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Problématique : Assurances et crise financière

18 mai 2018 | 03:23
Nadia ABDAT

La crise financière affecte l’économie algérienne depuis 2014 consécutivement à la chute des prix des hydrocarbures.
Le secteur des assurances est il suffisamment résilient pour résister à cette crise ? De prime abord, assurances et crise sont deux termes antinomiques.

Le terme « crise » est protéiforme, de plus en plus galvaudé et n’a jamais autant prospéré que depuis la seconde moitié du siècle dernier. Emprunté à la médecine, ce concept a depuis, conquis tous les domaines. On parle de crise de civilisation, de crise de confiance, de crise des valeurs morales….etc.On l’associe également aux tensions géo politiques qui secouent le monde, et aussi aux guerres qui s’en alimentent.
Depuis la révolution industrielle du XIXème siècle, les crises ne cessent de se succéder. Effet ou cause, la crise est tantôt un dérèglement, la phase paroxystique d’un cycle mais pour les plus optimistes, c’est une opportunité vers un nouvel ordre.Au lendemain de la première grande guerre, la crise s’est assignée un terrain de prédilection, celui de la finance pour envahir l’économie toute entière.


Le terme assurance possède quant à lui, une connotation positive. Selon la définition qu’en donne le dictionnaire Littré, il signifie, confiance et sécurité.
L’assurance dont il est question ici, est cette activité financière et socialequi a pour objet d’accumuler et de gérer des actifs financiers dans le cadre d’une mutualité composée d’assurés.Ces derniers versent leurs contributions au fonds organisé par l’assureur en vue d’être indemnisés des pertes conséquentes aux risques dont ils redoutent ou attendent la survenue.
L’assurance abaisse ainsi le niveau d’épargne de précaution in solo de chacun. Plus de ressources sont de ce fait, libérées et rendues disponibles pour irriguer les investissements et pour stimuler la consommation et pour préserver le niveau de vie des assurés.On serait tenté de voir dans l’assurance la panacée aux maux qui menacent de ruiner individus et sociétés.

Cela pourrait s’en rapprocher dès lors que l’assurance fonde sa solvabilité sur les trois piliers suivants :
- des provisions techniques suffisantes et correctement évaluées ;
- des actifs suffisants, sûrs, liquides et rentables et ;
- une marge de solvabilité afin de faire face à l’éventualité d’une perte future.

Ces fondamentaux sont ils maitrisés pour permettre une meilleure résilience du marché face à la crise ?


L’assurance interagit avec l’environnement dans lequel elle évolue.
En effet, lorsque les normes et les institutions ne sont pas en phase comme c’est le cas, l’industrie des assurances ne peut se développer, pire encore elle peut générer de l’insécurité.
Le ralentissement en cours de l’économie algérienne impacterait-il le secteur des assurances au point de précipiter un éventuel risque systémique d’autant que ce secteur n’affiche pas un grand dynamisme ?
Le système pourrait en effet, s’écrouler dans son ensemble, par effet de contagion du fait des interconnexions entre les acteurs de la sphère financière.


Les opérateurs d’assurance n’opèrent pas en vase clos. Même si le risque systémique est contenu du fait de l’inversion du cycle de production , qui caractérise l’industrie des assurances et plus particulièrement s’agissant du marché algérien, parce que le secteur bancaire ne peut pas détenir plus de 15% du capital social des compagnies d’assurance.

Pour autant, le marché des assurances n’est pas totalement, immunisé surtout en période decrise.
En effet, l’assurance fait partie de la catégorie des biens supérieurs dont la croissance est plus que proportionnelle à celle du revenu et sa pénétration progresse lorsquele taux de croissance est positif. C’est ainsi que lorsque le revenu et la richesse des individus progressent, le besoin d’assurance et la nécessité de protéger leurs actifs augmentent.
La structure et les chiffres du secteur, indiquent que l’assurance n’imprègne encore que faiblement l’économie alors que cette dernière en a sérieusement besoin afin que puissent être absorbés les chocs macroéconomiques.
L’assurance n’a pas toujours pas réussi à occuper un rôle auxiliaire des activités productives. Nous sommes face à un marché atone, passif, monopolistique faiblement proactif, et dont la capacité à honorer ses dettes techniques est sujette à caution.

En matière de placement, la rentabilité financière des assureurs est entravée, surtout en cette période d’inflation, par un dispositif prudentiel dépassé et contre-productif.

