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L’État à l’épreuve du temps et des mutations sociales (4e partie)

8 novembre 2017 | 20:06
Safi Benaissa

D’ailleurs la réélection du président Bouteflika montrerait que le régime arrive à mobiliser une clientèle qui couvre les principales forces politiques du pays – sans commentaire –. La constitution des réserves de change est considérée comme une politique aléatoire « et non prudentielle « .

En résumé, des constats négatifs sur la politique économique et industrielle de l’Etat algérien qui serait néo-patrimoniale :

- Nature rentière de l’économie algérienne qui tournerait le dos à l’économie productive.

- La NSI illustre la rupture entre un discours politique volontariste et l’atonie des réformes effectives : elle devait déterminer la politique industrielle des 15 prochaines années (dès 2018) après deux ans de stagnation.

Elle aurait permis l’émergence d’un secteur productif qui aurait débouché sur la diversification des exportations. Mais qui est derrière cet état néo-patrimonial et qui a porté un coup d’arrêt à la NSI : c’est l’armée, assure-t-on.

Pourquoi ? C’est le seul corps qui peut réellement imposer ses vues en Algérie ; les investissements dans le secteur industriel ne serviraient pas leur intérêts ; le placement financier assurant des revenus à court terme lui est préféré (!?).

Elle continue donc son rôle primordial. Mais parallèlement est soutenu que la NSI a divisé les acteurs de la sphère économique sur la place que doit occuper l’état dans le développement économique et social. Son échec serait dû à deux facteurs : le degré d’interventionnisme de l’Etat et la relation avec les partenaires étrangers.

Ces derniers s’opposent à l’intervention étatique au nom du privièlge de libre concurrence -l’exemple viendrait du conflit qui oppose l’Etat Algérien à l’Union Européen –. Au nom du patriotisme économique on mobilise un discours nationaliste !

La messe est dite : « c’est la protection des intérêts nationaux par l’Etat algérien que lui vaut cette inimitié « . Pourtant Yves Lacoste -en communion avec d’autres économistes- avait déjà révélé et précisé qu’ « une des premières tâches que se fixent généralement les gouvernements -sous-développés est d’assurer l’indépendance économique de leur pays, et ceci, non pas comme il est souvent dit, pour sacrifier à un nationalisme xénophobe, mais pour supprimer un des facteurs essentiels du sous-développement ».

Et plus loin « leur dépendance se marque par leur subordination à l’égard du marché extérieur et à ses fluctuations, par la place qu’occupent les capitaux étrangers dans des activités productives dont une fraction importante des profits est transférée « ajoute-t-il en substance.

Ces phrases nous rappellent le cri d’alarme lancé dans le discours du 26/07/2008 par le président de la République M. Abdelaziz Bouteflika -qui avait heurté une certaine opposition-.
Malgré cet aveu, que les partenaires étrangers partagent en sourdine, la thèse de l’Etat néo-patrimonial redistributif de la rente pétrolière et générateur de rentes spéculatives est privilégié, à celle qui se fixe un objectif de modernisation comme « étape historique « selon le concept de S.M. Eisenstadi, parce qu’il n’aurait pas assuré le développement économique et le maintien de la paix civile (pendant les années 1990) – comme si l’Etat algérien vivait en vase clos et qu’il lui suffisait de quelques « recettes miracles « pour réussir ce que l’occident n’a pu réaliser qu’au bout de plus de cinq siècles, depuis la Renaissance-.

En conclusion, cette étude réaffirme que c’est la continuité de la domination du champ politique sur l’économie qu’exercerait l’état néo-patrimonial qui est la cause de l’échec du développement.

Autant l’économie administrée, que l’économie socialiste avec son modèle de l’industrie industrialisante, que les réformes mise en place à partir de 1986 -qui n’auraient pas modifié la répartition des richesses et permis une économie de production- ne peuvent rendre compte de la défaillance économique algérienne sans cette gestion privative particularisée et personnalisée.

Une économie productive, ne peut se mettre en place que si le secteur privé officiel s’autonomise et obtient les moyens de se développer : un marché du crédit, du change, des valeurs immobilières du foncier, de tous les fondamentaux d’une économie de marché adossés à des lois de l’État et du marché sans exclusive. Aussi elle est conditionnée par la remise en question du régime actuel en prenant deux formes, que :

- Le pays connaisse une seconde crise de la rente pétrolière.

