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Réactions de l’opposition : Analyse des dernières élections locales

10 décembre 2017 | 20:46
Safi Benaissa

Les dernières élections locales se sont particularisées non pas par un bouleversement de la carte politique qui demeure presque à l’identique dans la représentation et la répartition entre les différents partis, mais par la lecture faite sur son organisation, le positionnement des différents intervenants et une nouvelle perception du scrutin, à savoir : par la haute instance indépendante de surveillance des élections, l’administration, les partis politiques et ses représentants, les électeurs/citoyens, la réaction de l’opposition avec les commentaires et les leçons et impressions qu’on peut en tirer.

La haute instance indépendante de surveillance, qui est à sa deuxième expérience, a plutôt usé de pédagogie dans ses relations avec les différents protagonistes pour préparer et faciliter le processus électoral. Elle n’a cessé d’expliquer à tous les acteurs les dispositions réglementaires à observer.

Le président de cette instance a affiché sa disponibilité et a démontré sa capacité de dialogue et de compréhension envers tous les intervenants y compris les représentants de la presse. Dans sa volonté d’apaisement et d’adhésion à cette consultation, il a du concéder que certaines dispositions de la loi électorale devaient être clarifiées et réadaptées à la nouvelle conjoncture politique pour éliminer le doute, qu’existeraient des préétablis.

Il a fait preuve de capacité de discernement entre les conditions politiques et la disposition d’esprit du législateur, qui ont présidé à la rédaction de la loi électorale et les réalités politiques actuelles qui les biaisent.

En d’autres termes, l’évolution de la situation et des rapports politiques nécessitent l’actualisation de la loi électorale à la lumière de l’évolution politique de la société.
C’est une avancée politique considérable.

L’engagement de cette instance a été déterminant dans son quadrillage de la campagne électorale et par son accompagnement des partis politiques dans l’encadrement et la surveillance du processus électoral et des opérations de validation dont certains dépassements ont abouti à la saisine de la justice.

L’administration a accompli un travail minutieux pour épurer les listes électorales au niveau de toutes les communes par le recoupement et le rapprochement entre les différents APC, des changements qui se sont opérés dans les situations individuelles de la population : de leurs lieux de résidence, des erreurs dans les reports de leur identité -l’orthographe des noms et prénoms-, des décès dans les lieux différents de leurs lieux de naissance, enfin rattraper toutes les défaillances administratives d’une jeune administration qui a, de plus, élargi son action dans tous les recoins du territoire national pour se rapprocher au plus près de tous les administrés.

Il faut en saluer l’effort même si beaucoup reste à faire pour qu’elle puisse assurer les exigences du service public. Ensuite, elle a déployé toute la logistique nécessaire à l’organisation et au déroulement de l’opération électorale dans toutes ses dimensions : les structures d’accueil, le mobilier de support, les moyens humains d’encadrement et de suivi.

Elle a fait appel également aux services de sécurité pour éviter toute perturbation de ce devoir civique.

Les partis politiques étaient représentés dans tous les bureaux de vote -du moins ceux qui ont pu mobiliser leurs militants ou leurs représentants – et ont assisté aux différentes étapes de l’opération de vote. Donc, il leur était loisible de pointer chaque votant pour qu’à la fin ils peuvent disposer du total.

D’autant plus qu’ils sont censés avoir participé dès l’ouverture des bureaux jusqu’au décompte final pour chaque liste. Les PV ont été dressés en leur présence et approuvés par eux. Avec cette preuve matérielle ils peuvent confondre leurs contradicteurs, soit auprès de la justice soit en saisissant le conseil constitutionnel.

Certains ont parlé de bourrage des urnes, mais par quel artifice cela se peut en présence des représentants des partis qui ont relevé le nombre des votants d’une part, et que le contrôle peut se faire sur la base du fichier sur lequel ont été apposés, non les signatures, mais l’empreinte digitale.