Les missionsde concertation et d’animation confiées au secrétariat du conseil national des assurances sont à minima au regard des attentes des acteurs du marché, et pour cause, cet organe n’est pas autonome. De plus, il ne dispose pas des moyens nécessaires pour faire appel à des cabinets d’experts afin de dresser les diagnostics, conduire et finaliser des projets dont les échéances fontl’objet d’incessants reportsà leur perdre toute opportunité.
Outre leur parution tardive, les états statistiquesqu’il émet, présentent des écarts avec ceux des compagnies qui alimentent la base de données du CNA. Quant à ses notes dites de conjoncture, elles sont davantage des bulletins de données conjoncturelles composées uniquement de tableaux, de chiffres et de graphiques sans commentaires. Les quelques indicateurs présentés ne permettent pas de faire des analyses conjoncturelles.
Ajoutons qu’au vu d’un organigramme, réduit à la portion congrue, il serait présomptueux de soutenir que cet organe puisse produire, des propositions en matière deveille stratégique, et alerter les Pouvoirs Publics sur les problèmes qui se profilent au vu des tendances du marché.

Enfin, et en raison des failles du système de contrôle institutionnel, ce secteur risque l’insolvabilité qui est actuellement différée par les retards systématiques dans le règlement des sinistres (les principaux indicateurs comme le taux et le délai moyen de règlement n’ont jamais été rendus publics).
Un marché structurellement déséquilibré, passif, sous-développé et sous exploité.

Un marché structurellement déséquilibré, passif, sous-développé et sous exploité
Le marché reste tourné vers les risques dommages et est essentiellement tiré par la branche automobile dont le chiffre d’affaires augmente mécaniquement avec la taille du parc auto. Cette branche connait une décroissance et sa sinistralité se dégrade de plus en plus.

A la faveur des importations massives de véhicules, les assureurs s’y sont engouffrés se livrant une guerre tarifaire sans commune mesure avec la portée des engagements auxquels ils sont tenus.

De plus, le marché est dominé pour une large part par les sociétés étatiques lesquelles ont représenté 71% du marché en 2016. Les compagnies à capitaux privés n’en détiennent que 29%.

C’est aussi un marché orienté vers la consommation, dans lequel la branche automobile (consommation) est dominante (+ de 50%) au détriment des autres branches d’assurances notamment celles qui soutiennent et pérennisent l’appareil de production (risques d’entreprise notamment).

  Nombre de Véhicules C.A Auto
En millions de dinars
Part en % Assurances auto
2014 5 425 558 63 879 54,8
2015 5 683 156 66 202 55,7


En introduisant la spécialisation permettant de séparer les assurances « dommages » des assurances de « personnes, les Pouvoirs Publics ont certes permis de multiplier le nombre de sociétés d’assurances qui est passé de 16 sociétés à 24 sociétés, mais cela n’a pas multiplié pour autant le chiffre d’affaires (82milliards de DA de CA pour 16 sociétés en 2010, et 130 milliards de DA pour 24 sociétés en 2016).

Mais ce cloisonnement entre ces deux catégories d’assurance ne s’est pas fait sur la base du critère lié au mode de gestion. En assurances, il existe deux modes de gestion distincts que sont la gestion par répartition (pour les produits dits « Dommage » qui obéissent au principeindemnitaire) et la gestion par capitalisation (fondée sur le principe forfaitaire ou libre choix des capitaux et des prestations). En l’absence de produit dit de capitalisation, ce dernier critère n’a pas été retenu par le législateur mais il deviendra sans doute nécessaire lorsque le marché financier se développera.
Un marché en baisse depuis 2015.


Un marche en baisse depuis 
Le chiffre d’affaires des assurances a cru de 2% en 2016, en valeur nominale, mais a baissé de 4%, en valeur réelle, par rapport à 2015 .


En milliards de Dinars

2013 2014 2015 2016
113.9 125.5 127.9 129.6


La crise financière et la récession économique qui a commencé à se profiler dès 2013, ont eu un impact négatif sur le chiffre d’affaires des assureurs qui aurait perdu selon le PDG de la compagnie d’assurance Alliance, entre 15 à 20 milliards de dinars en moins de trois ans.
A quoi est due cette décroissance ?