- Des acteurs autonomes de l’État s’organisent pour contester le régime en s’érigeant comme un groupe concurrent par la mise en place d’un régime démocratique : ils peuvent être issus du secteur privé ou de syndicats indépendants dans la fonction publique.

Cette conception de l’économie productive est un fac-similé de l’organisation économique occidentale qui n’a été possible qu’au bout d’un long processus d’accumulation de savoir-faire avec des échecs et d’ajustements successifs sur le long terme.

C’est une niaiserie de faire croire qu’une crise, de quelque nature soit-elle, puisse engendrer un groupe concurrent -organisation syndicale ou patronale-, qui serait en capacité de manière spontanée, d’ériger le modèle occidental.

Soyons pragmatique et examinons cet argumentaire qui appuie la thèse de la forme néo-patrimoniale de l’État algérien en opposant nos objections sur le plan politique, économique et sur la nature du pouvoir.

Argumentaire fallacieux pour soutenir la forme néo-patrimoniale

a) Au plan politique.

Pour soutenir et étayer leur thèse de la forme néo-patrimoniale de l’État algérien :

1- Ils nient le caractère fasciste du mouvement fondamentaliste (le FIS) qui voulait accéder au pouvoir par la grâce démocratique – qui sera déclaré « kofr « après la prise du pouvoir – en qualifiant l’arrêt du processus électoral de coup d’État qui aurait remis en cause la démocratisation. Ce raccourci est plus commode pour les rendre plus crédibles.

2- La dénonciation de la campagne présidentielle ne repose sur aucun fait probant.

3- En quoi le discours de réconciliation nationale pour restaurer l’unité du corps social après une décennie noire pourrait être répréhensible ? A-t-il remis en cause la liberté politique ? Ou est-ce que c’est la paix civile qui dérangerait ?

4- Effectivement le spectre de la décennie noire a eu un effet pacificateur et la vie politique continue son cours, l’alternance politique tient à la capacité des partis politiques d’être l’alternative politique.

5- Si le discours nationaliste dans le domaine de l’économie est porteur c’est qu’il est en phase avec le sentiment populaire.

6- Qui d’autre que l’État pourrait avoir un contrôle régulateur de l’économie ? -Comme dans tous les autres pays-, peut-être devrait-il s’effacer au profit de l’économie étrangère ?

7- L’émergence de groupement politique et de syndicats autonomes avec le secteur privé, serait le meilleur signe que la société algérienne est en formation et confirmerait son évolution vers une maturité politique et démocratique qui lui donnerait plus de vigueur dans une relation plus autonome mais coopérative avec les autres nations.

Au plan économique

- L’absence de retour sur investissement a consacré l’échec du modèle de développement par l’industrie – à laquelle ont été consacrés de gros investissements-, nous dit-on.

Cet amalgame entre un modèle de développement -qui aurait généré une cascade d’industries- (dont l’échec est technologique), et le manque de profit malgré les investissements est sciemment fait pour soutenir le caractère rentier de l’État.

Pour entretenir la confusion on s’appuie sur Keynes pour lui faire dire « c’est l’épargne qui alimente l’investissement qui a son tour produit le profit « -théorie économique universelle-.

La théorie de Keynes a été produite dans un contexte économique particulier en Angleterre et en Europe qui disait en substance que c’est par « la demande qu’on crée de la croissance à une période où des facteurs de production étaient oisifs « .

Une demande initiée par l’État, pour faire tourner des moyens de production existant (usine, maîtrise technique, ressource humaine formée...etc.) et les développer.

- » Par la rente l’État s’autonomise de la production nationale « cette affirmation est pour le moins incongrue. Par quel contresens un état n’encouragera-t-il pas la production. Courrait-il à sa perte de manière délibérée ; même en abondant dans le sens de sa nature rentière, la croissance du profit ne lui aurait-elle pas assuré le sien ?

- L’autre aberration : le partage de la rente pétrolière au sein de la population garantirait la cohésion sociale (tout le monde est corrompu) -c’est pour ne pas reconnaître la politique sociale de l’État algérien-.

