Articles similaires

Opinions

#TITRE

3922

Les infâmantes injures à l’histoire

Fillon et les "bienfaits" de la colonisation

3 février 2017 | 21:16


Mr SARKOZY l’avait déjà formulé, enrobé dans un langage verbeux, teinté de paternalisme propre aux nostalgiques de l’Afrique de « papa ».
Convoquons l’histoire contemporaine pour rafraîchir la mémoire de Mr FILLON.



Cette histoire, dont nous reproduisons, quelques rapports, compte-rendu, constats, appréciations réprobations, est celle rapportée, non par d’ennemis invétérés, bilieux ou impénitents qui seraient motivés par une haine non assouvie, mais par les acteurs – officiers supérieurs de l’armée française –de la conquête, les représentants de l’état français, des historiens français, les représentants de la colonisation et d’écrivains français indignés.
Prospérité de la Régence d’Alger et son administration évoluée
Commençons par le témoignage du savant PARADIS vers 1790 qui écrit : « Alger donne son nom à toute la Régence. Elle est le siège du gouvernement et le centre des forces de l’Etat 0 Il n’a jamais existé d’Etat plus économe des fonds publics que le gouvernement d’Alger. Le trésor de l’Etat est ménagé avec un scrupule inconcevable. »
Le commerce était si prospère que Charles André JULIEN écrit : « la chambre de commerce de MARSEILLE fit frapper, vers 1776, une médaille représentant l’Afrique, tenant en main une corne d’abondance d’où sortait des « épis » »Francois Fillon


Des historiens français ont établi non seulement la personnalité, du peuple algérien musulmans, mais avaient reconnues qu’elle était douée d’une civilisation avancée : « Toutes les nations qui avaient fondé des colonies les avaient placées dans des contrées vacantes ou très peu peuplées. Elles s’étaient emparées de régions d’une facile conquête, offrant en abondance des terres libres et d’une appropriation aisée, ne présentant qu’une population disséminée, primitive et incapable de résistance.
La France au contraire, prenait possession, en 1830, d’une terre occupée, cultivée, défendue par une population nombreuse, guerrière, opiniâtre. Cette race, établie sur le sol de l’Afrique depuis des siècles, était douée d’une civilisation avancée ; elle formait une société régulière, pourvue de tous les éléments de vie et consistance ; elle avait un sentiment élevé de sa nationalité ; elle répugnait, par ses mœurs, ses idées, sa religion à toute assimilation avec une autre race, et, ce qui contribuait à augmenter encore les difficultés, c’est que la religion de cette race indigène est une religion qui, par la simplicité, la netteté toute psychologique de sa doctrine, est douée d’une force de défensive qu’au point de vue humain on peut appeler insurmontable » écrit Paul Leroy BEAULIEU.
De son côté, M.EMERIT fait observer la farouche résistance Algérienne : » La principale raison de la farouche résistance algérienne, c’est un ensemble de forces collectives que les français de l’époque, novices en matière d’expansion coloniale et très mal renseignés, n’ont pas été capables de comprendre et de neutraliser ».
Cette vigueur de la population algérienne est encore attestée par le Maréchal BUGEAUD qui était à la tête de cette conquête : « Les arabes sont tous des guerriers. Il n’en est pas un seul qui ne sache parfaitement monter à cheval. Tous ont un cheval et un fusil, tous font la guerre, depuis le vieillard de quatre-vingts ans jusqu’à l’enfant de quinze ans »
Et pour contrer « cette nation vigoureuse » il recommande d’installer une population européenne la plus « vigoureuse possible » : « L’existence de cette nation vigoureuse, si bien préparée pour la guerre, si supérieure à ce point de vue aux masses européennes que nous pourrions introduire dans le pays, nous impose l’obligation absolue d’établir devant elle, à côté d’elle ,la population la plus vigoureuse possible ». 



Un autre auteur M.ROUSSET-BOULBAN dans la question des travailleurs résolue par la colonisation de l’Algérie, 1848 écrit : « L’expropriation des indigènes est la condition première, la condition inévitable de l’établissement des Français sur le sol ».
Le Général BUGEAUD renchérit dans sa politique de peuplement dans un « discours à la chambre », le 16 janvier 1840 : « Il faut une grande invasion de français, d’européens. Il faut des colons que vous placerez dans des situations plus favorables pour les avoir.
Partout où il y aura de bonnes eaux et de bonnes terres fertiles, c’est là qu’il faut placer les colons, sans s’informer à qui appartiennent ces terres. Il faut les leur distribuer en toute propriété.
Il nous faut, enfin, marcher vers un but solide et arriver à fonder une province française. Il faut une grande invasion en Afrique, qui ressemble à ce que faisaient les Goths, sans cela nous n’arriverons à rien. »


Le Général de ROVIGO haut commandant des troupes en Afrique appuie et approfondit la volonté de Bugeaud : « Comme on ne les civilisera pas il faut les refouler au loin. Comme les bêtes féroces qui abandonnent le voisinage des lieux habités, il faut qu’ils reculent jusqu’au désert devant la marche progressive de nos établissements et qu’ils soient rejetés, pour toujours, dans les sables du sahara »


Agression, conquête d’un pays libre, destruction, massacre et décimation d’une population.