A quoi est due cette décroissance ?
Tirant son chiffre d’affaires principalement des secteurs dépendant des importations, l’activité des assurances a baissé en proportion de leur réduction.Cette baisse pourrait s’accentuer plus que proportionnellement d’autant que l’assurance constitue l’un des premiers postes sur lesquels les consommateurs ont tendance à faire des économies.
Un taux de pénétration très bas :

Evolution du PIB et du chiffre d’affaires des assurances de 2013 à 2016

Année PIB MDA CA du secteur % de pénétration
2013 17 771 114 0,64
2014 17 205 126 0,73
2015 16 702 128 0,77
2016 17 407 130 0,75


On remarquera que le taux de pénétration a tendance à rester stable malgré la variation du PIB. Il n’y a pas de corrélation positive entre ces deux variables. Il n’y a apparemment aucun effet d’élasticité par rapport au PIB.
Ce qui indique que le chiffre d’affaires se nourrit essentiellement des assurances obligatoires qui sont forcément reconductibles ou renouvelables.
C’est le taux de pénétration le plus faible des pays producteurs de pétrole.

En comparaison, celui des pays industrialisés est demeuré largement supérieur à 5 % en moyenne en dépit des crises économiques que ces pays ont eu à connaître.
Dans les pays en voie de développement d’Amérique du Sud, ce taux est en moyenne de 3%, et dans les pays d’Afrique, il est inferieur à 3% exception faite de l’Afrique du sud qui affiche un taux supérieur à 12%.
La moyenne des pays du Golfe s’élève, quant à elle, à 1,9%.
La couverture géographique des assurances est concentrée, lacunaire et partielle.

La couverture géographique des assurances est concentrée, lacunaire et partielle
Les 3/5 ème de la production nationale des assurances concernent huit wilayas sur les 48 que compte le pays.

C’est ainsi que la wilaya d’Alger concentre à elle seule les 2/5èmes du chiffre d’affaires global du secteur.

Par type de risques, cette wilaya détient,

Risques auto 26%
Risques transport 70%
IARD 61%
Assurances de Personnes 48%


Il est vrai, que la wilaya d’Alger dispose encore du plus important potentiel économique puisqu’elle représentait jusqu’au 30 juin 2016, la plus forte concentration des sociétés avec 58 394 entités, soit près de 34% du nombre total de sociétés recensées au niveau des 48 wilayas.
Ce qui confirme ce qui a été consigné dans le RSE de 2011, à savoir que près de deux entreprises sur trois sont implantées dans le nord de l’Algérie (66.1%), et qu’une entreprise sur quatre dans les Hauts plateaux. Le grand Sud quant à lui n’abritant que 8.9% des entreprises
Mais cela justifie-t-il un tel niveau de concentration en assurances ?

Le modèle de distribution est classique et les chiffres qui suivent, indiquent la densité du parc d’agences installé dans les zones nord du pays.
Il est composé de 1133 bureaux directs, 1128 agences générales d’assurance et bureaux de courtage, et de plus de 750 guichets conventionnés destinés à la bancassurance.
Dans les zones éloignées et moyennement peuplées, les couts d’implantation, de viabilité et d’entretien d’un réseau classique seraient dissuasifs
Le maillage territorial n’est pas achevé.
Comment faire pour que recule le désert assurantiel ?
Reste les solutions de partage des infrastructures et des moyens et pourquoi pas avec les mairies et leurs annexes et, ou les quelques services publics qui rattachent encore les habitants à la citoyenneté. En effet, en raison de la faible rentabilité des agences situées dans les faibles agglomérations, d’une couverture internet non optimale, les assureurs ne tarderont pas à rechercher d’autres relais de vente de proximité, moins onéreux.
Un marché peu diversifié et figé
C’est aussi un marché de risques dommages très peu diversifié comme en atteste la ventilation du chiffre d’affaires par catégories d’assurance

 

Catégories d’Assurances
Année 2015
% du C.A
Automobile 52
Dommages aux biens 33
Transports 4
Risques agricoles 2


Année après année, c’est cette répartition entre branches qui se confirme.
Un marché faiblement proactif
 Les assureurs disposent de bases de données suffisantes, et gratuites, (matière première indispensable dans le domaine des services) sur leurs clients et les risques qui leurs sont associés, mais ils ne tirent pas profit de cette information qui leur permettrait de démultiplier leur portefeuille d’affaires et déplacer ainsi le curseur vers la croissance. Ces volumétries énormes de données brutes et nombreuses, pourraient servir à élaborer de nouveaux produits.
Encore faut il qu’ils disposent des outils de data mining pour identifier les tendances du marche.
 L’économie numérique ne semble pas être un souci pour l’industrie dans son ensemble, les frais de gestion pèsent encore lourdement dans les bilans .De par le monde, les assureurs ont pris conscience des progrès du numérique et de ses défis pour leur profession, bousculés par des concurrents moins chers et surtout interactifs.Certains ont développé des applicatifs mobiles, d’autres ont opté pour la dématérialisation de la relation client, en déployant des outils de prévention, et en se lançant dans les hackathons .


