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Les victimes collatérales de la privatisation

7 octobre 2016 | 19:46
M. D.


Après le boom économique des années 1980, où ça « sonnait partout » –en référence aux sociétés nationales qui pullulaient sur tout le territoire national- le temps des vaches maigres a surgi brusquement à partir de 1995. Des sociétés, qui avaient longtemps pignon sur rue, recrutant à la pelle des ouvriers sans aucun plan d’action, se sont retrouvées du jour au lendemain, des boîtes qui ne résonnent plus.


Des usines condamnées à libérer leurs travailleurs pour se maintenir. Mais, il faut dire qu’à l’époque, l’Etat a opté pour des réformes libérales, en prônant la privatisation des entreprises publiques.


Une transition à l’économie de marché. Cependant, le « rythme de cette privatisation a évolué lentement en raison d’une gouvernance des institutions altérée par la nature contradictoire des stratégies d’acteurs censés en impulser la dynamique ».


Autrement dit, « le gouvernement d’alors a mis la charrue avant les bœufs en privatisant des entreprises moribondes dans une économie encore fortement centralisée. D’un autre côté, il ne pouvait faire autrement devant l’échec répété des tentatives de ces entreprises pour intégrer les modes de gestion modernes ». D’où la mise en vente de ces sociétés. Plutôt un bradage qui a profité aux gens ayant des capitaux…au détriment des travailleurs.


Un exemple édifiant à Maghnia, à l’extrême ouest du pays. L’entreprise nationale des corps gras, fabriquant de l’huile de table et du savon. Un fleuron de la région. Le 13 décembre 2005, le Conseil des Participations de l’Etat décide la cession de 80% du capital de la filiale de l’entreprise nationale des corps gras (ENCG) de Maghnia. Et c’est à partir de là que les travailleurs commencent à crier au scandale. 


« L’usine a été cédée au nouveau propriétaire avec des conditions et des modalités dramatiques pour plus de 200 familles. En l’absence de transparence dans cette transaction, il y a eu tromperie et manigance », fulminent les syndicalistes. Le prix de cession de 80% des actions, selon la résolution portant ouverture du capital de cette unité, s’élève à 80 millions de dinars. Quant aux modalités de paiement, 50% du prix seront versés à la signature du contrat de cession.


Le reste sera payé à la fin de la deuxième année, à compter de la date de signature dudit contrat. En outre, le repreneur devra s’engager à réaliser un programme d’investissement de mise à niveau et de réhabilitation sur une période de trois années, à financer un programme de formation du personnel et de financer un programme d’essaimage, maintenir 50% des effectifs en poste, prendre en charge partiellement l’endettement de la filiale.


Une transaction assimilée à une tromperie, un détournement. Puisque rien n’a été respecté dans ce contrat. Et la première chose qu’a entrepris le nouveau propriétaire, c’est de libérer les travailleurs. « Beaucoup d’entre nous ont été contraints au départ volontaire. Nous nous sommes dit que ce n’était pas une mauvaise affaire. 


Sauf que le patron, qui a les coudées franches, a bafoué la loi. En recevant la prime de départ. Nous fûmes surpris que le propriétaire nous a trompés. Nous avons porté l’affaire devant la justice qui, à l’heure qu’il est, n’a pas rendu le verdict. En attendant, nous survivons avec des métiers de misère ».


Même déboires ailleurs


Les mêmes déboires sont vécus par les ouvriers de la Maïserie de la même ville. Quelques mois à peine après l’acquisition de cette usine, par un nouveau repreneur, la direction générale de cette dernière avait ouvertement déclaré qu’elle « n’avait plus les moyens pour supporter les charges salariales, à cause de la baisse significative d’activité, résultat de la concurrence estimée déloyale ».


C’est ainsi que 104 travailleurs sur les 204 que comptait la maïserie, pourtant unique du genre au niveau africain, spécialisée dans la transformation du maïs pour la fabrication des produits amylacés (amidon, sirop de glucose et dextrine…) ont été simplement remerciés et il a été mis fin à leurs contrats, sans aucune forme de procès.


Pourtant, lors de l’acquisition de cette entreprise, le nouveau propriétaire s’était engagé dans la résolution de cession, à maintenir l’ensemble de l’emploi existant (204 salariés). Mieux encore, à créer 40 nouveaux emplois au bout de cinq années et une enveloppe importante pour des investissements projetés.


Aussitôt après cette décision de licenciement, un nouveau directeur général a été mis à la tête de l’unité. Aux yeux des travailleurs, c’est là une stratégie de diversion à dessein de couper tout dialogue avec les ouvriers.


Puisque le nouveau responsable prétextait qu’il n’était que l’exécutant du nouveau patron, et donc il ne pouvait ni recruter, ni dialoguer avec qui que ce soit. Aujourd’hui, ces travailleurs dupés, sont toujours dans l’expectative. « Nous attendons que la justice nous fasse recouvrer nos droits, même si nous savons que ce n’est pas demain la veille », disent ces victimes de la privatisation anarchique.


Quant aux syndicats, généralement tous sous la coupe de l’Union des travailleurs algériens (UGTA) pro-gouvernement, elles n’ont pu que cautionner les décisions arbitraires avec leur silence. Pour ce qui des syndicats dits autonomes, ils ne peuvent tout simplement apporter un quelconque changement, si ce n’est dénoncer et s’indigner dans la presse et dans des forums.


L’Organisation internationale du travail (OIT) devrait saisir cette opportunité pour rappeler à l’Algérie que « le respect des droits du travail implique de laisser les travailleurs former des syndicats et mener des activités syndicales sans ingérence du gouvernement ».


Face à des privés prédateurs, le travail syndical est affaibli, tandis que les travailleurs « compressés » continuent de manger leur pain noir ! Et ce n’est pas demain que leurs anciennes entreprises les rappellent pour les réintégrer ou les indemniser.

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