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Le 11 décembre 1960, ce n’était pas qu’à Alger

18 décembre 2016 | 16:37
1er Novembre SafiBenaissa11Décembre1960 Safy Benaissa, Cadre supérieur à la retraite



Dans la soirée du dimanche 11 décembre 2016, Canal Algérie a consacré son émission "Questions d’actu" animée par Nazim Aziri à l’historique manifestation du décembre 1960. Deux historiens étaient sur le plateau, Ms. Rebbah et F. Soufi, pour débattre du thème.

L’objectif était de vulgariser ce moment d’anthologie de la guerre de libération nationale aux téléspectateurs de différentes générations et particulièrement à ceux nés après l’indépendance. Approprier ou se réapproprier notre histoire collective renforce la cohésion sociale de notre jeune nation.
Les deux historiens étaient conviés à éclairer l’opinion sur les motivations, les causes ou aux facteurs déclenchant de ce mouvement considéré comme un des tournants dans la reconnaissance du droit à l’autodétermination du peuple Algérien.

M. Soufi a tenté par une chronologie des événements et de leurs causes de proposer sa version des faits. C’est à partir de Témouchent le 09/12/1960 que le peuple musulman des quartiers populaires a réagi, d’une part, au mot d’ordre lancé par le général De Gaule de passage dans cette ville « L’Algérie algérienne » à tous ses habitants, et d’autre part, à la réaction intempestive de la colonie européenne qui répondait par « l’Algérie française », par une manifestation pour une « Algérie musulmane » ; le lendemain 10/12/1960, c’est Oran à partir de Medina Jadida, qui manifeste avec le slogan « TAHIA EL JAZAÏR » ; le 11/12/1960 c’est Alger qui s’embrase avec le même mot d’ordre « TAHIA EL JAZAÏR », et simultanément le mouvement gagne Annaba, Constantine et ce jusqu’aux journée des 12 et 13 décembre 1960.


Quant à M. Rebbah, il tient mordicus que le mouvement a commencé par une certaine agitation sur les hauteurs de Belcourt dès la soirée du 10/12/1960, dû à l’incitation de quelques responsables locaux du FLN, pour prendre toute son ampleur les autres jours.

Ce qui intriguait le téléspectateur que j’étais, c’est l’inadvertance qu’il affichait envers le récit de M. Soufi, fruit d’un travail de recherche -étant un ancien archiviste-.

La position de M. Rebbah consistait à revendiquer la paternité et l’exclusivité de cette manifestation à la capitale, et comme unique date de son déclenchement le 11/12/1960.

En tant qu’historien M. Rebbah devait être à l’écoute de tous les témoignages, consulter toutes les archives, relier tous les faits par leur caractère conjoncturel et non conjectural, se défier de toute subjectivité et partialité.

Il m’est pénible de rappeler ce minimum d’exigence que doit s’imposer tout chercheur -dans quelque discipline qu’elle soit- pour échapper à « l’esprit de clocher » qui guette tout individu.
Revenons à cette manifestation et la dynamique de son déclenchement.
Notre révolution a été déclenchée par des militants nationalistes qui ont fondé le Front de libération nationale. Il s’est doté d’une instance politique et d’une armée nationale populaire. Ces deux organisations quelle que soit leur structuration n’agissaient pas « hors sol ».

Toutes leurs actions étaient menées au sein du peuple, avec sa collaboration, soit par la propagande, soit par sa logistique -les renseignements, les guets, les traversées d’une région à l’autre par des guides locaux, la nourriture, les produits pharmaceutiques… etc.-, nos combattants nageaient au sein de la population comme « le poisson dans l’eau ».

Le repli partiel de nos moudjahidine vers les frontières Est/Ouest était contraint par le « vide » de la population rurale que le plan Challe a regroupé dans les grandes agglomérations – une opération assimilée à la concentration nazie de triste mémoire également-.
Ce regroupement ou concentration inhumaine de la population dans les centres urbains a produit un phénomène contradictoire aux calculs et à la stratégie d’étouffement de la guérilla -des stratèges de notre Révolution- : elle a noué des liens de fraternité, des élans de solidarité et d’entraides, aboutissant à une communion entre les refoulés et ceux qui les ont accueillis, et corrélativement a renforcé la conscience nationale.