« Plus de cinquante beaux villages, bâtis en pierres et couverts de tuiles ont été pillés et détruits. Nos soldats y ont fait un butin considérable.
Nous ne pouvons songer, au milieu du combat, à couper les arbres. L’ouvrage, d’ailleurs, serait au-dessus de nos forces. Vingt mille hommes armés de haches ne couperaient pas, en six mois, les oliviers et les figuiers qui couvrent le beau panorama que nous avons sous nos pieds » écrit le Général Bugeaud en mai 1844 à Oued Ysser.
« Tu m’as laissé chez les Brazes, je les ai brûlés et dévastés. Me voici chez les Suidgads, même répétition en grand : c’est un vrai grenier d’abondance » écrit avec cynisme SAINT-ARNAUD, OUARSENIS , 1842.

Voici ce que rapporte Mr CHRISTIAN – « dans l’Algérie Française » - sur « l’exploit » du Général DE ROVIGO contre une tribu innocente de la Mitidja : « En vertu des instructions du général en chef de ROVIGO, un corps de troupes sortit d’Alger pendant la nuit du 6 Avril 1832 ,surprit au point du jour la tribu endormie, sous ses tentes, et égorgea tous les malheureux El OUFFIA, sans qu’un seul chercha
à se défendre. Tout ce qui vivait fut voué à la mort. On ne fit aucune distinction d’âge ni de sexe.
Tout le bétail fut vendu à l’agent consulaire du Danemak. Le reste du butin, sanglantes dépouilles d’un effroyable carnage, fut exposé au marché de la porte Bab Azzoun. On y voyait, avec horreur, des bracelets de femmes encore attachés à des poignets coupés et des boucles d’oreilles pendant aux lambeaux de chair. Le produit de cette vente fut partagé entre les égorgeurs.
Un ordre du jour du 8 Avril, consacrant une telle infamie, proclama la haute satisfaction du général pour l’ « ardeur et l’intelligence » que les troupes avaient montrées. »

Un autre officier, le colonel DE MONTAGNAC, se distingue pour son esprit « chevaleresque » comme coupeur de têtes et « jouisseur » des supplices qu’il inflige aux « arabes » : « Vive LAMORICIERE ! Voilà ce qui s’appelle mener la chasse avec intelligence et bonheur…
Ce jeune général, qu’aucune difficulté n’arrête, qui franchit les espaces en un rien de temps, va dénicher les arabes dans leurs repaires, à vingt-cinq lieues à la ronde, leur prend tout ce qu’ils possèdent (1841).
Nous nous sommes établis au centre du pays, brûlant, tuant, saccageant tout. Quelques tribus résistent encore, mais nous les traquons de tous côtés, pour leur prendre leurs femmes, leurs enfants, leurs bestiaux (1842).
Je lui fis couper la tête et le poignet gauche et j’arrivai au camp avec sa tête piquée au bout d’une baïonnette et son poignet accroché à la baguette d’un fusil. On les envoya au général Baraguay d’Hilliers, qui campait, près de là et qui fut enchanté…

On ne sait pas l’idée de l’effet que produit sur les arabes une décollation de la main des chrétiens … Il y a déjà pas mal de temps que j’ai compris cela, et je t’assure qu’il ne m’en sort guère d’entre les griffes qui n’aient subi la douce opération. Qui veut la fin veut les moyens, quoi qu’en disent nos philanthropes. Tous les bons militaires que j’ai l’honneur de commander sont prévenus par moi-même que s’il leur arrive de m’amener un arabe vivant, ils recevront une volée de coups de plat de sabre… Quant à l’opération de la décollation, cela se passe « coram populo ». Voilà, mon brave ami, comment il faut faire la guerre aux arabes. Tuer tous les hommes jusqu’à l’âge de quinze ans, prendre toutes les femmes et les enfants, en charger des bâtiments, les envoyer aux îles Marquises ou ailleurs. En un mot, anéantir tout ce qui ne rampe pas à nos pieds comme des chiens ».