 La presse publie régulièrement les réclamations et les plaintes des assurés. La phase de gestion du sinistre est émaillée de suspicion, de tergiversations et in fine de conflits qui abiment la confiance des assurés et décrédibilisent tout autant un assureur inquisiteur et accusateur qui fait du recours à l’expertise une arme de dissuasion.
L’assureur manque la phase post sinistre au cours de laquelle, il lui est possible de remettre en place une couverture d’assurance similaire, plus adaptée et même plus étendue.
1. Les produits d’assurance sont intangibles, similaires voire interchangeables. Les consommateurs ont du mal à distinguer ce qui les différencie.
L’assureur doit déplacer le terrain de la concurrence sur celui de l’image en s’en forgeant une qui soit attractive dans le périmètre de ses affaires.
Cela passe par son engagement dans des thématiques fédératrices telles que le sport, les loisirs, le volontariat...etc.
Cet investissement immatériel doit se traduire par le maintien en permanence d’un niveau de qualité suffisant, du service après-vente en termes d’écoute et de délai de réponse.
La clientèle continuera à être volatile tant que les assureurs n’auront pas apporté la différentiation intelligente comme, celle qui consiste à proposer des services concrets associés à la prestation de base.
Les packs d’assurance actuels sont certes, moins couteux que la vente de garanties individualisées, mais la formule du tout en un, donne lieu à des prestations de piètre qualité.
2. La proactivité consiste également à mettre en place des polices d’assurances économiquement avantageuses pour leurs prospects car la prestation de l’assureur ne s’arrête pas à la mise en place d’une banale note de couverture.

Dans les prochaines années, les assureurs seront confrontés aux nouveaux modèles d’assurance comme l’assurance dite collaborative.
Ce dernier est disruptif car plus transparent et plus vertueux pour les participants.

On peut regretter que les compagnies publiques arborentencore des acronymes comme enseignes alors que l’approche marketing commande plutôt l’utilisation de concepts porteurs qui diffusent un message clair.

Les compagnies accusent un retard dans l’installation de plates formes de gestion dématérialisée des sinistres alors que le réseau de distribution traditionnel, est caractérisé par des pratiques bureaucratiques et des délais d’attente exagérément longs.

Il est pourtant possible de faire simple et efficace. Le produit d’assurance-vie par exemple, a pu être proposé par le biais du téléphone portable. La micro-assurance mobile pourrait constituer une réponse, comme c’est le cas en Afrique Sub-saharienne, au Kenya ou au Togo, à cette lourdeur. Une fois qu’il est simplifié,
Pour mettre un terme à la bureaucratie, les exemples de ventes directes, en prépayé, sont nombreuses, à l’instar du forfait mobile, notamment pour les petits risques, dont on cite par exemple l’assurance randonnée.
L’assurance est toujours portable alors que le client n’est pas convaincu ni rassuré par le prestataire d’assurance et ses produits.

Au vu de son faible taux de pénétration l’assurance doit être absolument quérable , pour au moins deux raisons.
- Vendre de la prévoyance nécessite un ancrage de l’assureur dans ce qui a trait au bien être de la personne et à la sécurisation de ses actifs, ce qui n’est pas le cas des compagnies d’assurance actuelles.


- Eviter la propagation du phénomène des impayés de primes qui menace sérieusement les compagnies étatiques d’assurances en matière d’assurances de dommages où la règle à ne surtout pas enfreindre pour préserver la mutualité, est celle du paiement préalable et obligatoire de la prime d’assurance.