La baisse de la rente entraîne la rupture du pacte social et comme après 86, le régime se maintient par les armes. Rhétorique simpliste qui balaie toute vie économique et sociale au sein de la société où il y aurait absence totale de tension sociale et culturelle, rapports socio-économiques inexistants -une société amorphe-. Stupide !

- Les investissements dès 2000 pour la réalisation des grands travaux d’infrastructures et d’équipements, de constructions de logements, de développement et d’alimentation de la population en énergie électrique, gazière et en eau etc.… sont une opportunité de conserver une clientèle politique, les marchés publics et les privatisations étant des occasions de créer des rentes spéculatives. Rien de positif.

Toute activité économique est appréhendée comme source de profits particuliers, aucune rationalité. Il faut être un opposant invétéré pour noircir tous les faits sociaux et économiques.

L’argument opposé à l’armée selon lequel les investissements ne serviraient pas leurs intérêts, « le placement financier assurant des revenus à court terme lui est préféré « n’est qu’une élucubration d’esprit malintentionné.

Une simple visite dans les usines militaires et les ateliers de montage et de fabrication mécanique et de production de véhicules autant pour les besoins de la logistique militaire que des voitures de tourisme, tournerait en ridicule toutes ces affirmations pour la consommation d’une opinion crédule ou non informée.
L’évolution du secteur privé dans la formation sociale comme ingrédient du levain qui va amplifier sa transformation.

Introduction

Le travail d’étude et de recherche sur l’économie et l’industrialisation de l’Algérie a nié l’existence du secteur privé pendant la période de l’économie administrée et pratiquement toute la décennie des années 1990. Il l’effleure à peine pendant les années 2000.

Pour la rendre vraisemblable, il assimile le cas algérien à celui des pays de l’Europe de l’Est pour lesquels Kornaï avait élaboré une théorie qui décrivait les mécanismes qui avaient donné naissance au secteur informel.

Le parallèle est trop commode : l’Algérie était un pays collectiviste tout comme les pays de l’Est, donc les pratiques sont les mêmes. Facilité intellectuelle ou arguments spécieux ?

Le secteur informel qui préexistait du temps de l’occupation était toléré dans l’activité commerciale -surtout de proximité pour les autochtones- et artisanale dans les anciens quartiers ou certaines régions de l’intérieur dont la vocation est traditionnelle -en Kabylie et les Hauts-Plateaux et même le Sud Ghardaïa-.

Au lendemain de l’indépendance elles ont évolué et se son imbriquées ou fondues avec les secteurs privés formels par l’échange et la complémentarité -l’un devenant le client ou le fournisseur de l’autre-.

Evolution

L’histoire socio-économique de l’Algérie ne peut être assimilée à celle des pays de l’Est même si elle avait opté pour une économie administrée. Sortie d’une domination politique et économique de plus d’un siècle, déstructurée, elle n’en a pas moins subi un héritage socio-économique qui a imprégné une société qui, malgré l’adversité, a conservé ses traditions socioculturelles.

Au sein de cette population, pendant l’occupation, s’est formée une petite bourgeoisie commerçante et manufacturière tolérée mais encadrée, servant comme allié conjoncturel au grand capital colonial.

Comptant 1554 (environ) algériens l’industrie manufacturière activait dans l’habillement et l’agroalimentaire, avec un matériel souvent réhabilité, à la marge des industriels européens. A côté d’elle existait une petite classe de commerçants et d’artisans dont la plupart exerçaient dans l’informel.

Au lendemain de l’indépendance, ces deux groupes ont élargi leurs cercles par la récupération et l’occupation du patrimoine colonial -le moins visible- (magasins de commerce, restaurants, hôtels ect…) ou dans des activités spéculatives.

Cette bourgeoisie qui, pendant la révolution s’était ralliée au mouvement d’indépendance, s’était investie dans le circuit économique naissant.

Elle s’est adaptée et a été insérée dans le projet national comme modèle différencié, subordonné au secteur d’état, participant au développement industriel et économique du pays.
Encouragé par la nouvelle réglementation -code des investissements de 1966 – le secteur privé va élargir et consolider sa position en respectant l’obligation de ne pas concurrencer les secteurs économiques de l’État.

Cette relative expansion a permis à ce secteur de contribuer à dynamiser la vie économique par la création de plus d’un million d’emplois entre 1969 et 1978, améliorant le pouvoir d’achat que la gratuité des soins et de l’enseignement -assurée par l’État – a galvanisé.