Il faut se résoudre à admettre que nos partis politiques de l’opposition n’ont ni les capacités organisationnelles ni la culture démocratique, mais qu’avec les expériences vécues et de s’être frotté à la réalité du terrain, ils évolueront et s’aguerriront.

Les électeurs ont accompli leurs devoirs dans la sérénité. La participation citoyenne a été plus conséquente. S’est ajouté aux fidèles -militants et sympathisants – des citoyens qui se sentent proches, ou accordent leurs confiances aux candidats -de par leur proximité- comme susceptibles de servir leurs intérêts locaux.

On a beaucoup supputé sur les abstentionnistes. Parmi ceux qui s’abstiennent, on dénombre beaucoup de jeunes qui ne sont ni pour, ni contre, le vote en général. Bon nombre parmi eux admettent la puissance de l’Etat, mais déplorent les abus de certains agents qui les représentent au niveau de certaines institutions.

Leur négligence citoyenne -de l’abstention – viendrait du manque de culture politique et de la quiétude qu’offre la stabilité de la situation sociale actuelle et de l’erreur de croire que leurs voix n’ont aucune portée -au détriment même de cette quiétude-.

Réactions et commentaires

Les commentaires suscités par ces élections sont contradictoires. De la constatation d’un statu-quo à l’amélioration du scrutin en passant par sa manipulation.

Si les premières réactions ont été critiques envers les résultats et l’organisation des élections, elles se sont nuancées après les déclarations des partis qui ont participé.

Ce sont traditionnellement les partis en mal de représentation, récoltant de faibles pourcentages comparativement aux ténors et même à certains partis qui ne sont pas dans l’opposition radicale parce que prônant une politique réconciliatrice.

Leurs argumentations récurrentes sur la fraude et à la répartition des quotas ont été battues en brèche par la réaction des représentants et des électeurs de différents partis –y compris les grands partis- qui ont démontré que les tentatives de fraude et de falsification seraient les faits de militants au sein de certaines commune ou wilaya et non de directives de l’administration centrale. Certain partis, pour justifier leurs échecs électoraux avancent des arguments contre-productifs.

Citons quelques exemples : « les élections sont boudées par les électeurs en raison de la fraude, le manque de confiance, l’argent qui a pris une ampleur en politique et l’achat des signatures et des places sur des listes ».

Ces militants et ces électeurs/sympathisants qu’on peut détourner de leur parti -pour les premiers- qu’on peut acheter -pour le deuxième – n’ont aucune attache partisane, ni ne sont séduits par le programme politique de ces partis et encore moins convaincus de leur projet.

C’est un message/piège dans lequel ils s’engouffrent. Il y a des militants de partis qui dénoncent leurs propres pratiques : « on combat les pratiques du pouvoir ( !?) mais il y a pire au sein de notre parti. Ce sont toujours les mêmes qui reviennent sur les listes.

On ne donne jamais la chance aux jeunes et aux compétents. Certains candidats de la liste APW sont honnis par la base. Un haut cadre du parti a imposé son fils, son gendre et sa fille dans trois listes différentes.

C’est dire que c’est le degré d’allégeance et les liens de parentés qui comptent, pas la compétence et l’engagement. Comment voulez-vous qu’on obtienne de bons résultats avec de telles pratiques ».

D’autres invoquent le bourrage des urnes -non couverts par leurs représentants ?

Des P.V. changés, la violence des partis au pouvoir.
Si ces faits sont réels, ils révèlent une absence pour le premier cas et un manque de volonté pour le deuxième cas par leurs représentants pour réagir.

Il s’agirait de quelle violence pour le troisième cas ? Si elle est physique, elle peut être constatée et exhibée à la justice ou faire intervenir les services de sécurité si la violence verbale perturbe les opérations de vote.

En résumé toutes ces excuses évoquées masquent mal leur défaite électorale et démontre qu’il y a une réalité politique qui leur échappe : accuser l’administration est une échappatoire. D’autre part la configuration des résultats montre que quelques régions recèlent un potentiel électoral plus important que certains partis que d’autres.

