Culture

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« Du sable et des playmobil » de Sarah Mouline

La guerre de libération sur les planches parisiennes

14 mars 2018 | 17:51
De Paris Yazid B.

Raconter la guerre de libération nationale n’est toujours pas une chose facile, monter une pièce théâtrale pour relater ce qui s’est réellement passé est encore une tâche plus ardue, mais écrire et mettre en scène cette histoire par une jeune Française et la faire jouer à Paris, cela pourrait paraître plus que de l’audace. Et pourtant ! la jeune Sarah Mouline a osé et l’a fait avec brio, puisque la pièce « Du sable et des playmobil » a été jouée à l’espace Icare à Issy-les-Moulineaux à Paris, ainsi qu’en tournée du 8 au 11 mars dernier au théâtre de l’Opprimé à Paris.

Née de père marocain et de mère algérienne, elle a d’abord suivi des études littéraires. Puis, petit à petit, elle s’est retrouvée dans le théâtre et cela à travers le texte. De la littérature à l’interprétariat et c’est là où Sarah était dans l’obligation de signer une pièce en tant que metteur en scène. En préparant sa mise en scène, elle se rend compte, selon ses déclarations, que le théâtre est un lieu où l’on peut délivrer des histoires que la société a tues. D’ailleurs elle nous déclare : « Le théâtre a cet incroyable pouvoir de s’adresser à un collectif qui est le public. Il me semblait que c’était un lieu idéal pour parler des choses qu’on cache ».

Donc elle crée sa troupe SI CECI SE SAIT et se lance dans sa première pièce qui relate un moment de la lutte du peuple algérien pour son indépendance. C’est l’histoire de Aliya qui, après avoir enterré son père, découvre dans son grenier des tracs, des lettres écrites en arabe, des photos. Sur l’une d’elles, elle reconnaît le visage d’un homme présent à l’enterrement (Anis). Elle va à sa rencontre. Il lui apprend le passé militant de son père, au sein d’un syndicat étudiant d’abord, puis au sein de la Fédération de France du FLN. Aliya se rend par la suite en Algérie. Elle comprend que l’histoire contée par Anis est lacérée de blanc. De retour en France, elle regagne le grenier de son père. Lorsque nous demandons à Sarah pourquoi avoir choisi ce type de théâtre et en particulier le thème de la guerre d’Algérie, elle nous répond sans détours : « C’est un théâtre très engageant puisqu’il nécessite beaucoup de recherches, de travail et d’investissement. Pour le sujet, je crois que c’est un conflit qui est encore très agissant aujourd’hui dans la société française et que l’on est tous concernés. Il y a eu plus de deux millions de soldats français qui ont été mobilisés. Et pourtant on n’en parle pas. Au collège et au lycée on parle très peu de la guerre d’Algérie. Et en grandissant, je me suis rendue compte qu’elle était très présente, mais de façon cachée comme un point aveugle et qui participe, selon moi, à la fixation identitaire. Qui va-t-on désigner comme étant arabe ? Qu’est ce qu’on met dans le mot arabe ? Qu’est ce qu’on met dans le mot français ? Et là il y a plein de choses qui sont cristallisées et pour moi ces questions remontent à la guerre d’Algérie.

Qui a-t-on essayé d’appeler français et qui a-t-on essayé de ne pas appeler français ? Qui a pu avoir la nationalité française et qui n’a pas pu l’avoir ? Et toutes ces questions-là, juridiquement, sont aussi très intéressantes dans ce conflit ». Une pièce de théâtre véhicule forcément un message à transmettre au public, au spectateur. Pour celui de l’écrivaine de cette pièce, il s’adresse d’abord aux deux publics : français et algériens. Elle nous explique : « L’été passé on est allé en Algérie avec les comédiens et on s’est rendu compte que les Algériens connaissent bien la guerre d’Algérie, mais ils connaissent très peu le rôle de la Fédération de France du FLN. On parle beaucoup du rôle de l’armée mais très peu de celui qu’ont pu tenir les hommes politiques comme le GPRA ou en encore la Fédération de France du FLN. Et là on se rend compte que l’histoire est très complexe et que cela prend du temps pour comprendre ce qui se passe ». Cette jeune écrivaine et metteur en scène ose lancer un appel en direction des responsables français et dénonce le fait que l’histoire de France a été « teintée de plein d’autres histoires et qu’il y a beaucoup de personnes qui sont exclues du récit national ».

Elle ajoute plus loin : « Cela fait très problématique qu’il faudrait l’ouvrir et accepter que notre France est loin d’être la patrie des droits de l’homme et que le traumatisme de la guerre d’Algérie n’a pas encore été entrièrement dit » pour atteindre son but, c’est-à-dire qu’écrire et faire jouer une pièce théâtrale sur la guerre d’Algérie a été un choix difficile à faire pour Sarah Mouline, et cela a nécessité aussi beaucoup recherches et de plongées dans les archives, notamment des historiens tels que Benjamin Stora, Yves Courrières, Assia Djebar, Laurent Gaudé, Maissa Bey, Salah Guemriche…La vision de beaucoup de films comme « la Bataille d’Alger », l’Ennemi intime de Patrick Rotman, « Un rêve algérien » de Jean-Jacques Liedo, « Avoir 20 ans dans les Aurès » de René Vautier…Malheureusement la liste est longue et nous ne pouvons citer tous les ouvrages, films et reportages consultés par Sarah pour pouvoir monter sa pièce.

Néanmoins, le grand plaisir pour cette jeune Sarah Mouline c’est de pouvoir venir en Algérie avec sa troupe et de jouer « Du Sable et des Playmobil » devant le public algérien. « Mon rêve est de revenir en Algérie avec ce spectacle », conclut-elle.

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