Il a pris une part importante dans la production de certains biens qui lui ont généré du substantiels profits dans les branches du textile, de la chimie, du plastique, de la bonneterie, confection de la chaussure, cuire, bois, ameublement, l’agroalimentaire, ainsi que dans les travaux du bâtiment et les travaux secondaires des BTP du secteur d’État.

Après une certaine stagnation due aux conséquences idéologiques de la chartes de 1976, l’ouverture économique qui s’est amorcée dès 1979, ce secteur a été reconnu comme force économique et sociale, s’intègre dans la logique des réformes économiques de l’État et bénéficie d’un transfert de valeur du secteur public : il se bonifie par la permutation d’hommes politiques, fonctionnaires, cadres supérieurs ou de mains-d’œuvre spécialisées à son profit.
Par ailleurs, des avantages fiscaux lui sont accordés avec facilités d’accès aux crédits bancaires.

Nous donnons à titre indicatif la part de sa valeur ajoutée dans la valeur globale nationale en 1984, 29,1 % Relevons son importance, déjà du temps de l’économie administrée.

Les réformes de 1988 et le code des investissements de 1993 lèvent les contraintes et restrictions qui lui étaient imposées, l’intégrant de plein droit dans l’économie du marché.

Mais la mise en place des mécanismes de l’économie de marché avec l’application de l’ajustement structurel a rendu la conjoncture économique -et politique avec la tragédie nationale – difficile et douloureuse ; une bonne partie d’opérateurs économiques n’ont pu résister à la concurrence internationale – après leur monopole sur le marché national- et ont, soit disparus pour certains, soit ont grossi l’informel – profitant de l’insécurité – pour d’autres.

Les plus résistants parce que mieux structurés se sont modernisés et se sont réadaptés. Dès l’embellie des années 2000 à 2015, l’essor de ce secteur a pris une grande ampleur.

L’investissement public et la politique sociale ont multiplié la consommation dont la demande a créé son offre par une création croissante et jamais égalée d’entreprises privées. Cette hausse s’est amplifiée par la création de TPE grâce aux mécanismes d’aide aux jeunes (ANSEJ) et aux chômeurs (CNAC) que la liquidation de certaines entreprises publiques a laissé en rade.

Elles contribuent aujourd’hui au PIB hors hydrocarbures à 80 %.
Ce secteur est représenté par des organisations patronales qui se sont formées progressivement depuis plus de 20 ans, et se sont imposées comme partenaires incontournables du gouvernement avec l’UGTA. Elles sont devenues une force sociale indispensable pour le développement économique et social et, qui corrélativement assure leur pérennité.

Rôle actif du secteur privé

Nous avons vu plus haut que le secteur privé a toujours été présent dans la vie économique algérienne en accompagnant le secteur d’État.

L’étude consacrée au pouvoir d’État a tronqué cette présence pour l’orienter vers une démonstration de la position que ses auteurs ont affichée : un pouvoir néo-patrimonial.

Son existence objective bat en brèche toutes les spéculations faites autour de la rente spéculative avant les réformes et sur la prédation des actifs de l’État tout au long de la privatisation ou du rôle actif dans le prélèvement de la rente par la protection du marché national.

Historiquement ce secteur a exercé en parallèle avec l’économie dirigé. Idéologiquement il n’était pas en contradiction avec elle. En effet, en Algérie le socialisme n’avait pas été le produit d’une lutte de classes, il était porteur d’une politique sociale en phase avec une attente populaire largement partagée.

L’idéologie qui le sous-tendait se différenciait de celle d’une société algérienne où se conjuguent des valeurs de traditions culturelles arabo-musulmanes trempées par une modernité mal assumée et une aspiration/revendication d’une justice sociale que l’exploitation d’une longue occupation a exacerbé.

C’est dans ce contexte que la bourgeoisie commerçante et industrielle – l’une alimentant l’autre – « constituait une classe discrète avec son idéologie propre même si on lui contestait son existence « .

Elle s’est insérée dans une société qui ne lui était pas hostile. Par sa capacité de financement et de son potentiel capital technique – ou la détention des moyens de production – l’Etat est devenu le premier entrepreneur du pays pour se lancer dans le développement.

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