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Pourquoi la Russie inquiète l’Occident ?

15 mai 2018 | 02:25
UkraineSyrieusaAziri Par Mohamed Nazim Aziri *


"Quand vous êtes faibles, il s’en sert" dixit le président Français Emmanuel Macron en parlant de Vladimir Poutine. Des propos qui résument, dans un style prosaïque mais très clair, la stratégie du président russe vis-à-vis de l’occident.


Depuis 25 ans, on assiste en effet à une courbe croissante, qui n’a pas encore atteint son paroxysme, faisant d’année en année de la Russie la pièce maitresse de l’échiquier mondiale.


La Russie étonne et sur tous les plans, d’abord militaire en passant de la concurrence stratégique avec l’occident à « l’affrontement » qui donne l’avantage sur le terrain. En témoignent ses exploits en Géorgie en Ukraine, lors de l’annexion de la Crimée en 2014, mais aussi et surtout, lors de son intervention en Syrie en 2015. En quelques mois seulement la donne est inversée, alors que Bachar el Assad était donné perdant.
Les forces aériennes russes ont fait preuve d’une efficacité et d’une précision sans égale contre les positions de l’Etat islamique. « Un véritable saut qualitatif a été accompli » selon les experts « en liant les capacités de renseignement et l’emploi des armes de précision ». Personne n’en doute, la Russie est pour beaucoup dans l’avortement du projet Daaech diaboliquement élaboré pour changer à jamais la face du proche et Moyen-Orient post « printemps arabes ».


Outre la preuve de la performance et la supériorité du matériel russe sur celui de l’OTAN, l’intervention en Syrie, a permis de réaliser un grand pas géostratégique à la marine russe, en lui garantissant un pied en méditerranée, grâce à la base de Tartous. Cette stratégie n’est pas le fruit du hasard et encore moins celui de l’improvisation. Elle s’inscrit en droite ligne de la doctrine de celui que les américains appelaient « le Kissinger russe », l’ancien chef du gouvernement Evgueni Primakov. Elle consiste à étendre l’influence de la Russie dans une région clé, le Moyen-Orient.


Primakov, le "Kessinger" russe


Le message est clair, l’armée russe n’est plus celle d’avant 2008. L’adoption de la nouvelle doctrine militaire en 2014 nous renseigne sur la profondeur des changements dans la conception de la guerre chez les russes. Des grandes lignes de cette nouvelle doctrine, nous retiendrons essentiellement le chapitre consacré à l’arsenal stratégique nucléaire, qui s’intègre désormais à une stratégie militaire globale. 


L’approche transversale
Autrement dit, la puissance nucléaire n’est plus dissociable des autres formes de réponses stratégiques non-nucléaires et même non-militaires. L’approche est désormais transversale.


L’adoption du programme de modernisation des armes pour 2016-2025 confirme cette tendance axée sur la construction d’une nouvelle gamme offensive.


Dans ce registre, le discours hautement symbolique du 1 mars 2018 de Vladimir Poutine, fera sensation. Le président russe dévoilait les nouvelles armes de son armée. Des armes balistiques nucléaires de haute technologie, des nouveaux types de missiles de croisière avec une “portée illimitée” ou hypersoniques, des mini-submersibles à propulsion nucléaire ou encore une arme laser “dont il est trop tôt pour évoquer les détails” Dira le président russe.


Ce saut qualitatif permettra aux stratèges militaires russes d’élaborer en continuité, de nouvelles visions, pour s’adapter aux défis sécuritaires d’un monde globalisé et hautement technologique. En termes de « guerre hybrides » ou « guerre de nouvelle génération », l’approche du chef d’état-major de l’armée russe, le général d’armée Valéri Guérassimov, ouvre un nouveau chapitre dans la littérature militaire mondiale. Les experts parlent désormais de doctrine Guérassimov.

Guerasimov une doctrine gagnante


A ce déploiement militaire sans précédent depuis la chute de l’union soviétique, il convient de noter les autres formes d’actions stratégiques menées par l’Etat sur les plans diplomatique, en plaçant la Russie au centre de la scène internationale. Ces actions se traduisent sur le terrain par la diversification des relations extérieures, notamment dans les zones d’influences des occidentaux. Dans l’espace eurasiatique, le rapprochement historique et inédit avec la Turquie, pourtant un pays de l’OTAN, est un cas d’école. 