En définitive, on peut conclure que le volume des primes collectées par le secteur a progressé très faiblement et sa contribution au PIB reste insignifiante et inchangée, à savoir, moins de 1%.
Un marché caractérisé par une faible densité d’assurance


En 2016, la moyenne mondiale de la prime d’assurances par habitant s’établissait à 638,3 USD. Celle du marché algérienn’a été que de 34 USD en 2015, soit environ 19 fois moins. En comparaison, celle des pays du Golfe avait été de 625,4 USD en 2016. Des pays apparemment de même culture et niveau de développement économique. Ceci laisse penser que l’argument de l’absence de culture assurantielle ne suffit pas pour expliquer le peu de pertinence du marché algérien des assurances.
Apparemment, les assureurs algériens ne perçoivent pas les véritables besoins de protection des populations, notamment celles à faible revenu et celles qui vivent en milieu rural , et ne prennent pas encore la mesure exacte du potentiel du marché.


La faiblesse du marché de l’offre est corroborée également par, le maigre chiffre d’affaires des assurances Vie.
Ce dernier est quasi stellaire malgré un immense potentiel et représente moins de 3% du chiffre d’affaires total.


En millions de dinars

Montant des Primes 2013 2014 2015
VIE-DECES 2241 2660 3303
CAPITALISATION 0 0 0
Prévoyance Collective 2169 2348 2790
Sous-total 4410 5008 6093
Total des A.P 8619 8976 10316
Total A.P+A.D 115107 125987 129118


Nos assureurs interrogent ils les données sociodémographiques et socioéconomiques ? 
La reprise de l’évolution du taux de fécondité dès 2005 (2.80en 2015) portant la population à 40,4 millions d’habitants au 1er janvier 2016, le chômage, la dégradation des comptes de la caisse nationale des retraites d’autre part, la flexibilisation du marché du travail, le recul de la protection sociale, l’instabilité des revenus, l’érosion du pouvoir d’achat des ménages font que le recours à l’assurance privée, collective ou individuelle, en complément des régimes obligatoires de protection sociale est plus que nécessaire.
Se basant sur une ancienne subdivision de la population faite par l’ONS, un analyste, relève que 20% des algériens sont pauvres , 20% très riches et que prés de 95% des 60% de ce qui est appelé la classe moyenne est tirée vers le bas tandis que 5% remontent la pente.
Il conclut qu’en définitive et en moyenne près de 75% sont pauvres et 25% sont riches »


Les quelques acteurs du marché ne proposent pas de produits protégeant l’épargne ni de rémunération suffisante pour sécuriser les avoirs menacés par l’inflation, y compris ceux des nantis.
Les taux à proposer devraient être supérieurs au taux d’inflation des biens durables.
L’assurance islamique : l’alternative de secours ?
Au milieu de l’année 2017, une partie des assureurs a entrepris de dépoussiérer le dossier de l’assurance islamique, pour parer à un mouvementd’humeur de la tutelle irritée par le niveau bas des provisions de sinistres.
Tout ce que compte le secteur financier est à la manœuvre depuis 2016, pour ressusciter via la finance islamique ce qui lessiverait miraculeusement, ce marché noir qui gangrène et qui étrangle le secteur formel.
En assurance, ila pour pendant, un vieux projet importé en 2010 par la filiale de droit algérien, du groupe international d’assurance et de réassurance Salama Islamic Arab Insurance Company Group, Salama assurances.
A ce propos d’ailleurs, l’assurance baptisée également Assurance Halal posera problème parce qu’à contrario, l’assurance conventionnelle ou traditionnelle passerait pour moins éthique voire même transgressive dans un pays où l’assureur est perçu comme un collecteur d’impôt.
Le législateur aura cependant fort à faire pour doter le dispositif assurantiel de cohérence et d’harmonie d’une part, et reconfigurer les mécanismes de solvabilité des opérations d’assurances d’autre part.


Plusieurs problématiques ‘invitent au menu, comme :
- définir en vue de l’introduire au sein de la réglementation prudentielle, un critère extra financier fondé sur la religion,
- déterminer la compétence de la tierce autorité qui émet des avis sur les titres émis, face aux organes de contrôle, de régulation et de supervision des opérations qui se noueraient,
- renforcer les outils réglementaires pour gérer d’éventuelles difficultés de liquidité ayant trait aux nouveaux véhicules financiers,
- Délimiter les critères d’analyse des fondamentaux relatifs aux émetteurs de ces titres et,
- Renforcer l’attractivité fiscale sans discrimination religieuse entre les produits.

A quoi serait due l’insuffisante offre des produits d’épargne et de Vie ?

