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La troisième au pays des Gaulois

20 décembre 2017 | 19:22
R. C .

Les Français parlent beaucoup plus arabe que gaulois, selon le lexicologue Jean Pruvost qui explique que l’arabe est leur troisième langue d’emprunt, après l’anglais et l’italien.

Dans le contexte de la Journée mondiale de la langue arabe, célébrée le 18 décembre par l’Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), le lexicologue Jean Pruvost a expliqué, dans un entretien accordé à France Inter, comment la langue arabe s’est inscrite dans l’Histoire et la langue française, affirmant que les Français utilisent chaque jour plusieurs mots arabes.

Il précise qu’il y a plus de 500 mots dans la langue française, contre une petite centaine seulement pour les mots hérités de la langue gauloise, tels que « caillou, truand » ou « gaillard ».

Ce professeur émérite, auteur de 400 publications dont Nos ancêtres les Arabes, ce que notre langue leur doit (éditions JC Lattès), et lauréat du prix de l’Académie française en 2007, affirme que la langue française est parsemée de mots arabes.

Elle est extrêmement présente dans la langue française. L’arabe est la troisième langue d’emprunt, puisque la première c’est l’anglais, ensuite l’italien.

L’arabe n’a cessé de l’enrichir entre le IXe siècle et aujourd’hui. Au départ, c’est principalement Al Andalous, l’Espagne musulmane qui a donné de nombreux mots courants et mots savants au XIIIe siècle en français.

Plus tard, la colonisation et la décolonisation ont apporté une nouvelle vague de mots, avec notamment un volet important dans le domaine de la gastronomie. Des mots comme « artichaut » qui ne vient pas de Bretagne ! Egalement « épinards, estragon, potiron » qui sont tous arabes. L’évènement de l’Unesco est une bonne occasion pour s’interroger sur les mots.

Le lexicologue affirme que « ce matin au petit déjeuner, vous avez peut-être commandé une tasse (mot arabe) de café (mot arabe), avec ou sans sucre (mot arabe) et un jus d’orange (mot arabe). Vous avez donc, sans le savoir, parlé arabe (ou plutôt français) ». Avec l’arrivée des rapatriés d’Algérie en 1962, après la décolonisation, les mots merguez, méchouis, sont entrés dans le langage courant.

L’immigration récente a également son influence, à l’exemple du mot « bled » qui s’est « tellement installé dans la langue que beaucoup ignorent que c’est un mot arabe. Les plus jeunes s’en sont à nouveau emparés avec le mot « blédard », qui désigne celui qui débarquait de la campagne algérienne ou marocaine et qui s’installait dans la région parisienne ».

Les mots « chouf » ou « kiffer » sont utilisés depuis longtemps, comme dans l’expression kiff-kiff bouricot. Au début, le kiff c’était la drogue et aujourd’hui, cela désigne le fait de prendre du plaisir. Il rappelle aussi que avoir le « seum », c’est-à-dire le cafard en arabe, (« cafard » est aussi un mot arabe) est repris en 2012 par une campagne de la sécurité routière.

Egalement le mot « toubib » qui vient de toubab (qui désigne le blanc) et veut dire médecin. Ce mot est passé dans la langue familière et beaucoup de gens ne savent pas qu’il est issu de la langue arabe.

Dans le lexique de l’habillement, il y a aussi « magasin, jupe, coton, gilet et caban ». Pour Jean Pruvost, « un enfant qui part faire de l’algèbre et de la chimie dans son collège est dans le monde arabe ».

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