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Presse écrite : sauvetage ou ballotage ?

2 mai 2017 | 20:55
H. Rabah

C’est encore la lancinante question : la presse algérienne est-elle victime de pesanteurs, de passe-droits ou d’une crise induite par les bouleversements technologiques ?

A chaque commémoration, les professionnels s’interrogent et restent dubitatifs. Des nouveaux-nés de la presse écrite, qui compte quelque 170 titres, certains sans aucun ancrage ni influence, arrivent à survivre voire vivre allégrement tandis que d’autres, ayant contribué à l’essor économique du pays, à former des cortèges de journalistes en restant nationalistes et en payant un lourd tribut au terrorisme, risquent de passer de vie à trépas.

Que réserve l’avenir à ce secteur évoqué dans certaines sphères politiques ? La presse écrite subit-elle vraiment une période de transition numérique, technologique, économique et surtout éthique ? Faut-il la sauver, comme on est en train de sauver des journaux publics en les regroupant dans une seule entité ? La presse écrite est elle aussi indispensable au pays et à la société civile que les partis politiques ?

Autant de questions que ne cessent de poser les professionnels algériens, mais qui permettent déjà de mesurer la gravité de la situation et l’ampleur de la crise. Crise financière due principalement à la baisse drastique des recettes publicitaires. Une crise qui provient de l’effondrement des cours du brut sur le marché mondial et donc sur les recettes du pays.

Du coup, le budget étatique subit des coupes et des projets sont, soit annulés reportés, soit carrément oubliés. Les grandes entreprises publiques et les collectivités locales connaissent depuis deux ans une forte récession et une baisse de leurs activités, d’où la baisse de leurs propres publicités. En 2015 et 2016, le volume de cette publicité a baissé de 65%.

Les effets de cette crise pétrolière et l’austérité ambiante a plombé le marché national, car la majorité des avis d’appel d’offres, représentant les trois-quarts des placards publicitaires publiés dans les journaux ont disparu. La manne de la publicité publique, à travers l’ANEP, est devenue un vieux souvenir.

L’ANEP ne gère plus que 20% du marché publicitaire national, réduisant ainsi son « aide indirecte » à cette presse nationale et régionale. En deux ans, plusieurs titres ont fermé et ont licencié leurs personnels. Des dizaines d’autres sont dans l’asphyxie totale, en cessation de paiement ou cherchant des repreneurs improbables.

D’autres ont carrément basculé dans le numérique, abandonnant le papier et les charges lourdes de l’impression et de la distribution, créant des sites électroniques, plus faciles à gérer et moins coûteux.
Quant à la publicité privée, c’est encore la crise qui est derrière. Cette presse a longtemps goûté aux délices des annonces fastes émanant de deux secteurs clés de la croissance algérienne.

Grâce au boom de la téléphonie mobile et l’internet et à l’explosion du marché automobile, cette presse a vécu de beaux jours, ne s’attendant guère à la nouvelle donne. Le premier secteur déserte la presse écrite et s’oriente vers de nouvelles stratégies dans ses dépense publicitaires, notamment vers l’audiovisuel et le digital, alors que le second secteur est frappé par les mesures de restriction des importations décidées par le gouvernement.

En plus de cette situation dramatique sur le plan financier, il y a lieu de relever encore la situation sociale critique des personnels de cette presse écrite.

Depuis de longues années, ce personnel, pourtant qualifié et professionnel, perçoit des salaires assez bas. Le métier n’attire plus et se débat dans des circonstances socioprofessionnelles à la limite de la décence et de l’acceptable. Un contexte qui ne favorise guère des débats sur l’éthique et la déontologie, ni ne permet de rassurer et d’assurer des formations adéquates.

C’est sans doute cela qui poussa certains à incriminer les professionnels eux-mêmes et à les accuser de léthargie et de paralysie en refusant de s’organiser pour la mise en place d’une Autorité de régulation de la presse écrite, pourtant souhaitée par le chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika et mentionnée dans la nouvelle loi sur l’information.

C’est cette autorité et des syndicats corporatistes qui pourront ensemble trouver des solutions à la crise. Dans ce contexte, il faudra s’interroger sur les mécanismes de fonctionnement du fameux Fonds d’aide à la presse, créé il y a plus de 20 ans, sur les modalités de répartition de ses dotations et surtout sur sa capacité à régler une partie des déboires de cette presse.

Si le gouvernement refuse de s’immiscer dans la gestion des médias privés, il pourrait, grâce à ses leviers, assurer la protection sociale des journalistes et à obliger les éditeurs à adopter des chartes de solidarité en consacrant une partie de la publicité publique à la revalorisation des salaires et autres indemnités.

De plus, en signant des cahiers des charges sur le service public, comme cela se fait partout dans le monde, le gouvernement pourra rassurer le personnel de la presse, en encourageant les entreprises par des facilitations fiscales et parafiscales.

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