Pour essayer de rendre compte de l’insuffisante part des produits Vie, on a émis de nombreuses explications dont :
• L’importance des protections sociales étendues qui détourneraient les populations du besoin de rechercher la prévoyance individuelle.
• L’absence de licéité de l’assurance au regard du droit musulman qui tiendrait en suspicion et en échec, le droit positif qui la réglemente.
• La conviction des populations que l’assurance est un impôt de plus renforcée par le caractère injonctif des assurances notamment celle de la R.C.
• L’Affaiblissement du caractère mutualiste de l’offre assurancielle
Le législateur n’a pas fait une grande place à la mutuelle. Son principal ressort qu’est, la solidarité, est pourtant ancien dans notre société. La mutualité s’appuie en effet, sur un réseau social communautaire où s’exerce une solidarité beaucoup plus exigeante que dans l’assurance. L’assurance est basée sur le contrat et elle est fortement imprégnée d’une logique marchande.
Le modèle retenu en Algérie est celui qui privilégie la forme commerciale et donc la recherche du profit pour en faire la principale matrice du marché. Ceci constitue en quelque sorte un écueil face aux besoins nécessaires en matière de prise en charge de la vie humaine par la compensation financière des risques aussi divers que les accidents de toutes sortes, l’infortune ou le décès.


Dans sa globalité, le secteur ne dispose d’aucune stratégie d’approche des besoins encore largement méconnus des populations.
Disposer de canaux classiques de distribution ne suffit pas lorsque l’assureur ne sait pas adapter ses produits aux réalités économiques et sociales, en intégrant les caractéristiques des clientèles en matière d’âge, de lieu d’implantation,de niveau d’éducation et d’instruction, de niveau de revenu et de condition de santé.
Les populations sont, aussi majoritairement profanes dans le domaine financier et continuent à thésauriserleur petit pécule, vu le manque d’opportunités d’investissement et vu la qualité inadaptée des formules d’épargne proposées tant par les banques que par les assureurs.
Une épargne invisible et informelle est appâtée par les plus values immédiates qui caractérisent les circuits informels (trafic de l’or, réseaux frauduleux de devises étrangères....etc.).
Les ménages semblent préfèrent courir le risque inhérent au marché informel (non transparence) que de déposer leurs maigres économies entre les mains des assureurs.
La concurrence menée par la finance informelle tient en échec les quelques produits vendus par les assureurs qui ne favorisent guère la mobilisation et le développement de l’épargne longue dans les circuits officiels.
En effet, sur le marché financier, le rendement des actifs y est médiocre. Il n’y a pas de capitalisation boursière et les obligations sont émises pour l’essentiel par le Trésor public.
Les assureurs doivent cependant souscrire impérativement à hauteur de 50% au minimum, de leurs engagements réglementés dans des valeurs d’Etat .
Pour 2015, les engagements règlementés en valeurs d’Etat ont atteint le taux de 70%.
En clair,les assureurs détiennent un portefeuille obligataire non diversifié.
L’offre des valeurs d’Etat est d’une part insuffisantes pour couvrir les besoins des compagnies et de telles valeurs sont très faiblement rentables d’autre part.
En période d’inflation une partie des rendements financiers est engloutie.
Pourtant il existe des classes d’actifs qui, résistent à l’inflation comme l’immobilier et tous les biens réels (terres, or...) et ceux dont la valeur ou au moins les loyers suivent en général l’inflation.
L’immobilier constitue un rempart contre l’inflation. Car quand les prix grimpent, la valeur des immeubles augmente généralement d’autant et les loyers suivent la tendance.
Cependant,les assureurs évitent l’immobilier à cause de son caractère spéculatif et parce qu’il est non transparent.
L’inflation a augmenté depuis 2015 et le revenu disponible réel accuse une régression.
La consommation diminue certes mais moins fortement car les ménages tentent de maintenir leur niveau de consommation en réduisant celui de leur épargne.
L’inflation risque de ruiner totalement le maigreportefeuille Vie des assureurs car les quelques assurés, qui ont opté pour l’épargne assurance et qui ne dégagent plus assez de subsides,n’auront d’autre choix que de se retirer.
Baisse alarmante des indemnisations aux assurés et ayants droit : serait-ce le signe d’une trésorerie en difficulté ?
Les indemnisations de l’exercice 2016, ont connu une baisse de 9 milliards de D.A par rapport à 2015.
Théoriquement, 80 % du montant des cotisations et des primes sont affectés, tous coûts et frais confondus (dédommagement, honoraires d’expertise, frais de gestion) à la gestion des sinistres, lesquels constituent le cœur même du métier des assureurs.
Considérant la part prépondérante de la branche « Auto » qui présente une forte sinistralité, la baisse du niveau des indemnisations n’est pas surprenante, pour plusieurs raisons :
• La concurrence entre assureurs a porté sur les tarifs »Auto » qui ont été littéralement bradés.
• Un sous-provisionnement induit par la sous-tarification,
• Une probable dérive dans la chaine de règlement des sinistres ayant détérioré la cadence de règlement des sinistres,
• Le renchérissement des couts de réparation des dommages matériels ;
Il serait naïf de considérer que le nombre des sinistres aurait diminué et, que suite aux campagnes de sensibilisation, les assurés auraient adopté un comportement responsable face aux risques au point de faire baisser l’occurrence des sinistres ainsi que leurs montants.
C’est au regard des indemnisations que versent les assureurs que l’on peut mesurer le mieux l’effort financier de ces derniers, au service de l’économie.
L’assureur est en quelque sorte le dépositaire et le trésorier d’un fonds qu’alimentent alimenté en primes ou cotisations les assurés.
Ses services sont déjà inclus dans la prime que payent d’avance les assurés.
En cas de réalisation du risque prévu au contrat, la dette de l’assureur vis à vis de l’assuré devient certaine et exigible.
Rien ne justifie le report de paiement des indemnités lorsque les dossiers sont réglables, et ils le sont la plupart du temps.
• On remarquera que le stock de sinistres en suspens progresse d’année en année alors que les indemnisations baissent.


