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Karim Sayad : « La notion du sacrifice est essentielle dans l’imaginaire algérien… »

6 juin 2018 | 19:17
Propos recueillis par Fadhel Zakour




Des moutons et des hommes de Karim Sayad est un film-documentaire de 78 minutes.
Il revient sur un phénomène notoire dans les quartiers populaires, à savoir les combats de moutons. Tourné essentiellement sur les hauteurs de la Carrière (Bab El Oued), ce documentaire suit le quotidien de Samir, 42 ans, qui survit en vendant des moutons. Quant à Habib, un adolescent de 16 ans, dresse son bélier “El Bouq” pour qu’il participe à des combats. Ces gens, malgré leur piètre condition de vie ont su trouver un exutoire à travers cette forme de sport. Dans cet entretien, nous avons décortiqué avec le réalisateur les dessous de ce travail qui montre une passion hors du commun, mais surtout une minorité qu’on voit rarement à l’écran.


Comment avez-vous eu l’idée de partager le quotidien des ces hommes réunis autour d’une passion, à savoir les combats de moutons ?


Deux éléments m’ont amené à faire ce film documentaire : lors de mes vacances à El Harrach en 2010, je marchais avec un cousin avant de croiser un individu qui se promenait avec un mouton. Ne connaissant pas le phénomène des combats, je me renseigne sur ce jeune. C’est alors que j’ai découvert l’univers des Kbabchia et leurs pages sur Facebook. Un univers parallèle que j’avais envie d’explorer en somme. Les combats de moutons n’étaient pas ma passion. Cet univers m’a cependant intéressé de par le potentiel métaphorique que représente le mouton en tant qu’animal : je pouvais l’utiliser comme porte d’entrée pour partager le quotidien des quartiers populaires d’Alger avec le public. À travers ces combats, je voulais faire le portrait de « zawali » qui est trop peu ou mal représenté dans les films algériens.

Pensez vous que l’incapacité des gens à exprimer leurs ressentis est derrière l’émergence de ce phénomène ? Autrement dit, peut-ont parler d’une affirmation de soi pour les individus livrés à eux mêmes ?
Je pense que les combats de moutons, à l’instar de nombreux combats d’animaux dans le monde, restent un phénomène universel et vieux comme le monde. En fait, il n’y a pas de particularisme algérien. Mais en ce qui concerne la mise en scène et le degré d’intensité concernant l’implication des Kbabchia dans leur passion. J’estime que dans d’autres cadres de la société, ce phénomène permet d’entrevoir chez les personnages des traumatismes dus à la situation économique, sociale, culturelle et à l’histoire récente de ce pays. Donc, les combats de moutons peuvent représenter un défouloir, une soupape pour se soulager de nombreuses frustrations.


On a beau découvrir le revers de la médaille à travers des citoyens vivant dans des quartiers populaires. Mais ces derniers ont su trouver des loisirs. Quel regard portez-vous sur cette inventivité ? 
Elle me fait penser à une chose ; que si le système faisait un peu plus confiance à son peuple, les personnages de mon film iraient mieux. Que si ce système encourageait cette inventivité au lieu d’en avoir peur, Habib, un des personnages de mon film, serait en train de devenir vétérinaire. Quant à Samir, l’autre protagoniste ne se serait pas fait détruire son étable par la mairie.


Dans ce film documentaire. Le sacrifice du mouton se mêle au sacrifice humain, c’est le cas de Samir qui vend des moutons pour subsister…


La notion du sacrifice est essentielle dans l’imaginaire collectif algérien. Il faut dire que ce pays est né après un sacrifice originel très violent, qui je pense agit très fort sur l’inconscient collectif jusqu’à aujourd’hui. Ce que j’ai essayé de faire avec le film, en partant du sacrifice du mouton, c’était d’élargir la réflexion sur cet inconscient collectif... Le sacrifice est parfois nécessaire et noble, mais parfois il est instrumentalisé pour des intérêts plus particuliers.



Karim Sayad

La thématique est purement masculine. Est-ce que l’environnement tendu des quartiers populaires justifie l’absence de la gent féminine ? 


J’ai fait un film documentaire, et par conséquent, je pose un regard sur une réalité. La réalité des combats de moutons est exclusivement masculine, que cela nous plaise ou non. Après, on sait également que dans ces quartiers comme dans de nombreux autres endroits du pays, il y’a une répartition spatiale assez hermétique pour chacun. La rue appartient aux hommes, et les femmes sont à l’intérieur. Le film le constate, et à titre personnel je déplore ce constat. Mais vouloir placer des femmes dans le film, à une place que la société leur interdit aurait travesti cette réalité.

Des moutons et des hommes. Une recherche de soi et de la vie ? 
Vaste question. De manière plus terre à terre, le film fait le portrait de deux personnages de cinéma, qui cherchent à exister dans une société qui leur met beaucoup de bâtons dans les rues. Leur lucidité souvent, leur naïveté parfois, leur résilience et leur capacité à s’investir à fond pour leur passion m’a ému et donné envie de la faire partager avec un maximum de spectateurs.

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