L’historien Charles-André-JULIEN – dans histoire de l’Afrique du Nord – confirme cet acharnement de la France coloniale, toutes couleurs politiques confondues : « Ils ne brûlèrent pas le pays en cachette et ne massacrèrent pas les ennemis en laissant des tirades humanitaires. Ils en tirent gloire, tous, qu’ils furent royalistes, républicains ou bonapartistes ».
Le Maréchal de SAINT-ARNAUD que VICTOR HUGO dénomma le « chacal » nous raconte lui-même ses grands « faits d’armes » : « Le pillage, exercé d’abord par les soldats, s’étendit ensuite aux officiers et , quand on évacua Constantine, il s’est trouvé, comme toujours, que la part la plus riche et la plus abondante était échouée à la tête de l’armée et aux officiers de l’état major (1837).
Nous resterons jusqu’à la fin de juin à nous battre dans la province d’Oran et à ruiner toutes les villis, toutes les possessions de l’Emir. Partout, il trouvera l’armée française, la flamme à la main (1841)
Mascara, ainsi que je te l’ai d’jà dit, a dû être une ville belle et importante. Brûlée en partie et saccagée par le maréchal CLAUZEL en 1835.
Nous sommes dans le centre des montagnes, entre Miliana et Cherchell. Nous tirons peu de coups de fusil, nous brûlons tous les douars, tous les villages, toutes les cahutes. L’ennemi fuit partout en emmenant ses troupeaux (1842)
Le pays des Béni-Menasser est superbe et fut des plus riches que j’ai vus en Afrique. Les villages et les habitations sont très rapprochés. Nous avons tout brûlé, tout détruit. Oh ! la guerre ! la guerre ! Que de femmes et d’enfants, réfugiés dans les neiges de l’Atlas , y sont morts de froid et de misère ! Il n’y a pas dans l’armée plus de cinq tués et quarante blessés (1842)
On ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres, des combats : peu oupas.(1842)
Le lendemain, je descendais à Haimda, je brûlais tout sur mon passage et détruisais ce beau village…Il était deux heures, le gouverneur (BUUGEAUD) était parti. Les feux qui brûlaient encore dans la montagne m’indiquaient la marche de sa colonne.
Des tas de cadavres pressés les uns contre les autres et morts gelés pendant la nuit : c’était la malheureuse population de Béni-Menasser, c’étaient ceux dont je brûlais les villages, les gourbis et que je chassais devant moi (1843)
Les beaux orangers que mon vandalisme va abattre ! Je brûle aujourd’hui les propriétés et les villages de Ben Salem et de Bel-Quassem-ou-Kassi (1844)
J’ai brûlé plus de dix villages magnifiques (1844).
Il y avait encore des groupes nombreux d’ennemis sur les pitons, j’espérais un second combat. Ils ne sont pas descendus et j’ai commencé à couper les beaux vergers et à brûler les superbes villages sous les yeux de l’ennemi (1846)
J’ai laissé sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages, environ deux cent, ont été brûlés, tous les jardins saccagés, tous les oliviers coupés (1851)
Nous leur avons fait bien du mal, brûlé plus de cent maisons couvertes de tuiles, coupé plus de mille oliviers (1851) ».


La descente aux enfers des tribus arabes franchit un autre palier avec le Colonel PEIN : « Le carnage fut affreux. Les habitations, les tentes des étrangers dressées sur la place, les rues, les cours, furent jonchées de cadavres. Une statistique faite à tête reposée et d’après les meilleurs renseignements, après la prise, constate un chiffre de deux mille trois cent hommes, femmes ou enfants tués ; mais le chiffre de blessés est insignifiant, cela ce conçoit. Les soldats, furieux d’être canardés par une lucarne, une porte entrebâillée, un trou de la terrasse, se ruaient à l’intérieur et y lardaient impitoyablement tout ce qui se trouvait ; vous comprenez que, dans le désordre, souvent dans l’ombre, ils ne s’attardaient pas à établir des distinctions d’âge ni de sexe ; ils frappaient partout et sans crier gare.
Les Ouled Saâd avaient abandonnés femmes et enfants dans les buissons. J’aurais pu en faire un massacre, mais nous n’étions pas assez nombreux pour nous amuser aux bagatelles de la sorte ; il fallait garder une position avantageuse et décrocher ceux qui tiraient sur nous. »


