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Mort d’hommes, disparition, prison et exploitation

Rais Hamidou dévoile l’etendu du drame des harraga

25 novembre 2018 | 01:50

Les drames au sein des familles de harraga se suivent et se ressemblent : le candidat échafaude son plan avec une discrétion insoupçonnée, part dans le secret, au péril de sa vie, laissant une douleur indélébile s’il meurt et, surtout, des parents inconsolables. Le dernier drame remonte au 15 novembre lorsque 13 jeunes, en majorité de la commune de Raïs Hamidou (ex Pointe Pescade), une bourgade sur le littoral ouest d’Alger qui surplombe la mer, ont décidé de joindre les côtes italiennes. Résultat de l’aventure : trois d’entre eux ont été sauvés in extremis et les dix autres sont portés disparus. Du coup, Raïs Hamidou fait les titres de la presse mondiale. 
Ainsi, la série noire de la harga continue avec ses conséquences macabres.

Des milliers de candidats à l’émigration clandestine tentent leur chance à partir des ports ou des plages de l’est du pays. Ceux qui se font prendre risquent la prison ou l’internement dans des camps de travail en Italie, après avoir réglé rubis sur l’ongle des passeurs dont le business est plus que florissant.

Partir coûte que coûte, telle est l’idée qui hante l’esprit de milliers de jeunes ayant perdu tout espoir d’assurer leur avenir dans leur pays. Obsédés par l’Europe, ils deviennent des passagers stand-by à Skikda, Béjaïa et Annaba, guettant la moindre embarcation accessible. Ces milliers de jeunes, pourtant à la fleur de l’âge, optent pour

de dangereuses traversées après avoir lutté contre l’oisiveté et la marginalisation. Ils ont tout connu : des conditions socioéconomiques extrêmes, le chômage, la prison…

Rien qu’à Annaba, en 2014, 400 jeunes ont pris le large à partir de Sidi Salem en une seule nuit, et ce à bord d’une cinquantaine d’embarcations de pêche. Cette petite plage du littoral d’Annaba est devenue très prisée des candidats à l’émigration clandestine. Les passeurs activant pour le compte de réseaux spécialisés dans l’émigration clandestine y trouvent leur compte. Il convient de souligner que les départs se font presque à l’improviste, pour ne pas dire au gré des passeurs, qui profitent du moment où les gardes-côtes s’éclipsent le temps d’un changement de patrouille. La traversée s’effectue souvent dans des conditions précaires, à commencer par les embarcations utilisées qui ne sont autres que de petites barques de pêche. 90% des traversées sont effectuées à bord de ces embarcations vétustes aux moteurs retapés, mettant ainsi en péril la vie de dizaines de clandestins en haute mer.

D’ailleurs, des cadavres de harraga, repêchés sur les côtes de Chetaïbi ou au large des côtes tunisiennes, restent à ce jour non identifiés car dans un état de décomposition très avancée.

« A mon âge, je demande encore de l’argent de poche à mon père » .
Afin de comprendre les raisons qui poussent ces milliers de jeunes à risquer leur vie pour fuir le pays, nous nous sommes dirigés vers la côte de Sidi Salem pour nous entretenir avec quelques candidats à l’émigration clandestine.

Nous avons été surpris par la ténacité de certains jeunes, dont le plus tonitruant avoue en être à sa troisième tentative. Agé de 27 ans, il parle avec dégoût de sa situation d’universitaire au chômage. « Je suis ingénieur en électronique mais je suis au chômage depuis plus de 2 ans. Je suis issu d’une famille modeste qui a du mal à joindre les deux bouts, surtout que mon père est un retraité qui doit subvenir aux besoins d’une famille de cinq membres. Moi, à mon âge lui demander encore de l’argent de poche ! C’est vraiment écœurant ! », dit-il.

Un autre candidat qui était affairé à retaper du mieux qu’il pouvait une embarcation, finit par perdre patience et décide d’intervenir : « Nous ne sommes pas des Algériens. Nous n’avons droit ni au travail ni au logement. Trouvez-vous normal qu’à mon âge je ne sois pas encore marié ? Madani Amamra, c’est mon nom ». Il insiste pour qu’il révèle son identité afin que tout le monde sache qu’à 46 ans il n’a pu fonder une famille, faute de moyens. « Qui voudrait partager la vie d’un homme comme moi ? Toutes mes économies sont là dans cette embarcation, à bord de laquelle je vais quitter ce pays où il n’y a de place que pour les riches et les enfants d’hommes d’affaires et où l’injustice règne en maître ».

Concernant le prix de la traversée, un candidat nous confie que « chacun doit s’acquitter d’une somme allant de 120 000 à 180 000 DA. Mais tout dépend des circonstances mais aussi des personnes qui prennent en charge votre traversée ».

Quant au prix des embarcations, il est plutôt soumis à la loi du besoin. La côte de Sidi Salem est devenue depuis quelque temps un véritable « chantier naval » où des centaines d’embarcations sont construites ou retapées pour être revendues à des prix pouvant atteindre 400 000 dinars.
Le commerce des petits bateaux de pêche est devenu un créneau lucratif à Annaba. Il faut aussi signaler que certains autres candidats, moins fortunés, tentent leur chance du côté du port en essayant d’embarquer sur des cargos de marchandises. Mais quel que soit le moyen utilisé, s’ils ne meurent pas noyés, ils sont souvent pris par les gardes-côtes tunisiens ou italiens. Ils sont alors emprisonnés lorsqu’ils se font prendre en Tunisie, ou placés dans des camps lorsque cela se fait en Italie.
Ils sont dès lors exploités sur divers chantiers avant d’être rapatriés. Il arrive souvent qu’ils soient maltraités. Sur ce sujet, les révélations qui nous ont été faites par certains harraga rapatriés d’Italie, après avoir été interceptés au large de la Sardaigne par les gardes-côtes italiens, sont édifiantes.

Placés dans un camp où se trouvaient des milliers de migrants clandestins originaires du Niger, du Sénégal, du Maroc, d’Algérie et bien d’autres pays africains, et après avoir reçu les soins nécessaires et avoir été remis sur pied, ils étaient obligés de s’acquitter du prix de leur séjour dans les camps. Pour cela, ils sont envoyés dans différents champs de vignes, d’oliviers ou de tournesol, pour y travailler 1 à 2 mois.
Cela a été le cas d’Abdellatif T., habitant à la cité Didouche-Mourad, qui jure aujourd’hui ne plus penser à réitérer cette expérience au vu de la misère vécue en Italie. Que dire alors de nos compatriotes condamnés par les autorités tunisiennes pour s’être introduits illégalement en Tunisie. 
D’autres sont moins chanceux, à l’image du groupe des 10 jeunes en majorité de Raïs Hamidou, disparus en ce début de novembre à bord d’une embarcation de pêche, munis d’une boussole et de dattes et dont on est à ce jour sans nouvelles. Ils auraient, semble-t-il, disparu au large des côtes italiennes. Cinq sont issus de Rais Hamidou, deux de la Casbah et les autres d’Annaba.
L’affaire a révélé l’étendu du drame des harraga et du profond malaise vécu par une partie de la jeunesse algérienne qui n’a d’ambition que de fuir le pays. 

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