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Angle mort

Folle indépendance

18 février 2018 | 19:32
Chorfa Abdelaziz Chorfa


L’été 62, et encore plus pendant l’été 63, la terre algérienne, libérée, donna d’un coup ce qu’elle avait dans le ventre, retenu pendant des années et des années : la production céréalière atteignit des niveaux record.


Les paysans s’extasiaient et remerciaient Allah de saluer l’Indépendance de manière si généreuse.


En réalité, c’était dû au repos forcé imposé à la terre pendant toutes ces années où notre population rurale fut malmenée, parquée, déplacée et déracinée.


D’un coup, la terre se gorgea de blé, d’orge, de fruits savoureux et éclatants.


L’indépendance était un rire sonore qui courait de montagne en plaine et la nature participait à la joie.


Mais la longue nuit achevée, le jour se leva aussi sur des épaves qui venaient d’échouer sur le rivage après plus d’un siècle d’horreurs.


L’Algérie révéla ses blessures profondes : sa chair blessée et son âme torturée apparaissaient aux yeux de tous.


Une vague aussi puissante que les flots de blés dansant sous le soleil s’abattit sur nos villes et villages. Une armée de folles et de fous envahit nos rues.


Toutes ces femmes et ces hommes dont on avait tué le fils, violé la fille ou abattu le mari et le frère, erraient dans les marchés, devant les épiceries et sur les places des villages.


Tous ces hommes et ces femmes qui ont assisté impuissants au massacre de leur dechra, de leur douar ou de leur famille, souriaient stupidement à des passants hilares et sans empathie aucune.


Les enfants leur jetaient des cailloux, les tiraient par leurs vêtements puis s’enfuyaient en hurlant.


Toutes les familles étaient touchées et le nombre de handicapés atteignait des sommets. C’était normal pour un pays fraîchement sorti de la guerre après avoir profité des « bienfaits de la colonisation ».


L’Algérie d’aujourd’hui, « indépendante », vivant dans « la fierté et la dignité », cette maison à l’adresse illisible, subit le handicap total et généralisé : environ un dixième de la population est handicapé malgré des années de liberté et les bienfaits de l’indépendance, soit la proportion qu’on constate dans un pays en guerre.


Un océan de poliomyélitiques, de bossus, de personnes difformes et dépressives ou proprement démentes vit et survit dans un Etat qui ne leur accorde aucun respect, aucune aide, aucune considération.


Relégués dans un coin de l’oeil du décideur, ils finissent la guerre d’Algérie ou la prolongent, c’est selon le point de vue.


Ils sont la meilleure preuve que la Loi n’est pas égale pour tous. Que la Loi n’est qu’un slogan creux.
Ils n’ont pas accès aux bâtiments publics, ils ne peuvent lire les caractères des formulaires administratifs, ils n’ont même pas accès à la langue des signes.
Les Algériens souffrant d’une déficience mentale sont écartés, rejetés, repoussés des lieux publics. Ils peuvent même être internés, c’est à dire enfermés, sans intervention du juge.


De facto, ce sont des citoyens de seconde zone.


Ils sont la meilleure preuve d’une indépendance gâchée. Une indépendance qui a gardé le même taux d’épaves humaines dans la société algérienne. Où est la fierté ? La dignité ? La liberté ?


 


Si l’Algérie indépendante produit encore plus de handicapés que l’Algérie colonisée, il faut sérieusement se poser des questions sur les prétentions de certains à construire un Etat, une Nation, une République.

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