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Hémochromatose : une découverte qui pourrait améliorer sa prise en charge

8 mars 2017 | 18:01

Des travaux préliminaires suggèrent que chez les patients atteints d’hémochromatose, le niveau de saturation de la transferrine, molécule de transport du fer dans l’organisme, pourrait être aussi important à prendre en compte que le taux de ferritine.
L’hémochromatose est une maladie génétique qui se caractérise par une absorption excessive du fer alimentaire au niveau de l’intestin. Une hyperabsorption qui détruit peu à peu les organes, ce qui peut à terme avoir de graves conséquences (cirrhose, cancer du foie, insuffisance cardiaque). Selon l’association hémochromatose France, il s’agit de la première maladie génétique dans le pays, qui concerne un Français sur 300.

La principale anomalie génétique en cause dans cette maladie concerne des mutations sur le gène HFE indispensable à l’expression correcte de l’hepcidine, une protéine synthétisée par le foie qui contrôle l’absorption intestinale du fer. Outre les symptômes évocateurs (fatigue, pigmentation de la peau, arthrite atypique), le médecin demande au patient de procéder à une prise de sang pour contrôler un paramètre crucial : la concentration en ferritine, la protéine qui stocke le fer dans les cellules.
Celle-ci peut atteindre 200 microgrammes par litre de sang chez la femme hémochromatique et 300 microgrammes chez l’homme. Mais une équipe de chercheurs de l’Inserm vient de montrer que le taux de ferritine n’est pas le seul indicateur qui peut révéler la surcharge en fer chez ces patients. Ces derniers se sont intéressés à un autre acteur du métabolisme du fer : une molécule du nom de transferrine.

Deux paramètres cruciaux pour contrôler les malades
Dans l’organisme, cette molécule capte et transporte le fer jusque dans les cellules, où il est ensuite stocké par la fameuse ferritine. Mais un excès de fer provoque une saturation des molécules de transferrine, débordées par la demande, ainsi qu’une élévation de la concentration de ferritine, et c’est pour cela qu’elle est considérée comme révélatrice d’un stock trop important en fer.

« Chez des sujets sains, une molécule de transferrine est saturée à hauteur de 40 à 45% environ. Mais chez les malades, ce taux peut atteindre 80, 90, voire 100% de sorte que le fer s’accumule dans le sang et génère des formes de fer libres, toxiques pour les cellules. », explique explique Edouard Bardou-Jacquet, responsable des travaux.

Les scientifiques ont donc voulu savoir si cette saturation de la transferrine peut constituer un autre indicateur de l’état de santé des malades, indépendamment du taux de ferritine. « Il est tout à fait possible que les stocks de fer ne soient pas démesurés, mais que le trafic du fer dans l’organisme soit quant à lui très important et associé à des symptômes », ajoute le chercheur.

Les taux de transferrine et de ferritine faiblement associés
Pour le vérifier, ils ont effectué une analyse auprès de 266 patients suivis pendant treize ans et demi. Des prises de sang ont été réalisées tous les six mois et en parallèle, les patients ont rempli un questionnaire d’évaluation de leurs symptômes (capacité sportive, aptitude au travail, libido, présence de douleurs articulaires). En comparant les taux de ferritine et de saturation de la transferrine, les chercheurs ont constaté que ceux-ci n’étaient que faiblement corrélés.

Par exemple, chez les patients qui présentaient un taux de ferritine normal soit inférieur à 50 μg/l, des niveaux de saturation élevés ont tout de même été retrouvés dans 26% des échantillons. Mais surtout, le niveau de saturation de la transferrine est bien corrélé à une aggravation des symptômes, qui apparaissent en moyenne après six ans d’exposition à des niveaux élevés de fer, indépendamment du niveau de ferritine.

Et plus le niveau de saturation de la transferrine est important, plus ce temps se réduit : il peut tomber à 8 mois pour une saturation de plus de 75%. Une découverte qui pourrait modifier la prise en charge de l’hémochromatose dans les années à venir. Actuellement le traitement repose sur des saignées réalisées tous les trois à six mois, pour réduire le taux de fer dans le sang, et ainsi les dépôts de ferritine dans les organes.

Mieux évaluer le rythme des saignées
Le rythme est fixé selon la concentration de ferritine, l’objectif étant d’atteindre un taux inférieur à 50 μg/l. Mais chez une fraction de patients, les symptômes persistent voire s’aggravent malgré le bon contrôle de ce facteur. « La saturation de la transferrine semble être un indicateur supplémentaire à prendre en compte. Chez les sujets concernés, il faudrait probablement augmenter le rythme des saignées », explique Edouard Bardou-Jacquet.
Les chercheurs souhaitent maintenant approfondir cette piste dans le cadre d’une étude clinique qu’ils espèrent débuter en 2018. « Cela permettra de vérifier si, en abaissant le niveau de saturation de la transferrine à moins de 50%, en plus d’une ferritine inférieure à 50 μg/l, nous parvenons à contrôler les symptômes chez tous les patients », conclut Edouard Bardou-Jacquet.

Si les résultats confirment cette hypothèse, il faudrait alors modifier les recommandations actuelles de prise en charge pour intégrer ce nouveau facteur. Il est d’autant plus important que ce traitement de référence gagne en efficacité car il n’existe pas encore de médicament permettant de guérir de l’hémochromatose.

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