Evolution des stocks de sinistres (2013/2016).
En milliards de dinars.

2013 2014 2015 2016
63,2 70 71 73


Les assureurs doivent maitriser la charge des sinistres en rationalisant les frais de gestion qui restent importants.
Tous les sinistres qu’un assureur gère ne nécessitent pas de longs délais de traitement ni de frais d’expertise.
Si un effort de productivité était consenti dans la gestion des sinistres, le chiffre d’affaires augmenterait ; de plus, une clientèle satisfaite, est à coup sûr, fidélisée.
Ce défi qualitatif est donc, le plus susceptible de faciliter la conquête d’autres souscripteurs.

Evolution du ratio global provisions techniques par rapport au chiffre d’affaires.

2016 2015 2014
55% 54% 47%


Les provisions techniques dont la provision pour sinistres constituent par définition, des actifs financiers des bénéficiaires qui peuvent appartenir à n’importe quel secteur de l’économie.


Ce ratio P.T/C.A a évolué crescendo, ce qui signifie que soit les provisions ont augmenté par rapport aux primes émises année après année soit que les volumes des primes ont baissé au cours des années par rapport aux provisions constituées.
Au vu de l’importance du stock de sinistres en suspens, il y a manifestement des retards ou des décalages en matière de paiement des indemnités pour sinistres.
Or, tout décalage peut entrainer une insuffisance des provisions techniques .
Nous savons que lorsque le chiffre d’affaires des assureurs se développe, il secrète des risques en cours pour des sinistres qui progressent également, d’où la nécessaire permanence des provisions techniques, dont notamment la provision pour sinistres représente 80% des dettes d’une entreprise d’assurance.
Même lorsqu’elle a été correctement appréciée au moment de la survenance du sinistre, cette provision peut se révéler insuffisante au moment du règlement.
Elle doit donc être alimentée en cours de route, sans que la contrepartie active ne soit disponible, car les primes ont déjà été perçues.
Quand on considère le ratio technique global de sinistralité on constate qu’il est largement inférieur à 100.

Année C.A Charges de Sinistres Sinistralité
2015 131.177 68294 52%
2016 133.177 69 909 52%


Mais le montant des sinistres réglés est supérieur à la provision pour sinistres à payer on en déduit que le marché est en situation de mali ou de sous- provisionnement tant en 2015 qu’en 2016.