De plus cette masse compacte était confrontée quotidiennement à l’arrogance et l’hostilité des territoriaux et des ultras qui l’invitait et la poussait à la contre-offensive.
 
Oran le 10 décembre
C’est le jusqu’au-boutisme des européens, avec leur exigence de l’Algérie française en réponse à la politique gaulienne « Algérie algérienne » que le peuple musulman a voulu imposer sa volonté d’une « Algérie musulmane » et surtout avec le fameux cri du cœur « Tahia el Jazaïr ».



Cette journée du samedi 10/12/1960, je l’ai vécue pendant mon adolescence (16 ans). Je fréquentais le collège technique, qui à l’époque était situé à la Place Karguenta.
Au milieu de la matinée, notre collège avait été encerclé par des jeunes manifestants européens pour nous faire évacuer- il faut savoir que la grande majorité des élèves étaient d’origine européenne- notre directeur nous fit sortir en deux rangées, en nous recommandant de ne pas répondre aux provocations – je ne peux oublier son regard plus inquiétant envers moi - ; heureusement nous n’avions pas été inquiétés.
A l’extérieur il y avait un mouvement inhabituel, de bruits de voitures, de klaxons, de personnes. Inconscient, je suis parti me balader avec deux camarades de classe à la rue d’Arzew jusqu’à la place des Victoires, où était amassé une foule de pieds-noirs, qu’haranguait à partir d’un balcon d’un immeuble une voix portée par un haut-parleur, entrecoupée par le slogan d’« Algérie française ».

Un de mes camarades – Bouaziz un rouquin de confession juive – se rapprocha d’un adulte et s’entretient avec lui ; ce dernier qui gesticulait en parlant laissa apparaitre une arme à main sous sa ceinture. Je me sentis en plein guêpier.
Contre toute attente, Bouaziz me rejoint et avec enjouement me donne un rendez-vous après le déjeuner pour se regrouper en bande et briser toutes les vitrines des magasins qui restaient ouverts et dégonfler les pneus des autobus qui n’observaient pas la grève. J’en fus éberlué, il me considérait comme un des leurs !


S’il est vrai que je n’avais ressenti aucune animosité en classe – du moins manifestée – je n’avais pas de fréquentation particulière avec l’un d’eux, mais je sentais une certaine bienveillance – peut être due aux enseignants et au directeur pour mes bonnes notes dans les matières « dites nobles » à l’époque – Français et Maths -.
Tout préoccupé par l’aventure que je venais de vivre, j’ai rejoint mon « chez moi » – un deux pièces louée par mon père au sein d’une grande maison à Mediouni - sans avoir remarqué d’anormalité le long du parcours.

Dès que j’ai entamé mon frugal déjeuner, j’entendis des clameurs venant de l’extérieur ; impatient je sortis pour m’en enquérir ; des échos de Tahia El Jazaïr résonnaient et indiquaient qu’ils provenaient de la Ville nouvelle, que je rejoignis sur le champ et me mêla avec la foule qui occupait la place Tahtaha, et repris en chœur avec elle « que vive l’Algérie ».

Comme j’étais à l’arrière du groupe de manifestants -étant arrivé plus tard-, j’entendis qu’un officier militaire tentait de calmer les manifestants. Et subitement des mots d’ordre fusaient « El Hamri – El Hamri », en même temps on chuchotait que l’officier s’était fait bousculer et que des militaires ont chargé pour le protéger.

Les foules d’El Hamri et Mediouni
Entretemps le flot de la foule au bout de laquelle je me trouvais mêlé continuait sa course vers El Hamri et Midiouni ; les gardiens de la prison, à mi-chemin, craignant probablement l’envahissement de leur bâtisse tirèrent en l’air, pour nous en écarter.

Notre marche fut stoppée par un barrage de l’armée, armes au poing, dressé pour nous empêcher de soulever nos compatriotes des quartiers populaires. Instinctivement on a rebroussé chemin pour contourner le jardin public, qui longeait Mediouni – ceux en arrière de notre chaîne avaient remonté le cours du palais des sports – ; mais on s’est retrouvé face à des policiers et des motards qui se tenaient à l’autre bout du jardin – côté Nord – et qui nous tiraient dessus à bout portant.

