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Les médias et le tout numérique

3 mai 2017 | 20:22
M’hamed Khodja

La célébration, le 3 mai de chaque année, de la Journée mondiale de la liberté de la presse est l’occasion d’aborder la problématique du journalisme sous le prisme de la liberté et des droits des journalistes au libre exercice de leur métier.

Reste qu’une tendance, que certains qualifient de « liberticide », met à mal la profession et hypothèque même l’avenir de la presse dite traditionnelle ou classique.

Il s’agit de la mutation technologique engendrée par les technologies de l’information et de la communication et les nouvelles habitudes de consommation du public.

Si dans les pays développés la mutation de la presse écrite classique (papier) vers les supports numériques (pc, tablettes, smartphones, etc.) est bien entamée, en Algérie par contre, le débat se pose à deux niveaux d’analyse : les aspects technologiques et les logiques commerciales.

La digitalisation des Algériens allant crescendo avec le boom technologique de ces dernières années et la démocratisation de l’accès à l’Internet et à la téléphonie mobile, une tendance lourde se dégage.

Malgré la persistance de la fidélité envers la presse écrite « support papier », de plus en plus de jeunes Algériens s’informent via Internet et les réseaux sociaux. Est-ce pour autant la mort programmée de la presse écrite traditionnelle ?

Pour Djamel Bouchakour, maître-assistant et enseignant chercheur à l’Ecole nationale supérieure de journalisme d’Alger (ENSJSI), cette presse « peut s’adapter avec la logique du marché et avec le modèle économique de la presse numérique ».

Il n’est pas question donc de sa disparition dans le court terme du moins, même si le chercheur considère que l’avenir de la presse écrite est « incertain ». Et pour argumenter son propos, Djamel Bouchakour avance les logiques commerciales et surtout l’absence d’une loi sur la publicité.

Pour ce chercheur à l’ENSJSI d’Alger, l’équation est simple. « Pour la presse écrite, le lecteur était de tout temps considéré comme une monnaie d’échange entre l’éditeur et l’annonceur.

Et il est clair qu’en Algérie, où l’avènement de la presse écrite privée ou indépendante survenue au début des années 1990 a bien consacré cette logique, la règle du jeu ne répondait pas systématiquement aux principes de la qualité rédactionnelle et la fidélisation du lectorat pour assurer une manne publicitaire, mais beaucoup plus à une certaine ‘règle de loyauté’ ».

L’évolution du modèle économique de la presse écrite en Algérie étant au rythme des impératifs politico-économiques, la presse « traditionnelle » aura de beaux jours devant elle. Ainsi, Nassim Bouguettaya, maître de conférences à l’ENSJSI d’Alger, avance que « la presse en ligne ne doit pas, à l’heure actuelle, faire disparaître les journaux. Mais elle va sans doute leur imposer de repenser leur façon de travailler et de proposer des contenus adaptés aux nouvelles exigences du lectorat qui connaît une érosion impressionnante ».

C’est justement cette bataille pour la diversification du contenu proposé qui déterminera l’issue de la mutation du papier au numérique. Pour ce chercheur, « il faut convaincre, persuader les lecteurs, surtout les jeunes, afin de les amener à acheter leur titre préféré ».

De l’autre côté de la barrière, celle du digital et du numérique, il s’agit pour la presse en ligne de « gagner en crédibilité, en renforçant d’abord son statut juridique. Après, il va falloir qu’elle assure la pérennité de ce projet électronique, en assurant notamment son financement.

La publicité n’est pas rentable. Il faut aller vers d’autres produits : son, vidéo, animation, graphisme, etc. », affirme Nassim Bouguettaya.

Reste que le handicap majeur de la presse numérique est son côté économico-commercial. Si sur le plan international il n’y a pas de modèle efficace, en Algérie, c’est l’absence de culture de consommation en ligne qui plombe tout décollage du digital.

En effet, « la culture de consommation des biens médiatiques est globalement défavorable au paiement qui reste, lui aussi, tributaire du développement du système financier local qui peine à décoller surtout en termes de e-commerce et de e-paiement », précise Nassim Bouguettaya.

Les réseaux sociaux constitueront-ils une échappatoire ou une période de transition du papier vers le numérique ? Djamel Bouchakour ose une piste. « Il y a quelques mois, le quotidien britannique The Daily Mail était sur le point de disparaître définitivement. Il a joué la carte de la mutation vers le numérique.

Il s’est converti au Digital Native News, un format qui consiste à produire et à diffuser exclusivement via les réseaux sociaux ».
Un quotidien algérien en difficulté financière prendra-t-il le risque du tout numérique ? Très peu probable à court terme.

Car avant d’être une question de coût économique et financier, c’est une question de culture au sens large du terme et de culture du numérique en particulier.

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