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Mandat d’arrêt contre 42 journalistes turcs

25 juillet 2016 | 18:45
R. I.

De nouveaux coups de filet ont été annoncés hier en Turquie, notamment contre les journalistes, avant une rencontre du président Erdogan avec les chefs de l’opposition pour évoquer les conséquences du coup d’Etat manqué du 15 juillet.

La justice turque a émis des mandats d’arrêt visant 42 journalistes, dont Nazli Ilicak, célèbre en Turquie, quelques heures après le placement en garde à vue de 40 militaires à Istanbul, derniers épisodes d’une vaste purge enclenchée après le coup d’Etat manqué du 15 juillet.

Dans un rare geste d’unité, Recep Tayyip Erdogan devait recevoir hier après-midi des chefs de l’opposition au palais présidentiel pour s’entretenir avec eux et les remercier pour leur « attitude déterminée contre le putsch ». Le leader du parti pro-kurde HDP, accusé de soutien au terrorisme, n’est pas invité.

Lors de ce rassemblement, qui s’est déroulé sans incident, le chef du CHP, Kemal Kiliçdaroglu, a toutefois exhorté le gouvernement à se conformer à l’état de droit et à « punir au plus vite » ceux qui auraient lynché des soldats dans la nuit du coup. 

L’ONG Amnesty International a affirmé dimanche avoir réuni des « preuves crédibles » attestant de tortures, et même de viols, de personnes détenues en Turquie après la tentative de coup raté qui a fait 270 morts.

L’ampleur des purges, 13.000 personnes ont été placées en garde à vue, 5.800 placées en détention et des dizaines de milliers de fonctionnaires ont été limogés ou suspendus, suscite l’inquiétude des pays occidentaux.

Parmi les journalistes visés par un mandat d’arrêt lundi figure Nazli Ilicak, figure de premier plan du monde des médias en Turquie, limogée du quotidien progouvernemental Sabah en 2013 pour avoir critiqué des ministres impliqués dans un scandale de corruption, a rapporté l’agence de presse Anadolu.

Samedi, le président Erdogan avait prévenu dans un entretien à France 24 que si « les médias soutiennent le coup d’Etat, qu’il s’agisse de médias audiovisuels ou autres, ils en paieront le prix ». 

Le 19 juillet, le régulateur turc des médias audiovisuels avait retiré leur licence à de nombreuses chaînes de télévision et de radio soupçonnées de soutenir le réseau du prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis depuis 1999, accusé d’être l’instigateur du putsch, ce qu’il dément.

Le président Erdogan a reçu hier en milieu de journée le dirigeant du CHP, qui avait juré qu’il ne mettrait jamais les pieds dans le palais présidentiel, et celui du Parti de l’action nationaliste (MHP, droite), Devlet Bahceli. Le chef de file du HDP pro-kurde, Selahattin Demirtas, régulièrement qualifié par le président de « terroriste » pour ses liens présumés avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), n’a pas reçu d’invitation.

« La nuit du 15 juillet dans les rues il n’y avait ni sunnite ni alévi, ni turc ni kurde (...) cette nuit-là sur les places publiques il n’y avait ni militant de gauche ni militant de droite, ni riche ni pauvre, ni gouvernement ni opposition », avait déclaré le président Erdogan samedi soir. 

La Turquie, où l’état d’urgence a été instauré jeudi pour la première fois en 15 ans, a porté de quatre à 30 jours la durée des gardes à vue et a dissous plus de 2.000 institutions.

Dans ce coup de balai inédit depuis l’arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan en 2003, ont été fermés plus de 1.000 établissements d’enseignement, 15 universités, plus de 1.200 associations ou fondations et 19 syndicats.

Arrêtée samedi soir, la deuxième femme à être devenue pilote militaire dans l’histoire de la Turquie, Kerime Kumas, a reconnu avoir piloté un hélicoptère qui s’était posé sur la pelouse du stade du club de football de Besiktas à Istanbul avec des putschistes à bord. « Je n’ai appris que par la suite qu’il s’agissait d’une tentative de coup d’Etat », a-t-elle déclaré, citée par l’agence de presse Dogan. 

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