votre projet de relance de la cinémathèque ?


Justement, on va relancer les cinés clubs et organiser des projections de courts métrages qui sont très importants et que je considère comme une école de cinéma, en l’absence de véritables écoles. Et c’est de cette manière qu’on va ouvrir les portes aux jeunes talents et aux habitués du cinéma. On va aussi organiser des conférences débats pour parler de cinéma, de court métrage, de cinéma historique, de documentaire, de cinéma de femmes…On est là et on ouvre les portes pour tout le monde, même ceux qui ont signé la pétition ils seront les bienvenus, car on est là pour travailler pour le cinéma algérien, le ministère de la Culture et surtout pour l’Algérie.


Le JI : Il existe des archives cinématographiques conservées à la BNA. Comptez-vous les valoriser sachant que la cinématique a aussi ses propres archives ?


La cinémathèque algérienne est la plus importante en Afrique. Tous les cinéastes qui sont passés par là ont mis en dépôt leur film ainsi que l’affiche du film, et la cinémathèque les garde. On a de grandes archives contenant d’anciens films de cinéastes africains, américains, russes, asiatiques et d’autres. Nous avons des archives filmiques qui coûtent de l’or, qu’on est en train de revaloriser. Pour cela, nous avons un appareil dont l’Union européenne nous a doté et qui sert à numériser les affiches. Dans le cadre toujours de la numérisation, nous envisageons de créer un site internet de la cinémathèque. Nous venons de créer la page Facebook avec une photo mémorable de Youcef Chahine à Alger. Il faut qu’on soit à la hauteur des grandes cinémathèques du monde, à l’instar de la cinémathèque française. On va essayer de faire des cycles western, des cycles de films historiques, de films hindous, de films égyptiens, de films suédois. On doit faire renaître cette cinématographie qui a disparu.


Le JI : La production cinématographique algérienne est rachitique. Les rares créations récentes ont toutes un rapport avec des personnalités de la Révolution, dont certaines n’ont pas été diffusées en cinéma. Quelles en sont les raisons selon vous et comptez-vous vous en servir dans les cinémathèques ?


Il ne faut pas oublier que depuis quelques années, le cinéma est devenu un cinéma d’occasion et de manifestation. Il y a eu beaucoup d’événements, tels que le cinquantième anniversaire de l’indépendance, il y a eu Tlemcen et Constantine, donc chaque événement a eu son lot de films et qui rentre dans un cadre de subvention de films. Il n’y a pas malheureusement une production indépendante, selon le choix du réalisateur. Aujourd’hui, on n’a pas des films qui parlent des problèmes dont souffre la société algérienne. Il y a beaucoup d’histoire à raconter dans le cinéma pour mettre de la lumière sur les différents phénomènes de la société. Même les cinéastes ne font pas l’effort et sont restés dans ce circuit, parce qu’aussi il n y’a pas de circuit de salles. Cela n’empêche pas qu’il y a des cinéastes, comme Merzak Allouache dont les films sont présentés dans des festivals internationaux, qui offrent de la visibilité à la production algérienne. Ce sont ces gens-là que je cherche, des gens qui donnent de la visibilité au cinéma algérien à l’étranger et pas seulement en Algérie. Il y a un vrai problème de stratégie cinématographique, le producteur doit placer la barre très haut, en opposant au réalisateur plus de qualité. Le producteur doit avoir une vision en produisant des films de qualité qui peuvent séduire les étrangers et peuvent aller au festival de Cannes, par exemple


Le JI : Un dernier mot ?
Je demande qu’on me laisse travailler et qu’on me donne cette chance que nous a accordée le ministre de la Culture pour donner un nouveau souffle à la cinémathèque algérienne. Ce n’est pas facile de céder la place à un jeune dans ce domaine du cinéma. C’est une question de vision et de passion, je pense que je possède des deux qualités.


 


 

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