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La colonisation peut elle être qualifiée de crime contre l’humanité ?

21 février 2017 | 23:34


Telle que posée cette question fausse la réalité de ce que fut la colonisation en Algérie pendant plus de cent trente années (130) et sème la confusion dans son approche qui est plutôt plurielle, d’abord par son agression pour une conquête meurtrière, par sa domination sans partage, par sa répression sauvage et sa réaction criminelle contre le mouvement de libération nationale.


Première séquence du crime colonial
Avant d’être occupée et administrée, l’Algérie a été agressée et a subi une guerre de conquête par la force des armes pour la déposséder et lui confisquer ses terres, au profit d’une colonie de peuplement soutenue et encouragée par le grand capitalisme financier.


C’est cette guerre de conquête qui a été génocidaire et qui a consisté à la l‘extermination des populations, à des meurtres collectifs, à une chasse à l’homme bestiale, « de coupeurs de tête et jouisseurs des supplices  » (1).
Lisons la prophétie des termes dans lesquelles M. E. F. Gautier avait qualifié cette période :
« Autour des villes côtières que nous occupons, les indigènes ont « disparu » dans cette période meurtrière du début. En faisant la solitude, il est clair que nous avons préparé la base de la colonisation. Et il faut avoir le courage de le reconnaître, il est inutile de le nier sur les toits, mais il serait dangereux de l’oublier parce que les conséquences de nos débuts, absurdement sanglants se font nécessairement sentir encore : on ne peut pas dire ça n’ait pas été »


C’est cette phase de conquête qui a duré plus de cinquante (50) ans, jalonnée de massacres et de tueries des indigènes qui a constitué la scène et la séquence au sein desquels a été commis le crime contre l’humanité.


La domination coloniale
La période qui a suivi est celle qui a consolidé l’implantation et la domination de la colonie de peuplement avec ses lois scélérates -le code de l’indigénat est les plus révélateur -.


Anatole France que la politique de chasse à l’homme, de dépossession et de spoliation, avait troublé la conscience écrit : « La France a pendant soixante-dix ans, dépouillé, chassé, traqué les arabes pour peupler l’Algérie d’Italiens et d’Espagnols ; est-ce que cette folie coloniale ne finira jamais ? » 


Ce pouvoir exorbitant que détenaient les colons sur les indigènes – sujets de la République française- leur conférait un droit léonin, qui a fait dire à M. F. Abbas : « Ils croient exercer sur nous un droit de propriétaire : ils ne peuvent nous parler, nous regarder, agir avec nous qu’en nous considérant comme leurs « indigènes ». Ils croient avoir sur nous un pouvoir de droit divin »


Deuxième acte du crime colonial
Le jour de la fête de la victoire sur le nazisme à laquelle s’est joint le peuple algérien pour manifester son désir de s’affranchir, lui aussi, de l’occupation française, s’est enclenché contre la population musulmane un effroyable massacre collectif qui avait mobilisé tous les corps de l’armée coloniale, auxquels se sont joints les ultras armés par les autorités, jusqu’au-delà du mois de mai 1945.
Pourtant cette manifestation organisée par un mouvement nationaliste à Sétif et sa région – Guelma et Kherata- principalement, était pacifique et se voulait être l’expression d’une revendication d’émancipation du joug colonial, qui s’inscrivait dans l’histoire de la libération de toute occupation étrangère que venait de connaître une partie de l’Europe -dont la France – par l’Allemagne nazie.


Guerre de libération et crime de guerre de la puissance occupante
Les revendications des nationalistes ont tous buté sur une fin de non-recevoir de la France coloniale. Ne s’offrait à eux que la voie de la violence ; comme l’écrivait Lénine « il est vrai que ce qui a été établi par la force ne peut être détruit que par la force ; quand la propagande pénètre profondément les masses, elle constitue, elle aussi une force ». C’est pourquoi M. F. Abbas pensait « que l’établissement des rapports normaux entre Européens et non européens, entre Français et Algériens suppose la fin du régime colonial ».
Là encore M. F. Abbas avait une pensée généreuse mais n’était pas partagé par les colons « on peut à la rigueur guérir un cancéreux de son cancer, mais on ne guérira jamais, ces colonialistes de leur colonisation ».
La guerre fut terrible. Les forces en présence étaient disproportionnées. Les combattants algériens étaient sous-armés, mais combattaient avec vaillance, portés par leur idéal de lutte pour une cause juste, celle de la libération de leur pays, galvanisés par le soutien populaire.
L’armée Française forte de son arsenal militaire, poussée par une population européenne jalouse de ses privilèges, a mobilisé toutes ses ressources pour maintenir sa présence et sa domination, par le recours à sa machine de répression en arrosant au napalm des mechtas et douars en rase compagne, par des procédés de torture inhumains à tout prisonnier suspect, et, ce qu’ils ont dénommé corvées de bois – tuerie de sang-froid de détenus à l’intérieur du pays - , les massacres collectifs de population sur qui pesait des « soupçons » de soutien aux moudjahidine.