Entre les deux pays, aux traditions impériales, la coopération bilatérale ne cesse de se renforcer. Dans le domaine du nucléaire civil, le 3 avril 2018, le Président Poutine, en visite de deux jours en Turquie, a donné avec son homologue turc, le coup d’envoi officiel de la construction de la centrale nucléaire d’Akkuyu, érigée dans la province de Mersin par le géant russe Rosatom. Sur le plan militaire, le choix du système de défense antiaérien S400 fera perdre selon les observateurs, une bataille symbolique à Washington pour imposer ses missiles Patriot à Ankara.


Le partenariat avec l’Egypte
Dans la sphère d’influence américaine et occidentale, le partenariat stratégique russo-égyptien, est aussi un autre exploit à inscrire dans les annales de la diplomatie russe. 


Un autre fait inédit, le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud se rend pour la première fois en Russie, un signal très fort à l’ensemble du monde, et notamment aux États-Unis selon les observateurs. Le rapprochement de l’Arabie Saoudite et de la Russie « rebat les cartes dans la région du Golfe. ET au-delà... », écrit un journaliste français du journal la tribune.


En Afrique en revanche, le redéploiement russe est qualifié de grand retour. Le soft power version Moscou est à l’œuvre, mettant à profit, les retombées négatives de la politique néocoloniale, porteuse de conflits et d’instabilité, que véhicule l’ultralibéralisme à travers ses multinationales. La nouvelle doctrine russe propose un modèle jugé non hégémonique, contrairement à celui de l’occident. Moscou prône d’ailleurs l’idée d’un monde multipolaire, dans le respect du droit international et la souveraineté des nations. Sur ce plan l’occident affiche aussi une grande faiblesse, permettant à la diplomatie russe de réaliser un coup de maitre en RCA. La Russie et conformément à une résolution du conseil de sécurité de l’ONU s’est engagée à former et armer les forces armés centrafricaine FACA dans le but de stabiliser le pays. En d’autres termes, réussir là où la France a échoué.  


Développement technologique oblige, « l’extension de la lutte » entre les deux puissances trouve un nouveau terrain d’affrontement ; le cyberespace. Dans sa stratégie d’influence, le Kremlin élabore une politique d’information et de propagande des plus redoutables. Selon les spécialistes, elle marque une rupture avec une culture très ancienne dans ce pays ; l’art de la dissimulation. Il est certain que sur le terrain et en matière d’images spectaculaires les russes sont moins bavards voire moins prétentieux. Mais cela n’empêche pas le pays de se doter d’organes médiatiques qui apportent un contrepoids conséquent aux télévisions occidentales. C’est le cas de la célèbre chaîne de télévision d’information continue RT, lancée le 10 décembre 2005 par l’agence de presse RIA Novosti.
La chaîne RT diffusant ses programmes en anglais, espagnol, arabe et français aurait, selon une étude non publiée, connu un développement plus rapide que toutes les chaînes américaines d’information internationale (40 %).
Selon cette étude, la chaîne aurait triplé son audience notamment sur le sol américain, comme à New York et Washington DC. RT avance 700 millions de téléspectateurs dans le monde, dont 85 millions aux États-Unis.


Des sourirs qui cachent une guerre sans merçi


Par médias et thinks tanks interposés, les deux « blocs » se livrent une guerre sans merci.
Dans la conception russe il ne s’agit plus de violer les foules par la propagande politique, mais attaquer l’adversaire sur son propre terrain, là où réside sa faiblesse, c’est-à-dire, les millions de « geeks » et de « nolifes » scotchés aux écrans de leurs Smartphones et acquis par désespoir à l’anti-américanisme et à l’euroscepticisme.
Dans la sphère numérique et virtuelle, la lutte pour la suprématie ne fait pas dans les généralités. Ce qui était jadis du domaine très restreint à la NSA ne semble plus l’être. D’ailleurs les occidentaux accusent le Kremlin d’ingérence dans le référendum sur le Brexit.
Par ailleurs et dans un rapport conjoint daté de janvier 2017, les agences de renseignement américains, la CIA, le FBI et la NSA estiment que « Poutine et le gouvernement russe ont cherché à accroître les chances du président élu Trump en discréditant Hillary Clinton »