Que pourrait cacher une insuffisante évaluation des provisions techniques ?
L’insuffisante évaluation des provisions répond à diverses finalités : permettre à une compagnie d’assurances de distribuer un bénéfice fictif, faire supporter aux exercices ultérieurs, les charges de l’exercice d’inventaire voire, faire accroire que l’entreprise d’assurance dispose de plus de fonds propres pour un niveau de dettes inchangé.
Que signifient les retards et reports récurrents de versement des indemnités ?
Les retards de paiement signifient qu’il y a un problème de trésorerie ou une dérive inflationniste qui impacte les capacités d’un assureur.
1. Une trésorerie tendue ou insuffisante : cela signifie que l’assureur fait face à un risque de liquidité.
Or, les assureurs sont par définition, en position de cash flow positif en raison de l’inversion du cycle de production à moins qu’ils ne soient en situation d’insolvabilité non détectée à temps par les autorités de contrôle.
En théorie, on considère que le risque de liquidité est presqu’inexistant en assurances car la liquidité que l’assurance injecte dans le système économique ne fait que « transférer des liquidités résultant d’une création de richesse antérieure par les assurés » .


Les primes collectées par l’assureur sont alors, de nature à lui permettre, de faire face à un niveau normal de sinistres à payer.
Cela est vrai à condition que la tarification ait été adéquate et sérieuse et que l’encours client est sous contrôle.


Les primes d’assurance encaissées au cours de la période t sont mises en réservepour le règlement des demandes présentées au cours de la période t.Ces demandes peuvent surgir à une période ultérieure, à t+1.
Si, à t+1, les provisions techniques constituées se révèlent insuffisantes, l’assureur n’a pas beaucoup de choix.
Il doit puiser de la Provision pour complément obligatoire aux provisions pour sinistres à payer ou puiser dans son capital, pour augmenter ses provisions.
Au cas où ce capital serait insuffisant, il doit utiliser les revenus courants pour les règlements courants et une partie des règlements antérieurs.

Le scénario de la faillite se produit lorsque le cycle d’assurance s’est détérioré (périodes successives de baisses des primes) et que la rentabilité a baissé.
La crise de liquidité se produit , lorsque survient une hausse très importante et totalement inattendue de déclarations de sinistres, et qu’il faille indemniser en mettant en vente des actifs le plus rapidement possible même en dessous de leur valeur marchande.


2. La dérive inflationniste des sinistres.
En plus d’une tarification inadéquate et d’un encours client non maitrisé, l’inflation mine aussi la trésorerie des assureurs au point de les inciter à reporter les règlements des indemnités.
Certains pensent que l’assurance est un secteur abrité, qui échappe au phénomène inflatoire voire qui en bénéficie.
Cela n’est pas vérifié, bien au contraire, l’inflation détruit les patrimoines.
Les prestations de l’assureur sont aussi fonction des salaires et des prix.
Lorsqu’il se produit une augmentation générale des prix, la charge des sinistres gonfle beaucoup trop vite pour les assureurs qui éprouvent des difficultés à régler les indemnités à leurs bénéficiaires.


Du fait de la hausse de la sinistralité dans la branche dominante qu’est « l’Automobile » comme c’est le cas en ce moment, la prime pure est appelée à augmenter.
Cependant, les assureurs ne peuvent suivre aussi vite les augmentations de prix en majorant les taux de primes.
En effet, les taux de prime des garanties sont régulés voire bloqués pour certains, par les Pouvoirs Publics, par conséquent lorsque l’inflation s’installe, il se produit un amenuisement inéluctable de la marge de sécurité péniblement accumulée au fil des ans.
Les assureurs cherchent à s’en protéger de plusieurs façons :
En assurance sur la Vie, en basant la participation aux bénéfices sur des taux d’intérêts de nature à atténuer la destruction des capitaux assurés.
En assurance de biens, en adaptant de façon permanente les garanties à la valeur réelle des biens qu’elles couvrent en recourant à l’indexation.


Le risque de défaut des assureurs est éludé.
Le ralentissement de la croissance et la crise financière qui s’installe conduisent à la détérioration des fonds propres des assureurs alors que les frais et les dépenses augmentent.
Cela est du aussi au fait que le principal moteur de la croissance du chiffre d’affaires des assureurs reste l’automobile, une branche qui s’essouffle et dont le résultat technique est constamment déficitaire.
Les primes d’assurance sont collectées dans la monnaie locale qui se déprécie continuellement, alors que les véhicules et les pièces détachées sont importés et réglés en devises, ce qui alourdit considérablement les charges de sinistres.
La hausse des demandes de règlement provoquent l’érosion d’un capital déjà fragile. Et comme la conjoncture est à la baisse de la rentabilité, le risque d’insolvabilité augmente.

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