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Appel du Roi du Maroc à un « dialogue direct et franc »

Les subterfuges du Makhzen

18 novembre 2018 | 01:56
Safi Benaissa


Cette proposition aussi inattendue que déconcertante a été balancée par le roi du Maroc dans une atmosphère plutôt tendue dans les rapports algéro-marocains et dans un timing diplomatique des plus mouvants. Comment interpréter cette déférence subite à un pays qu’il a toujours malmené sous prétexte d’avoir été le trublion de la sérénité marocaine. Ensuite essayons de dévoiler les buts inavoués de cette intéressante initiative. Comment comprendre ce brusque changement d’attitude et de position dans les rapports politiques que Mohamed VI propose à l’Algérie.


Comment interpréter cette volteface politique soudaine après près d’un demi-siècle de virulence politique, de propos belliqueux, d’interprétations fallacieuses, d’accusations fantaisistes, de contre-vérités pour tromper son peuple et la communauté internationale, induire en erreur les représentants d’institution et des communautés internationales, si ce n’est que comme une nouvelle forme de duperie politique, une mystification pour séduire, alors que toute la réalité des faits contredit.
En 1994, après l’attentat terroriste dans un hôtel à Marrakech commis par des ressortissants marocains, le Makhzen a accusé délibérément nos forces de sécurité de l’avoir fomenté pour détourner d’une part, l’opinion publique marocaine et internationale de la pandémie intégriste qui a pénétré le royaume et d’autre part, désigner l’Algérie – pourtant sœur – comme l’ennemi irréductible du peuple marocain, qui par cette agression délibérée sur son territoire tente de troubler l’union nationale et créer la dissidence au sein de leur communauté.
Cette accusation, d’une hostilité brusque et brutale, a été manifestée par le makhzen contre tous les algériens, résidents, terroristes ou en transit – une vraie chasse à l’homme contre l’algérien s’est déclenchée sans aucune formalité, sans le moindre égard, à ces frères maghrébins, depuis la nuit des temps.
Suite à quoi il durcit son inimitée en décidant d’instaurer des conditions unilatérales d’accès à leur royaume obligation d’obtenir des visas des autorités marocaines pour pénétrer dans leur territoire.
Devant cette agressivité, cette atteinte à la dignité humaine et à l’honneur des citoyens algériens, l’Etat algérien a réagi par la réciprocité pour les visas et a organisé en mobilisant les moyens de transport maritime le retour de tous les immigrés algériens qui avaient transité en véhicules le territoire marocain suscitant par cette action la fierté et la fibre patriotique du peuple algérien.

Rapports exacerbés
Cet épisode malheureux a confirmé la duplicité du Makhzen dans sa politique algérienne.


En vérité l’adversité des rapports algéro-marocains remonte à des divergences politiques dès l’indépendance.
Le royaume du Maroc redoutait le régime socialiste algérien à ses frontières et déjà voulant profiter du jeune Etat en formation qui émergeait d’une guerre épouvante contre une des premières puissances avait agressé son voisin pour le déposséder d’une partie de son territoire.
Depuis, les rapports s’étaient exacerbés avec les revendications territoriales illégitimes, par le Maroc et le contentieux des avoirs des résidents algériens qui avaient dû quitter ce territoire en y résidant encore.
La décolonisation du Sahara occidental par l’Espagne qui avait entrainé le conflit entre le Polisario et le Maroc a contraint les autorités
Ce pays pour lequel s’était battu le Polisario contre l’ex-occupant l’Espagne pour son recouvrement a été envahi par le Maroc après le départ espagnol, engendrant ainsi un nouveau conflit armé entre les combattants sahraouis et le nouvel occupant marocain. Il a constitué la nouvelle forme de discorde entre le Maroc et l’Algérie qui fidèle à sa position constituante dans les différends internationaux, s’est prononcée pour l’autodétermination du peuple sahraoui.
Dans sa mauvaise foi le Makhzen, malgré les résolutions onusiennes en faveur de l’autodétermination, veut faire croire que l’Algérie est partie prenante et s’est toujours ingéniée pour la faire impliquer dans les négociations pour le statut du Sahara occidental.
Depuis, le Maroc use de tergiversations, de provocations, de mensonges et d’accusations infondées pour tromper la communauté internationale afin de la pousser à faire pression sur l’Algérie pour la contraindre ou pour le moins à la presser à être actrice dans les négociations.

Impassible devant tant de récriminations ne réagissant à aucune provocation, mais ferme dans sa position constante et sa résolution en faveur du droit international et du droit des peuples de disposer d’eux-mêmes, elle est restée en conscience avec elle-même et toujours dans le respect du peuple marocain.
Devant cette constance, le Makhzen a usé de subterfuges et imaginé des scenarii visant à impliquer l’Algérie dans l’ingérence de ce conflit qui lui est étranger,
Et ce malgré sa politique affectée devant la communauté internationale de non intervention dans les conflits extérieurs.
La dernière élucubration du Makhzen, médiatisées est celle que des fournitures d’armements au Hezbollah auraient transité par l’Ambassade de Téhéran à Alger – C’est l’un des exemples des plus significatifs des caprices de l’imagination marocaine et la perversité dont font preuves les autorités marocaines à l’encontre de l’Algérie « sœur ». L’Algérie est habitué au louvoiement du royaume.

