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L’étrange rapport du département d’Etat US sur les détenus politiques en Algérie

22 avril 2018 | 23:27
Hocine Adryen

Pressions sur l’Algérie ?

Par un étrange raccourci sémantique, le département d’Etat US a qualifié, lors de son récent rapport sur la situation des droits de l’homme en Algérie les prisonniers, auteurs d’assassinats de civils, de militaires et de policiers, de détenus politiques.

Comme si les prisonniers de la mouvance terroriste d’El Qaida détenus depuis plus de dix ans au centre pénitencier de Guantanamo avaient eux aussi le statut de détenus politiques. Dans son rapport sur les libertés politiques le département d’Etat évoque, entre autres, des cas de détenus politiques : « Le gouvernement continue de nier que 160 personnes qui demeurent incarcérées depuis les années 1990 sont des prisonniers politiques, et a affirmé qu’ils ne sont pas éligibles pour être grâciés dans le cadre de la charte de Paix et de la Réconciliation, car ils ont commis des crimes violents durant le conflit interne », note le document qui ne précise pas de quels détenus il s’agit. Car, en dehors des anciens chefs terroristes du GIA, du GSPC ou d’autres groupes terroristes qui n’ont pas bénéficié de la grâce présidentielle, personne ne connaît réellement de détenus politiques en Algérie. Les derniers détenus politiques (Abassi Madani et Ali Benhadj) ont été libérés il y a plus de dix ans. Le premier a appelé au djihad, le second a conseillé aux algériens de stocker tout ce qui peut servir d’arme. Ces deux-là ne peuventplus peser sur la vie politique algérienne. Abassi Madani s’est exilé au Qatar et Ali Benhadj continue à faire l’apologie des groupes terroristes. A chaque fois, il est arrêté puis remis en liberté quelques heures plus tard. Par contre, les détenus d’opinion comme le général Benhadid, libéré depuis, ou les militants actifs de Ghardaïa, dont quelques-uns ont retrouvé la liberté, ne peuvent être assimilés à des détenus politiques. Le rapport mentionne clairement que ces prisonniers sont des détenus politiques.

Or que signifie ce concept ? Un prisonnier politique est une personne emprisonnée pour des motifs politiques, c’est-à-dire pour s’être opposé par des actions (violentes ou non) au pouvoir en place (autoritaire ou moins) de leur pays (internationalement reconnu ou non) et qu’il ne faut pas confondre avec un prisonnier d’opinion, emprisonné non pour avoir agi, mais pour avoir simplement exprimé ses opinions ou convictions. Les autorités du département d’Etat US ont-elles à ce point manqué de clairvoyance ?

Contrevérités et erreurs d’appréciation

Les autorités algériennes n’ont pas encore réagi à ce rapport qui classe ainsi des criminels parmis les détenus politiques. Le rapport ne cite pourtant aucun nom de détenu politique ni encore moins son appartenance idéologique. Les autorités algériennes semblent gênées aux entournures parce que le rapport évoque la liberté d’expression qualifiée de « restreinte » malgré une apparente liberté de ton. Selon le document, les atteintes aux libertés « sont étendues aux réseaux sociaux ». D’où le département d’Etat US a-t-il puisé ses informations pour avancer de tels propos ? Les rapports de tous les ambassadeurs ayant exercé en Algérie depuis plus de vingt ans n’ont jamais évoqué l’existence de détenus politiques. A moins qu’ils n’aient écrit cela dans des câbles tenus secrets. L’ex-ambassadeur Robert S. Ford, un diplomate qui a roulé sa bosse dans les capitales les plus « chaudes » du monde, lorsqu’il était en poste à Alger en 2006, a procédé à une étude approfondie des services de sécurité algériens et de son institution militaire. Le diplomate américain a rencontré dans la discrétion la plus totale de nombreux chefs des services secrets, de la DGSN et de hauts

responsables de l’armée algérienne. A partir de toutes ces rencontres, il dressera en 2007 une feuille de route remise au Département d’Etat américain sous l’administration Bush, avec l’orientation suivante : faire de l’Algérie le « Pakistan » de l’Afrique, à savoir l’allié militaire au Maghreb et dans le Sahel. L’objectif du diplomate américain était de pousser les autorités algériennes à renforcer leur coopération militaire avec les Etats-Unis, et de mener le plus régulièrement possible des opérations sur le terrain, à condition toutefois que l’Algérie s’aligne sur le programme politique américain dans la région. Un plan qui n’a pas soulevé l’enthousiasme des décideurs algériens, tandis que Robert S.Ford louait l’Algérie comme étant un précieux rempart contre l’avancée de l’islamisme radical dans la région, d’autant que le diplomate américain craignait un développement dangereux du fanatisme en Algérie, en Mauritanie, en Libye, ainsi que dans les pays du Sahel.

Cette option devait contraindre les dirigeants algériens à des concessions pour se conformer à l’agenda américain. Depuis 2014, Joan Polaschik, ancienne ambassadrice des Etats-Unis à Alger, a tout tenté pour concrétiser ce projet mais ne réussit à convaincre personne en Algérie, qui se méfie de l’Amérique, et qui demeure attachée à ses relations militaires particulières avec la Russie. Joan Polaschik peinera à organiser des rencontres fructueuses entre les militaires algériens et américains. D’où ce rapport plein d’erreurs d’appréciation et de contrevérités. Les USA ont-ils décidé de punir l’Algérie ? Tout porte à le croire.

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