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Auteure de : "le roman de Pôv’Cheveux"

Lynda Chouiten : "dire les choses en se servant d’allusions"

2 septembre 2018 | 15:03
Propos recueillis par Fadhel Zakour


Le monde romanesque vient d’accueillir Lynda Chouiten. Un travail intitulé "Le roman des Pôv’Cheveux". L’auteure revient ici sur la condition humaine en général et ses maux en particulier. Pour cela trois cheveux mènent la danse.
Des mésaventures et des errements qui reflètent un malaise général. Les personnages capillaires sont porteurs bien entendu. Il faut dire que les damnés de la terre sont chantés par des symboles. Habile, Lynda Chouiten s’exprime à travers une langue teintée d’humour, et ce, dans un décor Kafkaïen. Pour mieux cerner ce travail, nous avons débattu avec l’auteur qui a répondu savamment à nos questions. 


Vous avez choisi une multitude de figures centrales pour votre roman. 3 cheveux pour parler d’un phénomène mondial, à savoir la condition humaine. Des maux et des tensions qu’on retrouve dans toutes les sociétés, que vous nous montrez à travers vos protagonistes. Comment ce choix de personnages s’est-il imposé ?
Tout a commencé par une épiphanie. J’ai, un jour, enlevé de mon pull un cheveu qui venait tomber en m’exclamant : « mes pauvres cheveux ! », et j’ai eu comme une révélation. L’idée d’un roman qui s’intitulerait Les Aventures d’un Pôv’Cheveu m’est tout de suite venue à l’esprit. J’ai imaginé un cheveu qui tombait dans la soupe et à qui il arrivait plein de péripéties, suite à sa chute. Au début, ça n’avait qu’un aspect ludique ; mais je me suis rendue bien vite compte du grand potentiel allégorique d’un cheveu. Parler de cheveux, c’est parler de racines (et donc, d’identité), de mépris, de maltraitance, mais aussi de résistance ; et tous ces thèmes là sont présents dans le roman.


Dans votre roman, il y a beaucoup d’humour qui relève de la satire. Mais avec une certaine suggestivité dans le langage. C’est dire qu’il y a toujours une réalité qui se cache derrière une œuvre. L’inventivité dans l’écriture est-elle une forme d’autocensure ?
Sans doute. Il est plus facile de dire les choses en se servant d’allusions, de jeux de mots, d’ironie et d’autres artifices que de les exprimer clairement et sans détours. Mais l’inventivité est aussi un exercice intellectuel qui me plait en tant que tel. Et puis elle a aussi un aspect à la fois ludique et esthétique.


Le Roman des Pôv’cheveux exprime cette angoisse kafkaïenne qu’on retrouve dans son œuvre La Métamorphose. Avez-vous été influencée par cet univers ?
Oui, bien sûr. Le grotesque kafkaïen, qui mêle bizarrerie, ridicule et effroi, est présent dans Le Roman des Pôv’Cheveux. Le sort de ces cheveux qui tombent soudain de leurs « villages » et qui sont constamment traqués et martyrisés ressemble à celui de Grégor Samsa, le personnage principal de La Métamorphose, dont le calvaire commence quand il se réveille un matin pour réaliser qu’il s’est transformé en cafard. D’ailleurs, ce personnage est présent dans mon roman, puisque Pôv’Cheveu et son ami Anzadh en font la rencontre lors de leurs déambulations à Paris. Donc, La Métamorphose de Kafka est un intertexte majeur dans mon roman.


"il est connu que l’écriture se nourrit de lecture"


Désenchantement et désillusions. Vos personnages comme Outodert et Taous sont livrés à eux-mêmes. Peut-on allier les malaises de l’humanité à la modernité ?
Chercher à se faire une place au soleil, comme essaie de le faire, en vain, Outoudert est probablement devenu plus dur à notre époque, mais je crois que c’est une quête qui a toujours existé. Je pense que les malaises de l’humanité sont liés surtout à la nature humaine elle-même. L’oppression, le mépris de classe et le patriarcat, dont il est question dans le roman, ne datent pas d’hier. Ce sont des sujets vieux comme le monde.



Vous enseignez la littérature anglophone à l’université de Boumerdès. Ce métier a-t-il facilité votre rapport avec l’écriture ? Peut-on évoquer un enchainement logique ?
C’est compliqué. D’un côté, il est connu que l’écriture se nourrit de lecture ; que plus on lit, plus on a de la facilité à écrire. D’un autre côté, trop de savoir tue la spontanéité. On réfléchit au moindre mot qu’on écrit, et cela peut être paralysant. Cela dit, si on arrive à surmonter cet écueil, je dirais qu’enseigner la littérature est un atout quand on veut écrire.


Les dimensions psychologiques et politiques dans votre roman sont indéniables. Est-ce que les œuvres qui témoignent de la réalité ont plus de reconnaissance ?
Je ne sais pas. La science fiction et d’autres genres « non-réalistes » ont leurs fans aussi. Mais je me demande si tous les romans ne témoignent pas d’une certaine réalité de toute façon. C’est juste la manière de procéder qui diffère. Le roman réaliste dépeint la réalité sans détours, tandis que d’autres genres la commentent en usant de paraboles, d’allusions ou de symboles.



"on rêve de survivre à travers son œuvre"


Que cherche un auteur en premier lieu ?
Il y a quelques jours, j’ai revu une interview de l’écrivain Jean D’Ormesson, qui a disparu récemment. Il y disait que l’idée que l’écrivain écrivait pour lui-même était une blague ; qu’un écrivain avait besoin d’être lu. Je suis d’accord. Il est vrai que l’écriture procure beaucoup de bien, qu’elle peut avoir un aspect cathartique ; mais s’il n’y avait pas ce besoin d’être lu, il n’y aurait pas de maisons d’éditions, pas de livres publiés. Donc, à mon avis, un auteur cherche toujours à partager ses écrits, à avoir des échos de ses lecteurs et un échange constructif. Un auteur peut être un être fragile qui a besoin d’être rassuré sur ce qu’il a écrit. Il a besoin qu’on lui dise que c’est beau, intelligent ou utile – c’est selon. Enfin pour les plus ambitieux – et les plus idéalistes, surtout – il peut y avoir une quête d’Immortalité ; on rêve de survivre à travers son œuvre.


Vous avez publié votre premier roman. Comptez-vous rester dans le même genre littéraire ?
Non, pas vraiment. Le deuxième roman que j’ai en tête sera très sans doute différent du Roman des Pôv’Cheveux. Il sera probablement moins léger, moins drôle, et le sujet ne sera pas le même. Mais je crois que l’identité d’un écrivain, ce qui fait son style, sa marque, pour ainsi dire, continue à être décelable malgré le changement de genre.

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