Vrai ou faux ? Une chose est certaine, en termes de communication, la Russie est partout.
Sur le plan économique, on comprend mieux les propos du président Macron, la stratégie des russes consiste « à exploiter la faiblesse » du concurrent direct mais surtout ses erreurs. Nouvelle opportunité pour la Russie, le retrait brutal des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran. Le malheur des uns fait le bonheur des autres, dit l’adage.
Selon les observateurs, les entreprises russes auront certainement un rôle à jouer notamment dans la modernisation des infrastructures iraniennes, profitant ainsi du vide que laisseront les entreprises européennes soumise au régime de sanctions dicté par Washington, sous peine d’être exposées à de lourdes amendes. L’arme économique pour étendre son influence, n’est plus l’apanage de l’ultralibéralisme.


L’Union économique eurasiatique une réalité qui dérange

Ainsi, et sur le plan régional, la création de l’Union économique eurasiatique le 29 mai 2014, est certainement l’un des coups les plus durs porté à l’ouest. 


Fortement inspirée du modèle de l’union européenne, l’UEE prévoit notamment, une libre circulation des personnes et des capitaux. De quoi inquiéter sérieusement les adversaires du Kremlin. D’ailleurs il fera réagir les États-Unis qui s’y opposent, accusant la Russie de vouloir rétablir une Union basée sur le modèle de l’Union soviétique.


Les américains semblent avoir compris que la stratégie russe consiste d’abord à faire obstacle à l’extension de l’influence américaine sur le continent eurasiatique. L’enjeu est capital pour les deux puissances très attentives à la théorie de H. J. Mackinder, selon qui : « Qui gouverne l’Europe orientale contrôle le Heartland ; qui contrôle le Heartland règne sur l’Ile Mondiale ; et qui règne sur l’Ile Mondiale dirige le Monde. ». 


Dans sa stratégie économique tournée vers l’extérieur, Moscou ne compte pas s’arrêter là, l’UEE a pour ambition d’attirer un maximum de pays tiers à travers la création d’une grande zone de libre échange. Selon les derniers rapports, plus de quarante pays et organisations internationales, dont la Chine et certains pays d’Amérique latine ont exprimé leur intérêt pour un accord de libre-échange avec l’UEE.


Dans le voisinage immédiat, c’est déjà l’Iran qui signe le 14 mars 2018 un accord pour rejoindre la zone. Les deux pays ont par ailleurs prolongé leur accord de « pétrole contre marchandise » ratifié en 2017. L’objectif étant entre autre l’élimination du dollar américain du commerce bilatéral. Autrement dit, la dé-dollarisation est en marche et pas uniquement avec l’Iran.


Chez le couple sino-russe, et au premier trimestre 2017, on a observé une croissance rapide du commerce entre les deux pays de plus 37%. Les gouvernements russes et chinois espèrent augmenter le chiffre d’affaires bilatéral de 200 milliards de dollars avant 2020. En perspective, un nette penchant pour les monnaies locales. Les deux pays ont décidé de prolonger l’accord d’échange rouble-yuan pour une valeur de 25 milliards de dollars (environ 21,5 milliards d’euros) pendant une durée de trois ans.


Selon les experts ce processus peut prendre du temps, estimé entre 15 et 20 ans mais finira un jour par se concrétiser. Une longue promenade commence par un petit pas dit l’adage chinois. Selon l’économiste américain Frederick William Engdahl « Wall Street et Washington ne sont pas surpris mais sont incapables de s’y opposer ». Une alternative monétaire au dollar signifie la fin de ce dernier.


La Russie étonne, inquiète certain et charme d’autres, mais il faut noter que cette volonté de puissance, même si elle est incarnée par le président Vladimir Poutine, " l’homme très fort", dont parle le président français, est l’œuvre de tout un système nourrit dès le jeune âge au patriotisme et valeurs de « l’homme russe » qui a pour objectif, et pas des moindres, de changer le monde.

*Mohamed Nazim Aziri est un journaliste-auteur et présentateur de l’émission "Questions d’Actu" sur la chaine de télévision "Canal Algérie".


 

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