D’autres commentateurs remettent en cause la dénonciation de la fraude par les deux grands partis – le FLN et le RND -, qui a entaché selon eux des élections dans certains bureaux de vote, sous prétexte, d’une part qu’ils anticipent sur les accusations et les réactions de la classe politique et de l’opposition, d’autre part, qu’étant au pouvoir -surtout pour le premier ministre et néanmoins responsable du RND – ils remettraient en cause la responsabilité du gouvernement. Deux questions se posent :

1. En quoi la responsabilité du gouvernement serait engagée si la fraude proviendrait d’éléments partisans parmi les agents administratifs en connivence avec les représentants de partis politiques ?

2. Ces partis (FLN – RND) du fait d’être représentés au niveau des institutions de l’Etat, devraient faire profil bas et tolérer les tripatouillages d’éléments tapis dans l’ombre au détriment de leurs candidats ?

Devant ces pratiques M. Ahmed Ouyahia parce que Premier Ministre se devrait d’être en réserve et laisser en jachère son parti ?
Même au sein de ce qu’on appelle les grandes démocraties, des membres du gouvernement et à leur tête le Premier ministre s’impliquent dans toutes les élections locales (communales, régionales…) et législatives.

Nos donneurs de leçons s’aviseraient de ne pas s’engoncer dans l’habillage démocratique ; ils en donnent une image caricaturale.

Observation

L’engagement des électeurs se mesure par la confiance qu’ils accordent ou pas aux candidats locaux susceptibles ou pas, de répondre à leurs attentes pour la prise en charge des besoins de leur collectivité locale (parfois personnels).

Le taux de participation sera plus important quand cessera le nomadisme de certains candidats d’un parti à un autre, en rejoignant par conviction une formation politique.

En résumé, ces dernières élections, par le caractère inédit, des protestations au niveau de certains bureaux de vote ont montré qu’ils refusaient de se faire voler leurs voix ou d’être frustrés de leur choix.

On peut y voir un frémissement de la citoyenneté qui gagne une partie de la population, en manifestant leur désapprobation envers les fraudeurs.

Signalons que cette fraude n’est pas institutionnelle comme se plaisait à décrier une certaine opposition pour justifier son échec électoral.

Elle relèverait plutôt d’un manque de culture civique et politique.
L’autre angle d’analyse est le taux de participation et la lecture politique qui en est faite. C’est, parait-il, à ce niveau que la crédibilité du régime, doit être éprouvée, ou qu’il doit engager pour pérenniser sa légitimité malgré toutes les critiques.

Pour la mesurer -la crédibilité- on s’est focalisé sur le ministre de l’intérieur -M. Bedoui- pour scruter ses intentions et ses déclarations pour en donner leur propre traduction. C’est ainsi que son expression « de fête démocratique » après l’annonce des résultats du scrutin, est interprétée comme un soulagement émotionnel qui ferait suite à une crainte de perdre un « pari » !.

Au-delà de cette image personnalisée qu’on prête à M. Bedoui et de son identification au régime, on fait croire que l’avenir du pouvoir actuel et de son renforcement aurait dépendu de l’issue de ce scrutin. Pour qui connaît, un tant soit peu la scène politique, la majorité électorale est acquise aux deux grands partis -le FLN et le RND-.

Evoquer un doute c’est se faire illusion.

Mesurer la confiance du peuple en ses dirigeants par sa participation aux élections locales c’est méconnaître les motivations de l’électorat qui n’est pas à confondre avec celui des pays occidentaux -qui lui, est forgé par l’histoire politique qui le particularise (nous renvoyons nos lecteurs à notre contribution « La compétition électorale, parue dans le Jeune Indépendant du 06 Mars 2017 »)- parce qu’il n’est pas traversé par différentes idéologies.

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