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304

Pour que nul n’oublie

19 août 2016 | 18:34
R. M.

L’offensive du Nord constantinois et le congrès de la Soummam, respectivement le 20 août 1955 et 1956, ont « une symbolique qui continue à fonctionner », relève le chercheur en histoire et universitaire Hassan Remaoun, insistant sur la nécessité de « valoriser les moments fondateurs d’une nation ».

« La portée de ces deux événements est extrêmement importante dans le processus de lutte de libération nationale. Ils ne sont pas naturels, mais le fait d’hommes issus pour l’essentiel de la période coloniale, et la symbolique du 20 août continue encore à fonctionner si bien qu’elle a même parfois occulté d’autres événements aussi importants survenus la à même période sur l’ensemble du territoire national », souligne cet universitaire.

Il rappelle que le 20 août 1955 est une date « marquante », car renvoyant à la première grande opération menée par l’Armée de libération nationale (ALN) dans le Nord constantinois. Le but étant de « frapper l’imagination », ce qui fut le cas, au regard de l’ampleur de la répression par les forces coloniales.

Quant à l’enjeu du Congrès de la Soummam, il visait à « mettre de l’ordre dans l’organisation du Front de libération nationale (FLN) et à structurer les institutions de la Révolution. Il avait également donné une « assise importante » au FLN dont il a élargi la base de soutien, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays » poursuit-il.

Le congrès a été, en outre, marqué par des « tentatives de clarifications importantes sur les objectifs de la Révolution et de l’Etat algérien » et a constitué un tournant « extrêmement important » dans le parcours de la lutte armée. Rappelant l’impact des deux événements quant à l’internationalisation de la question algérienne,

M. Remaoun note que l’offensive du 20 août 1955 a été menée en coordination avec des actions menées par l’ALN au Maroc, le 20 août étant « une date symbole de la déposition de Mohamed V en 1953 par les autorités françaises », de même qu’avec les Tunisiens avec lesquels il y a eu une tentative de mise sur pied d’une armée de libération maghrébine en 1955, rappelle-t-il encore, évoquant également le contexte international de la Conférence de Bandung (Indonésie) ayant permis de faire connaître le FLN en même temps que la cause algérienne, et de porter celle-ci à l’Assemblée générale de l’ONU.

L’historien n’omet pas, par ailleurs, d’aborder les faits internes ayant impacté ceux du 20 août 1956, à savoir les autres grandes opérations menées de façon synchronisée, notamment dans l’ouest algérien à partir du 1er octobre 1955.

La Soummam, une « continuité » du 1er novembre 1954

Pour autant, le congrès de la Soummam est une « continuité » de la Déclaration du 1er novembre 1954 dans le sens où il a fait avancer la perspective tracée par celle-ci, à savoir l’indépendance du pays. Il a théorisé et structuré la Révolution », relève M. Remaoun.

Deux ans après le déclenchement de la lute armée, ses meneurs ont eu le temps de la réflexion, des débats et de s’arrêter sur les « ambiguïtés » apparues dans la déclaration du 1er novembre, fait-il observer, citant la notion de « restauration » de l’Etat algérien, prise en charge dans la plateforme de la Soummam sous l’appellation de « renaissance, avec tout ce que cela suppose comme modernité et ouverture sur le monde ».

Interpellé sur les divergences ayant marqué le congrès de la Soummam, l’historien estime que la question centrale était de savoir « comment centraliser la direction de la Révolution et se répartir le pouvoir ».

« Beaucoup se sont sentis à l’écart et considéraient que la primauté du politique sur le militaire et de l’intérieur sur l’extérieur n’était que tactique, à tort ou à raison », confie-t-il, notant que « forcément, tous les mouvements de libération n’échappent pas aux conflits de leadership ».

Ce spécialiste en histoire relève, en outre, que le FLN, « au-delà de ses objectifs politiques, était une organisation nouvelle dans la lutte armée en rupture avec les partis politiques, d’où la difficulté de distinguer entre le militaire et le civil ».

L’acte fondateur qu’était la Déclaration du 1er novembre 1954 était « plus consensuel », poursuit-il, précisant que la plate forme de la Soummam l’ »était moins ». M. Remaoun plaide, à ce propos, pour une « théorisation » aux plans historique et anthropologique de ces deux événements afin de « mieux comprendre comment les choses ont réellement évolué ».

Cela étant, les divergences apparues dans la plateforme de la Soummam « n’ont pas fondamentalement entravé la marche de la Révolution, puisque l’objectif de l’indépendance a été atteint », a-t-il soutenu.

Abordant la question de l’écriture de l’histoire, il relève la nécessité de « valoriser les moments fondateurs d’une nation et son action commune, de sorte à permettre aux plus jeunes notamment de s’y identifier ».

« Si l’enseignement de l’histoire passe, parfois, par la sacralisation de certains faits, il y a nécessité d’atteindre la phase de la désacralisation et de la relativisation, tout en distillant une vision encourageante et positive de l’avenir », conclut M. Remaoun.

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