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385

La mama azur

17 août 2016 | 19:53
Mohamed Rediane

Paru chez Edilivre en France, en avril dernier, le recueil de poèmes Ma mère en vagues de Fateh Agrane est dédié par son auteur à celle qui l’a enfanté, à celles qui ressemblent à cette dernière, c’est-à-dire sa grand-mère et ses filles, mais aussi à son père et son grand père.

Il n’y a pas plus bel hommage à rendre à sa maman que par les mots poétiques. Cette mère que l’auteur n’a pas connue, elle qui est tombée sous les balles de l’armée coloniale, lors d’une fusillade à Timizer, commune d’El Aouana à Jijel, en 1958. Il est alors ce bébé âgé de quatre mois. Il finira par lui offrir soixante poèmes, soixante vagues. 

Chacune d’elle porte une histoire sur Zoubida sa maman, mais aussi sur son paternel, ses filles et d’autres personnages. Fateh Agrane affirme lui-même : « Ma mère en vagues, ce recueil de mots joyaux, de maux, d’émois, que j’ai longtemps portés en moi, est une quête éperdue de ma mère que j’avais perdue, martyre fusillée par l’armée coloniale, alors que je n’avais que quelques mois…

Depuis, je n’ai cessé de la chercher partout sur tous les beaux visages, dans tout sublime paysage, dans la mer, car c’est une côtière aux yeux saphir, ma béance, mon azur. Je la cherche sur cette terre qui la contient au point que quand je marche je fais attention à elle.

Et devant cette adversité, je prends ses ailes, ma fierté, ma douceur bleu ciel. Car je n’ai aucune photo d’elle, notre maison fut brûlée, et tout est parti avec, c’est le lot de la guerre, et la liberté pour moi n’est qu’emblème d’elle, Zoubida, et Messaoud mon père ! « .

Il est certain que le poète cherche à se faire une image de sa propre génitrice. Il reconnait alors en public la meurtrissure qu’il porte en lui, l’exorcisant en donnant à chaque vague un titre, soit la proclamation de son amour aussi immense que la mer. Il prie son silence de parler : « Parle mon silence, Dis leur ce que j’entends, Décris-leur l’absence, Et la béance du temps « .

Le temps aussi d’attendre le retour de son Baba (père, 21e poème), en vain. Le temps de dire à sa fille (poème 57 : Ma fille m’a demandé) pourquoi il aime tant Zoubida. Comment aimer une personne aussi chère sans même disposer de sa photo ? Le poète la voit probablement dans l’image de Fadhela Dziria (chanteuse, cantatrice dans le genre chaabi et andalou et résistante dans la Zone autonome d’Alger).

Il donne à cette dernière le titre de Reine lumière (poème 45), lui disant : « … Les mouettes d’aisance, Te chantaient dans l’air/Fadhela l’altière, Dans Touiri absence. /… Je puiserai essence/De plume ma chère, Et poème te faire/Ma belle résistance… « .

Le poète déplore l’absence mais en même temps il crie tout haut sa volonté de parler à Zoubida (46 : Poème finir), surtout qu’il a toute Une vie à raconter (poème 43). Le voilà aussi entrain de comparer sa regrettée à l’azur, à des horizons visibles mais intouchables, faisant de la mer et du coquillage qui lui est offert des passerelles de transmission afin de l’écouter et d’entendre la déclamation de son amour.

Et comme le rapporte Abdelmadjid Kaouah dans la préface de cet ouvrage, Fateh Agrane dit : « Je vis de son sang, elle ne me quitte pas, elle circule en moi. C’est pour cela qu’on a pu écrire à propos de sa poésie : sensibilité aiguisée, passion pour le rythme et la symbolisation, auxquelles s’ajoute une teinte existentialiste naturelle, innée et spontanée… « .

Ma mère en vagues de Fatah Agrane, 126 pages. EdiLivre, avril 2016

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