C’est en pleine course que j’ai reçu une balle au genou droit, ne freinant mon élan qu’au bout de quelques mètres dans une ambiance de panique générale. Tout se bousculait -entretemps le feu avait cessé- et les soldats essayaient de quadriller l’espace et de maîtriser la situation.


C’est dans cette atmosphère qu’un soldat s’est approché de moi pour m’interroger -pensant d’abord que j’étais tombé d’un camion ?-, et se ravisa en consultant mon genou et de suite informa son officier qui était tout proche « eh ! Chef il a reçu un pruneau ! » –manifestement c’était un militaire du contingent –.
Je ne sais par quel miracle, il enjoigna à un taxi de m’accompagner à l’hôpital et intima l’ordre à des concitoyens qui étaient arrêtés de me porter – j’avais le genou bloqué-.

Les chirurgiens ont refusé de m’opérer, sous prétexte que la localisation de la balle présentait un gros risque.

Mon père -ancien cégétiste (CGT) et militant nationaliste décédé quatre mois plus tard pour infection pulmonaire due à la silicose (maladie professionnelle)- craignant une évolution morbide, voulait me faire opérer par nos services médicaux clandestins du FLN, mais il fut dissuadé pour deux raisons majeurs : les moyens chirurgicaux rudimentaires et l’absence de justification de l’acte médical auprès du collège qui alerterait les services de sécurité.

Quinze jour après, sur insistance de mon paternel de revoir un des chirurgiens – Franco-hindou qui m’avait manifesté une certaine sympathie-. Compatissant, celui-ci examinant ma radio dit à un de ses collègues « Georges on enlève ça au petit ! » « Si tu veux » lui répondit-il.

Quatre jours après l’intervention chirurgicale, l’administration du service chirurgicale me fit sortir sans ménagement – les points de suture n’étaient pas retirés, ni ne pouvais me déplacer sans appui-, mais le chirurgien, toujours attentionné, me recommanda de faire des exercices de pression sur mon genou en pliant mes jambes, de manière progressive.

Ce petit rappel – la sympathie et la confiance que cela a suscité dans mon environnement immédiat m’a porté à jouer un rôle à ma mesure – est une tentative de plonger le lecteur à travers cet exemple, dans les conditions sociales et l’atmosphère induite par la lutte d’indépendance dans un microcosme au sein d’une des grandes villes d’Algérie : Oran.


De plus, ce témoignage d’un jeune acteur d’Oran, de cette manifestation retentissante, est infime à ce que pourrait être ceux d’autres acteurs adultes et actifs de cette période. La compulsion des archives existantes ou à récupérer auprès de l’ancien occupant permettra de reconstituer ces tragiques événements vécus par la population oranaise.

Je finirai par rappeler à tous ceux qui restent prisonniers de leur égo, que toutes les batailles menées à travers le territoire national, dans la guerre de libération en évoquant d’abord la Bataille d’Alger menée au centre du pouvoir colonial, par des combattants dont l’engagement et le sacrifice exprimaient leur volonté de briser les chaînes de dépendance à un colonialisme oppresseur et opprimant dont la médiatisation, malgré la répression de la population et la réaction coloniale qui faisait croire qu’elle avait rétabli l’ordre faisait jonction par la non moins glorieuse Bataille du 20 août 1955 dans le constantinois, a fait non seulement douter le camp colonial mais a impulsé et redoublé la détermination du peuple algérien à se libérer du colonialisme.

Dans l’intérieur la flamme de libération a attisé et nourri les grandes batailles dans les montagnes de notre Kabylie, celle des Aurès de nos chaouias, dont le seul nom tétanisait les colons, de l’Ouarsenis, des monts de Tlemcen et sa région, sans oublier celles des moussebilines et fidaïnes -souvent isolés par le caractère secret de l’action – qui ont porté des coups fatals à l’ennemi.

Ces batailles ont fait la fierté de tous les algériens, dans la chronologie de leur déroulement sans exclusive, elles ont consacré l’union et consolidé la nation dans son unité différentielle.
 

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