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Moscou pourrait-elle supplanter Paris et Washington sur le terrain ?

La Russie au Sahel sous les yeux de Paris

10 novembre 2019 | 20:53
AfriqueRussie Par M’hamed Khodja


La Russie a les yeux rivés sur une coopération étroite avec les pays du Sahel, une région, toutefois, victimes de soubresauts sécuritaires et cherchant, en même temps, à s’extirper de ses défaillances économiques. Si ce regain d’intérêt s’inscrit dans une logique de renouveau de partenariat russo-africain, il met en lumière néanmoins une lutte d’influence entre Moscou et Paris, l’ancienne puissance coloniale dans cette région subsaharienne Les Etats-Unis ont aussi investi cette région au Niger et au Tchad sous couvert de la lutte antiterroriste. Est-ce dire pour autant que la Russie est en passe de supplanter la France et les Etats-Unis dans cette région sensible ? Il serait trop tôt de l’affirmer.

La quête de déploiement de Vladimir Poutine s’appuie sur trois postulats : les réalités géopolitiques du terrain, les intérêts économiques et énergétiques et le récit de la grandeur durant l’ère soviétique. En Afrique, la stratégie russe ne déroge pas à cette règle. Le forum Russie-Afrique de Sotchi, en octobre dernier, le premier du genre dans l’histoire contemporaine des deux parties, est l’illustration d’un renouveau que Moscou espère durable et basé sur le principe d’un partenariat gagnant-gagnant.
Partenaire majeur de la moitié des pays africains en matière d’armement, la Russie abat ses cartes au gré des événements et surtout de la sollicitation de ses partenaires africains.
Ainsi, en 2017, la Russie a signé un accord militaire avec la République Centrafricaine, un pays en proie à une guerre civile, mais néanmoins exemple-type de la « Françafrique » tant politique que militaire. L’implication des Russes dans l’accord entre le gouvernement de Bangui et les groupes rebelles, signé à Khartoum, a démontré les limites de la stratégie française dans ce pays avec la présence durable de forces françaises stationnées dans la base de Bangui et les soldats de la mission onusienne de la Minusca.
La signature à Moscou, le 26 juin dernier d’un accord de coopération militaire et sécuritaire entre la Russie et le Mali a été perçu comme un jalon supplémentaire dans la pérennisation de la présence russe au Sahel. Intervenant une année après un accord du même genre avec le Burkina Faso, cet accord semble rétablir les anciennes alliances entre l’ex-Union Soviétique et le Mali de Modibo Keita, le Burkina de Thomas Sankara et la Guinée de Sékou Touré.



Cooperation milutaire entre Moscou et Bamako en marche

Déjà, lors du forum de Dakar en 2017 sur la paix et la sécurité en Afrique, Moscou a demandé à intégrer le G5 Sahel à titre d’observateur. Son argument, la Russie est membre permanent du Conseil de sécurité de l’Onu. Est-ce pour autant suffisant pour prétendre à une stratégie impériale du même type qu’elle utilise en Syrie ? Le raccourci est peut-être trop rapide tellement les champs d’intervention sont complexes et les protagonistes différents.
Si la Syrie est un partenaire stratégique de la Russie (et auparavant l’ex-Union Soviétique), elle a octroyé des facilités militaires aux Russes dans la base navale de Tartus puis depuis 2014 à la base aérienne de Hmiyem. Au Mali, l’ancienne amitié avec l’URSS n’a pas évolué jusqu’à l’octroie de bases militaires aux Soviétiques et le basculement du pays en 2012 dans la guerre contre le MNLA et les groupes terroristes AQMI, MUJAO et Ansar Edinne n’a pas conduit à une intervention russe. Ce sont les Français qui sont intervenus avec les opérations Serval puis Barkhane tout en mettant sur pied des mécanismes sécuritaires d’intervention directe et/ou de sous-traitance local avec des initiatives de type G5 Sahel et le processus de Nouakchott.
L’activisme français obéit donc à une logique à la fois historique et d’intérêts politico-économiques. L’ancienne puissance coloniale dispose de relais important dans la sous-région du Sahel. Le retour de la Russie ne pourra pas déranger les intérêts de Paris, du moins à court terme.
La recrue d’essence des attentats terroristes au Mali démontre cependant les limites d’une politique française plus volontariste que réfléchie. En témoignent, les propos de l’ancien chef de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire, le général Bruno Clément-Bollée au micro de RFI en juin dernier. « Au Sahel, nous allions droit au mur », a-t-il déclaré, en ajoutant que « c’est une descente aux enfers, car au Sahel, la situation ressemble à celle de la Centrafrique, où des seigneurs de la guerre locaux se sont arrogés des fiefs dans lesquels ils règnent en maitres ». Le propos est dur, et le constat d’échec est sans appel !
La résolution du Conseil de sécurité de l’Onu N° 2227 du 29 juin 2015 qui prolonge le mandat de la Minusma (la mission des Nations unies au Mali), créée en 2013, insiste sur l’application de l’accord d’Alger de sortie de crise au Mali. La résolution 2480 du 28 juin 2019 « autorise », quant à elle, « les forces françaises à user de tous moyens nécessaires, dans la limite de leurs moyens et dans leurs zones de déploiement, jusqu’à la fin du mandat confié à la MINUSMA par la présente résolution, pour intervenir à l’appui d’éléments de la Mission en cas de menace grave et imminente, à la demande du Secrétaire général ». Autant dire que l’intervention étrangère dans cette région est laissée quasi exclusivement à la France et de manière officieuse aux Etats-Unis à travers leurs dispositifs de bases de drones pour la surveillance des activités des groupes terroristes au Sahel.
Justement ces deniers obéissent davantage à des logiques locales qu’à des desseins transnationaux comme ce fut le cas avec Al-Qaïda et surtout DAECH dont la matrice était dans un territoire à cheval entre la Syrie et l’Irak. Certes la déroute des ouailles d’El-Baghdadi dans l’ancien territoire du pseudo « Califat » est totale, cependant la migration des résidus terroristes vers la zone sahélo-saharienne n’est pas aussi systématique, mis à part une assez forte concentration en Libye.
C’est dire que l’implication future de la Russie dans la sous-région du Sahel n’est pas aussi simple. Les considérations géopolitiques en plus de celles plus réalistes que sont la politique, le local, l’économique et le culturel plaident pour le maintien de l’influence française, du moins à court terme, dans cette région. Sauf bouleversement spectaculaire, Moscou devra se contenter de jouer les seconds et même les troisièmes rôles après Paris et Washington, sans oublier que Pékin lorgne de loin !
 

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