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L’absentéisme bat tous les records dans les écoles de Ghardaia

20 février 2018 | 19:49
Education Aissa Hadj Daoud


Avez-vous déjà entendu parler des enseignantes ou enseignants présents-absents à Ghardaïa ? Il ne s’agit pas d’une énigme mais d’une évidence qui n’a pas été prise en considération par la direction de l’éducation de la wilaya.


L’enseignant présent-absent est celui qui vient à l’heure, marque sa présence et, une fois en classe, loin des yeux du directeur, délaisse ses élèves et se livre à toutes sortes d’occupations sauf, bien sûr, celles pour lesquelles il est payé. Des enseignantes qui sont trop préoccupées par leur grossesse en plein cours ou encore celles qui quittent carrément la classe et disparaissent dans la nature pour ne réapparaître que le lendemain est devenu quasi normal pour de nombreux élèves. Meriem, mère d’une élève à l’école primaire Hassiba-Ben Bouali, témoigne : « Bien que suivant assidûment ses cours de français, ma fille Aicha souffre de grandes lacunes dans cette matière. Et pour cause, son professeur, au lieu d’exercer ses fonctions, est toujours en retard ou s’absente souvent. Quand elle est présente, elle passe son temps à discuter à bâtons rompus avec ses collègues. Pour rattraper ce temps perdu, je suis obligée de lui expliquer ses leçons à la maison. Autant dire que je fais tout le travail à la place de l’enseignante.


La semaine prochaine marquera le début des examens du deuxième trimestre de l’année scolaire 2017/2018 dans les paliers du primaire, du moyen et du secondaire. Dans certains établissements d’enseignement public à Ghardaïa, c’est toujours pareil. Des élèves sortent en nombre de leurs classes et reprennent le chemin de la maison à 8 heures passées de quelques minutes seulement. « Il n’y a pas de cours jusqu’à nouvel ordre », nous disent-ils, sans chercher, pour certains, à dissimuler leur joie pour l’« heureuse » nouvelle qui vient de tomber. Ce genre de comportement est devenu une chose banale et tolérée, aussi bien par la direction de l’éducation que par les directeurs des établissements.


Et ce ne sont pas les prétextes qui manquent pour justifier cela : l’enseignante de français enceinte qui est tombée soudainement malade, l’enseignante de langue arabe qui est allée accoucher, celle de sciences naturelles qui habite trop loin, et la liste est loin de s’arrêter là. L’absentéisme des enseignantes a pris des proportions alarmantes dans le secteur de l’enseignement public au sein de la wilaya de Ghardaïa.


Chaque jour que Dieu fait, Omar, élève en 3e année au CEM Rabie-Ibn Habib, revient de l’école avant l’heure, avec toujours la même phrase en bouche : « Notre professeur de français s’est encore absentée aujourd’hui. » Ses parents, à force d’entendre ce refrain, plusieurs fois par semaine, ont fini par s’y faire. Pourtant, il s’agit bel et bien d’une situation irrégulière et anti-pédagogique. Qu’un enseignant s’absente pour des motifs valables ou pas, de temps à autre, est une chose tout à fait compréhensible. Ce qui ne l’est pas, par contre, c’est que sa place reste vacante et que ses élèves soient pénalisés. Si ces derniers jubilent à chaque fois qu’il n’y a pas de cours, c’est aux adultes (parents d’élèves) de mesurer toute la gravité de la situation et de réparer les dégâts causés. Ceux-ci sont considérables, l’effet boule de neige aidant.


« Tout compte fait, le total des heures d’absence des enseignants sur tout le territoire national équivaut annuellement à plus de deux siècles », nous confie Si Mohamed, ingénieur à la retraite et parent d’élève au collège, Rabie-Ibn Habib. Pis encore, ce temps perdu n’est jamais compensé. Résultat : à la fin des examens du premier trimestre, pour masquer ses absences, l’enseignante de français au collège Rabie-Ibn Habib, pour masquer ses


absences, a eu l’idée d’octroyer à tous les élèves de sa classe une note moyenne commune de 10/20. Ainsi, à la fin de l’année scolaire, les élèves se retrouveront avec un lourd déficit et, dans bien des cas, ils n’arriveront même pas à achever leurs programmes scolaires.


Devant une telle situation, pour le moins étrange, Si Mohamed nous révèle contrarié : « Il est temps d’agir. Aux grands maux, les grands remèdes. La ministre de l’Education nationale est tenue de sortir sa grande artillerie pour mener une enquête et lutter contre le phénomène de l’absentéisme de ces enseignantes enceintes ou malades, et ce en élaborant un profond remède et un projet pilote de sécurisation du temps scolaire au sein des établissements. Ce projet bien étudié, qui devra être basé sur une batterie de mesures d’ordre technique, administratif et pédagogique, vise à sécuriser et à optimiser le temps scolaire qui doit être généralisé le plus tôt possible à travers tous les établissements d’enseignement du pays. »


Il ajoute avec amertume : « Afin de sauver la scolarité des élèves, tous les établissements d’enseignement scolaire public de Ghardaïa sont tenus d’afficher les listes exhaustives du personnel administratif et pédagogique y travaillant afin de pouvoir démasquer les fonctionnaires et les enseignants fantômes. » De même, dit-il, « toutes les informations relatives aux absences doivent être systématiquement affichées d’avance pour prévoir un remplacement méthodique, et ce en éditant le nom, motif, date de reprise et même le nom du remplaçant ».


Cependant, le défi principal à relever n’est pas seulement de réduire le taux d’absentéisme du staff pédagogique mais aussi de faire en sorte que les heures perdues du temps scolaire soient rattrapées. « L’objectif est de passer à une approche administrative pure et simple, axée sur un bon recrutement et le choix adéquat de l’enseignante ou de l’enseignant que l’on doit affecter dans telle ou telle école. C’est dans cette logique qu’il va falloir prévoir et exiger la compensation des heures d’absence enregistrées par tous les moyens qui conviennent ».


 


Sauf que sur le terrain, à Ghardaïa, cette théorie est mise à rude épreuve. Et pour cause, le déficit énorme dont souffre la direction de l’éducation concernant l’affectation appropriée des enseignants et enseignantes ainsi que, dans la plupart des établissements scolaires, concernant les ressources humaines, rend tout simplement fantasmatique toute tentative de rattrapage du temps perdu. Au sein de certains établissements scolaires à majorité mozabite, la situation est encore plus désastreuse. Au manque flagrant de ressources humaines (enseignants, surveillants) s’ajoutent le phénomène des retards et des congés de maternité qui favorisent amplement l’absentéisme des enseignantes en particulier. « Ce qui est grave, c’est qu’il n’y a personne pour éradiquer cette anarchie et faire régner l’ordre. Le directeur de l’éducation lui-même est impuissant lorsqu’il s’agit de faire respecter le règlement », raconte Meriem, la mère d’une écolière à l’école primaire Hassiba-Ben Bouali. Le contrôle, la sanction mais aussi la responsabilisation et la motivation semblent être les clés d’une lutte efficace contre l’absentéisme des enseignantes mais, sur le terrain, c’est une tout autre histoire.

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