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Le visage hideux de Rabat

15 mars 2017 | 20:19
Hocine Adryen

Plusieurs migrants subsahariens ont été molestés et roués de coups avant d’être reconduits par les autorités marocaines vers la frontière algérienne, dans le no man’s land qui sépare les deux pays. Pour l’heure, aucune communication officielle marocaine ne précise les circonstances de cette opération.

Le Maroc, qui fait de l’intégration des subsahariens une politique de prestige, fait pourtant le contraire comme en témoigne cette expulsion de migrants vers la frontière algérienne. Ces migrants sont entrés au Maroc et ont été expulsés en Algérie, pour qu’ensuite le Maroc déverse sur l’Algérie son lot de critiques habituel.

La presse française et celle marocaine, plus promptes à montrer du doigt les expulsions de migrants subsahariens d’Algérie, ferment hypocritement les yeux sur les exactions du Maroc à l’encontre de ces derniers. La connivence entre ces deux pays, qui ne date pas d’aujourd’hui, mais du retour du roi Mohamed V dans son pays, est aujourd’hui vérifiée et confirmée.

Le Maroc, qui se targue de tenir tête à l’Algérie et de lui chiper sa position de leadership et de nation-pivot en Afrique, selon une classification du département d’Etat US, a lancé une campagne médiatique féroce lorsque les autorités algériennes ont décidé d’expulser tous les migrants subsahariens en situation irrégulière avec l’accord de leurs pays respectifs.

Ces migrants ont été regroupés dans un centre et transférés à la frontière au Sud, où ils ont été remis à leurs pays. Trente-quatre personnes de nationalités camerounaise, guinéenne, ivoirienne, malienne et sénégalaise, ont été arrêtées et refoulées entre le 2 et le 10 mars 2017, selon un communiqué publié mardi dernier par le groupe antiraciste de défense et d’accompagnement des étrangers et migrants (Gadem) marocain.

L’un des migrants, qui dit vivre à Oujda depuis un an, affirme au Gadem avoir été interpellé par les forces auxiliaires marocaines le 2 mars dernier à un arrêt de bus de la ville.

Il aurait ensuite été conduit à la gendarmerie royale pour un contrôle d’identité puis transporté dans « un camp près de la frontière » dans lequel il est resté trois jours avant d’être refoulé vers le no man’s land. Selon le communiqué, les forces de l’ordre auraient confisqué son passeport et ses effets personnels.

« Je n’ai pratiquement rien mangé depuis 8 jours et je me bats pour trouver de l’eau », a-t-il déclaré au GADEM. Une autre personne interrogée par cette ONG marocaine raconte avoir été arrêtée le 8 mars tandis qu’elle se rendait au travail.

Après avoir passé deux jours dans une première caserne, elle aurait été conduite avec quinze autres personnes le vendredi 10 mars 2017 à la zone frontalière. « Les forces auxiliaires les ont abandonnés à 10 mètres des grillages et les ont sommés, parfois à coups de bâton, d’aller du côté algérien », rapporte le communiqué. Toujours selon la même source, ces personnes auraient été victimes de violences physiques sur place.

« Des personnes ont été battues à coups de bâton aux bras, à la tête ou aux jambes. Trois d’entre elles auraient des blessures graves aux jambes. Pour deux autres, c’est le bras qui aurait été touché. Un des migrants dit avoir été tailladé avec des lames tranchantes « au visage », relate le communiqué. « Parmi nous, il y a 14 blessés, dont 3 gravement », affirme l’un des témoins interrogés par le Gadem.

Toutes ces personnes appartenant à ce groupe venaient de déposer une demande de régularisation dans le cadre de la seconde phase de l’opération lancée en décembre 2016, affirme le communiqué.

Ces arrestations interviennent dans un contexte de renforcement de la répression contre les personnes en migration dans les régions de Tanger-Tétouan et Nador depuis début 2017, rappelle enfin le communiqué. Douze enfants feraient partie du groupe selon la même source.

Le groupe de migrants a finalement pu franchir la frontière algérienne mardi dernier. Trois d’entre eux étaient blessés et ils ont reçu des soins au poste-frontière algérien. Les autres membres du groupe ont rejoint Maghnia, à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec le Maroc, où ils sont hébergés par des amis. 

Ces migrants affirment tous qu’ils ont été arrêtés dans les rues d’Oujda, dans l’est du Maroc. Ils disent avoir été emmenés dans un commissariat où leurs empreintes ont été relevées, puis conduits à la frontière avec l’Algérie, à une trentaine de kilomètres de là.

Depuis Oujda, ils avaient l’intention de rejoindre les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla en territoire marocain. Et quand ils tentent de retourner au Maroc, ils sont réprimés à coups de matraque. 

Un subsaharien, Albert, qui fait partie du groupe de migrants pris au piège à la frontière, témoigne : « La police marocaine nous a jetés ici sans aucune explication. Nous nous trouvons dans un champ situé entre les postes-frontières des deux pays », dit-il.

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