La guerre de libération nationale menée sous l’égide du FLN, qui, avait pris la forme d’une guérilla -par absence évidente de logistique-, a réveillé les vieux démons coloniaux qui sommeillaient en eux, pour entreprendre l’extermination systématique de la population indigène, qui s’est soldée par le chiffre macabre d’un million et demi de chouhada, sous le fallacieux prétexte du maintien de l’ordre aux yeux de l’opinion internationale, tout en dissimulant ses pratiques criminelles dont était victime la masse des autochtones.


Quelle perception outre-mer ?
Nous avons rappelé les trois séquences qui ont jalonné, la colonisation dans notre pays, pendant lesquelles ont été perpétrés les différents génocides contre les populations indigènes de ces différentes époques pour évacuer les débats stériles et contradictoires des méfaits ou bienfaits de la colonisation française et encore moins de traduire en justice devant un tribunal criminel la population pied-noire, tel qu’interprété par M. Melenchon, pourtant homme de grande culture et ami de l’Algérie -lui-même descendant pied-noir- par suite à la déclaration d’E. Macron qui a qualifié la colonisation comme crime contre l’humanité.

Cette déclaration avait soulevé un tollé général dans la classe politique française -surtout de la droite et l’extrême droite- et divisé l’opinion publique.
Ce débat franco-français entre hommes politiques de divers horizons, par journalistes interposés, a démontré, sauf rares exceptions, que la classe politique par méconnaissance de leur histoire coloniale, ou plus grave par dissimulation ou déni de celle-ci, pour des fins électorales, fait dans l’approximation, et use de vieux clichés pour tromper et cacher les vérités historiques à leur opinion publique. A entendre ce qui se dit sur les plateaux TV et les reportages de journalistes, l’on se convainc que la majorité des Français n’ont pas été instruits sur ce qu’a été la colonisation depuis la conquête jusqu’à la fin.
L’une des images des plus cocasses, ou sur BFM, est celle d’une dame du troisième âge pied-noire vitupérait contre les ex-colonisés, de n’être pas reconnaissant, en tenant ces propos : « On les a instruit, on les a nourri, on leur a laissé des puits de pétrole et c’est comme ça qu’on est traité ».


Plus de cinquante ans après l’indépendance il se trouve encore des pieds-noirs -pas tous- qui débitent encore ces inepties, c’est symptomatique d’une profonde négation du colonisé, insidieuse et persistante.
Elle est doublement condamnable quand elle est instrumentalisée par certains médias, comme le FN a voulu pousser les harkis à manifester contre la position de Macron. Eux et leurs ascendants qui pourtant ont été victimes du système colonial.

D’autre part leur perception de la pratique politique algérienne est analysée à travers leur organisation politique et sociale pour mieux souligner notre supposée incapacité à instaurer les règles démocratiques qu’un Etat de droit aurait imposé.
Une lecture peut expliciter ces assertions : c’est de nous signifier de ne s’en prendre qu’à nous-mêmes d’avoir choisi de rejeter la tutelle qui aurait aidé à intégrer la modernité et corrélativement de se « dédouaner » des méfaits de la colonisation.
Mais la réalité de notre condition sociopolitique est due à des causes essentiellement historiques. Le sous-développement est un héritage de l’exploitation coloniale. Socialement, politiquement et culturellement la société algérienne se démarquait complètement de la société européenne de par son histoire qui était aux antipodes de celle de l’occident. Par ailleurs la colonie européenne qui s’était implantée sur le territoire algérien bénéficiait de privilèges exorbitants et vivait en communauté, tournant le dos à la communauté algérienne qui tout en subissant son diktat, l’ignorait à son tour. Les seuls rapports qu’ils entretenaient, l’étaient dans un cadre professionnel dans lequel les ouvriers indigènes étaient dans un état de dépendance.
L’activité politique était le fait d’une petite élite -de niveau scolaire- qui a pu accéder aux rares écoles « indigènes ». Elle était étroitement surveillée et limitée à sa plus simple expression.
Les nationalistes étaient contraints à agir clandestinement pour la sensibilisation des masses, à investir le syndicat toléré – la CGT – et à éveiller la conscience nationale par le réseau de medersas à l’initiative de l’Association des Oulémas.
C’était des partis nationalistes et non des partis de classes antagoniques. Leur objectif était la libération nationale et non des luttes d’intérêts de classes.


(1) Lire ma contribution « La colonisation aurait été la civilisation nous instruit Mr FILLON »

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