Comme elle ne peut s’étonner de l’enthousiasme affiché par certaines capitales – française, Qatarie et Emiratie – à cette offre de dialogue à caractère général, sans propositions pragmatiques.
Pourtant ces mêmes pays ne s’étaient pas manifestés à l’offre algérienne pour régler les contentieux comme préalables à l’ouverture des frontières, demandée par le Maroc et soutenue par eux.

Hypocrisie royale
Mohamed VI proclame solennellement à l’occasion du 43e anniversaire de la marche verte dans un discours télévisé à l’adresse du peuple marocain, de l’Algérie et de la communauté internationale qu’il est disposé au dialogue direct et franc avec l’Algérie sœur afin que soient dépassés les différends conjoncturels et objectifs qu’entravent le développement de nos relations « par la création d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation ». « Sans nul besoin qu’une tierce partie joue, entre nous les intercesseurs ou les médiateurs ». Pour que l’on puisse « examiner toutes les questions bilatérales avec franchise, objectivité, sincérité et bonne foi, sans conditions ni exceptions, selon un agenda ouvert en d’autres termes, même des questions qui fâchent.
Discours plein de sollicitudes, une offre volontaire de rapprochement et de réconciliation fraternelle dans l’intérêt des deux peuples qui doivent converger pour concrétiser l’idéal unitaire maghrébin des générations passées.
A l’évidence ces dispositions se veulent séduisantes à l’adresse de son opinion publique conditionnée par une communication orientée et certaines capitales étrangères alliées.
Aussi cette offensive médiatico-politique fait apparaitre que cette initiative de bonne volonté, a été prise pour sauter le verrou du blocage des relations bilatérales par les autorités algériennes.
Mais à y regarder de plus près que contient ce discours lénifiant ?
Des généralités consistant à s’asseoir devant une table de négociation, comme des partis qui après s’être déchirées dans des conflits douloureux consentent à y mettre un terme par des négociations.
Or, les divergences d’intérêts entre l’Algérie et le Maroc sont notoires. L’Algérie n’a eu de cesse de les rappeler, de les proposer à un dialogue franc et sincère allant jusqu’à l’affront de l’annulation, par la partie marocaine, du déplacement au Maroc de notre Premier Ministre M. Ahmed Ouyahia en 2005.
Le roi aurait été plus crédible s’il avait clairement affiché les différends qui bloquent les relations auxquels l’Algérie répondrait avec toute la clarté qui l’a toujours caractérisé dans ses relations internationales.
L’autre ambiguïté de cet appel au dialogue ? loin d’être franc, est d’être prononcé à l’occasion de la date d’anniversaire de la marché « verte » qui a abouti à la colonisation du Sahara Occidentale et qui constitue l’un des nœuds gordiens des rapports algéro-marocains.
Veut-il signifier que la marocanité du Sahara occidental n’est pas négociable à une Algérie dont le principe d’autodétermination des peuples est intangible ?
A ce propos, en 2013, le ministère marocain des affaires affirmait sans ambages : le principe même d’introduire une conditionnalité unilatérale dans la normalisation des relations bilatérales est une pratique d’un autre âge et dénote une culture politique d’une ère révolue en total déphasage avec les exigences et les perspectives du 21ème siècle.
Il ne pouvait pas mieux expliciter l’intransigeance marocaine, comme préalable à un dialogue direct et franc.
Tout en usant d’une rhétorique d’invention d’un argumentaire fallacieux qu’il appuie sur une chimérique évolution de mœurs politiques pour signifier à l’Algérie qu’elle serait en décalage de la nouvelle culture politique. Quelle serait-elle ?

A l’évidence pour Rabat c’est d’être en adéquation avec les exigences marocaines et renoncer à l’illusion du droit international et aux principes intangible de soutien aux causes légitimes du droit des nations. Principes que l’Algérie a tiré et forgé par sa longue lutte d’émancipation et sa guerre de libération nationale pour laquelle un million et demi d’algériens se sont sacrifiés.
Un autre élément de réflexion qui suscite des interrogations. 
La prochaine reprise des pourparlers entre le Maroc et le Polisario, avec la présence des deux voisins comme suggéré par l’envoyé spécial de l’ONU et recommandé par cette dernière – l’Algérie et la Mauritanie, est interprété par le Maroc comme une négociation quadripartie pour laquelle il a organisé un battage médiatique afin de conditionner l’opinion internationale a sa thèse, sachant par ailleurs qu’il a été mis sous pression par la réduction du mandat de la Minurso à six mois et que par conséquent le temps joue contre lui.

Cette manifestation de l’opinion préméditée et cette offre de dialogue évasive et inconsistante calculée font partie d’une stratégie de communication insidieusement élaborée pour conduire à terme à la décrédibilisassions de l’Etat algérien, au moins dans sa politique maghrébine.

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