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« Mon roman démêle les antagonismes dans notre société »

21 juin 2016 | 18:22
Propos recueillis par Fadhel Zakour


Les Oiseaux au long bec est le premier roman de Hacène Tebbal (Dar Hamdane éditions). L’auteur démêle à travers cet entretien
les dessous de son œuvre dont ses références intellectuelles et ses choix de thèmes. Attentif à nos questions, cet ingénieur en génie mécanique revient également sur la signification de la robustesse. Une chose qu’il met en valeur dans son ouvrage.


Le Jeune Indépendant : Quelles ont été vos références en écrivant votre premier roman ?


Hacène Tebbal : Tout écrivain se réfère essentiellement au monde réel mais aussi à son imaginaire. Le but est de mettre à nu la possibilité de traduire ses délires et ses émotions. Egalement, en tant qu’auteur, il est certain que mes lectures et le monde duquel je me suis imprégné ont, chacun, leur part d’influence.


Cela nous permet, bien entendu, de nourrir notre côté critique et créatif. Par ailleurs, mon roman démêle les antagonismes intellectuels dans notre société et les points de vue véhiculés par les différents personnages, qui ne sont pas forcément les miens. Ils sont puisés de cette même société dont le but est de contester mais surtout de créer. 


Pourquoi avoir choisi le village d’Ouled Sebbar comme lieu de prédilection pour votre roman ?


J’ai imaginé un village morne et brumeux où Sadeq Izem, qui est un personnage axial du roman, puisse se démarquer de l’immobilité qui étreignait ses concitoyens. Une contrée si aride soit-elle, si elle est peuplée, devrait être ensemencée de quelque manière que ce soit. Regardez le Japon ! Ce n’est qu’un archipel d’îles montagneuses et volcaniques mais l’un des pays les plus peuplés au monde. L’inclémence de sa nature ne l’a pas empêché de devenir une puissance.


C’est cette même inclémence qui m’a peut-être conduit à penser à mon village natal (Mansoura), où une plante aux vertus connues y pousse à flots, sans jamais être exploitée. Cette plante c’est l’aloe vera dont les bienfaits ont justement été découverts par les Japonais. C’est donc à partir du nom arabe (sebbar) de ce végétal que j’ai choisi le nom du village de mon roman. Le village n’est en définitive qu’une image de toute une société.


La plante symbolise, elle, la latitude de Dame Nature. Quant à Sadeq Izem, c’est cet homme pur qui, languissant de Houria, se consacre à faire face aux défis de l’existence. 


Quel regard portez-vous sur le statut de la femme dans des sociétés traditionnelles ?


La question de la femme, selon ma vision, ne se pose pas en termes de présence dans une société moderne ou traditionnelle. On a tendance à croire que la condition de l’une est davantage bafouée que celle de l’autre, or, dans bien des cas, c’est le contraire. Pour annihiler les tractations excessives qui s’obstinent à perpétuer une confrontation fabriquée entre l’homme et la femme, mieux vaut parler de statut de l’individu.


Le véritable enjeu n’est pas une rivalité farfelue entre l’homme et la femme, mais c’est le combat contre l’arriération et la décadence que doivent mener côte à côte la femme et l’homme.


Houria est un exemple de persévérance. Elle a bravé toutes les difficultés pour finir ses études et devenir gynécologue. Avez-vous voulu, à travers votre roman, rendre hommage aux femmes issues de milieux défavorables ?


Dans mon roman, j’ai voulu rendre hommage aussi bien à l’homme ambitieux qu’à la femme persévérante. Si le lecteur a l’impression que Houria est l’héroïne du roman, il n’en demeure pas moins qu’il s’apercevra que Sadeq Izem occupe une place importante dans sa vie.


Les deux incarnent l’union et la complémentarité. Hélas, les aberrations véreuses et tendancieuses ont barré la route à cette sublimité. Le choix du prénom de Houria n’est pas arbitraire. A travers cette jeune femme libre, chaste et radieuse, est imagée la beauté de mon beau pays.


Rafiq Lahmar est un intellectuel brillant. Cependant, il a un côté malveillant. Peut-on dire que ses agissements avec Wassila l’ont éloigné de Houria ?


A travers les personnages de Rafik Lahmar et d’Ali Lakhdar, on rencontre les absurdités antinomiques des hommes. L’un est brillant, cependant égaré et impuissant devant ses déperditions obsessionnelles. Même en étant noyé dans son abîme fantasmagorique, il avoue ne pouvoir recouvrer sa normalité sans la force de caractère de Houria. L’autre, prétentieux, veut discipliner sa vie et celle des autres, reniant ses impuretés et n’assumant jamais ses torts. 


Sadeq Izem occupe une place très importante dans la vie de Houria. Chacun a réussi sa vie. Leur amour est-il derrière leur épanouissement social ?


Tout à fait ! Le chemin de l’amour est ardu, mais telle la rose qui supporte les picotements de ses épines pour s’épanouir, certaines souffrances méritent une endurance à la hauteur du résultat escompté. Houria et Sadeq voyant chacun dans l’autre ce futur beau monde plein de joie et de béatitude se perdirent de vue, certes, mais s’emplissaient de l’espoir de se voir un jour unis. La situation du village leur tenait à cœur, c’est ainsi qu’ils se remplissaient de force et de persévérance. 


Quelle est la symbolique du titre les Oiseaux au long bec ?


D’abord, je tiens à souligner que les Oiseaux au long bec est un roman réaliste car il décrit les hommes tels qu’ils sont. Sans ménager leurs aberrations qui ont engendré la mort du brave Sadeq Izem, et c’est là toute la symbolique (pour ne citer que celle-ci car le texte en regorge) d’une vertu rasée au sein d’une société avilie et décadente. Une société où l’on n’a pour souci que de grappiller sa nourriture dans les ceps tels des oiseaux au long bec.

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