Plus dramatique ! le jeune SAINT-CYRIEN d’HERISSON se distingue, en remportant de grandes « victoires » sur des femmes et des enfants : « Il est vrai que nous rapportons un plein baril d’oreilles récoltés paire à paire sur les prisonniers, amis ou ennemis.
…des cruautés inouïes, des exécutions froidement ordonnés, froidement exécutées à coups de fusil, à coups de sabre, sur des malheureux dont le plus grand crime était quelquefois de nous avoir indiqué des silos vides.
Les villages que nous avons rencontrés, abandonnés par leurs habitants, ont été brûlés et saccagés ;… on a coupé leurs palmiers, leurs abricotiers, parce que les propriétaires n’avaient pas eu la force nécessaire pour résister à leur Emir et lui fermer un passage ouvert à tout le monde chez ces tribus nomades. Toutes ces barbaries ont été commises sans tirer un coup de fusil, car les populations s’en fuyaient devant nous, chassant leurs troupeaux et leurs femmes, délaissant leurs villages »
L’apprentissage des « techniques de guerre » détermine le général BUGEAUD, à ordonner « l’enfûmade » : « si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez CAVAIGNAC aux sebhas ! Fermez-les à outrance comme des renards » à PELISSIER qui l’exécuta –Orléanvilles 11 janvier 1845 –
Voici le récit qu’en fit un soldat témoin CHRISTIAN – dans l’Algérie française - : « Quelle plume saurait rendre ce tableau ? Voir au milieu de la nuit, à la faveur de la lune, un corps de troupes français occupé à entretenir un feu infernal ! Entendre les sourds gémissements des hommes, des femmes, des enfants et des animaux ; le craquement des rochers calcinés s’écroulant, et les continuelles détonations des armes ! Dans cette nuit, il y eut une terrible lutte d’hommes et d’animaux !
Le matin, quand on chercha à dégager l’entrée des cavernes, un hideux spectacle frappa les yeux des assaillants.
J’ai visité les trois grottes, voilà ce que j’ai vu : à l’entrée, gisaient des bœufs, des ânes, des moutons ; leur instinct les avait conduits à l’ouverture de la grotte pour respirer l’air qui manquait à l’intérieur. Parmi ces animaux, et entassés sous eux, on trouvait des hommes, des femmes et des enfants. Jai vu un homme mort, le genou à terre, la main crispée sur la corne d’un bœuf. Devant lui, était une femme tenant son enfant dans les bras. Cet homme, il était facile de le reconnaître, avait été asphyxié, ainsi que la femme, l’enfant et le bœuf, au moment où il cherchait à préserver sa famille de la rage de cet animal.
Les grottes sont immenses ; on a compté sept cent soixante cadavres, une soixantaine d’individus seulement sont sortis, aux trois quarts morts ; quarante n’ont pu survivre ; dix sont à l’ambulance, dangereusement malades ; les dix derniers, qui peuvent se traîner encore, ont été mis en liberté pour retourner dans leurs tribus ; ils n’ont qu’à pleurer sur des ruines. »



Le summum de la mise à mort imaginé par le monstre déguisé en humain, le tristement célèbre SAINT ARNAUD, nous ait rapporté par l’historien GAUTIER : « SAINT ARNAUD a fait son possible pour qu’aucune de ses victimes n’échappât… il mura mille cinq cent indigènes, parmi lesquels beaucoup de femmes et d’enfants, dans une grotte de la même région.
Personne n’est descendu dans les cavernes ; personne que moi. Un rapport confidentiel a tout dit au maréchal, simplement sans poésie terrible ni images » écrit par SAINT ARNAUD lui-même.


Mr E.F.GAUTIER se désole et fait le constat du « vide » perpétré par les siens et surtout le nie pas :
« Autour des villes côtières que nous occupons, les indigènes ont disparu dans cette période meurtrière du début. En faisant la solitude il est clair que nous avons préparé la base de la colonisation. Et il faut avoir le courage de le reconnaître, il est inutile de le crier sur les toits, mais il serait dangereux de l’oublier, parce conséquences de nos débuts, absurdement sanglants se font nécessairement sentir encore. On ne peut dire que n’ait pas été ». Phrase prémonitoire à l’attention de Mr FILLON et Consorts.


« Non ! nos ancêtres n’ont pas démérités. Les Algériens n’étaient pas une race inférieure. Ils formaient un peuple valeureux, riche de qualité et d’intelligence » écrit Mr F.ABBAS dans la nuit coloniale ; l’exemple avait été donné par l’Emir ABDELKADER, en libérant les prisonniers français, qu’il ne pouvait entretenir par manque de nourriture, et qui, par ce geste « noble » administra la preuve de la civilité algérienne ; ce qui n’empêcha de faire dire à un officier français : « il est humain ce barbaresque ! » (sans commentaire).


Cupidité et volonté d’usurpation 
En vérité, la bourgeoisie française voulait étendre son hégémonie sur les terres, et les richesses algériennes, se les accaparer par l’annexion de l’Algérie à la France. Le plaidoyer de PREVOST-PARADOL est édifiant :
« Nous avons encore cette chance suprême, et cette chance s’appelle d’un nom qui devrait être plus populaire en France, l’Algérie. Cette terre est féconde, elle convient excellemment par la nature du sol à une nation d’agriculteurs, et l’amélioration du régime des eaux, qui est en ce pays la question la plus importante, n’est nullement au dessus de notre science et de nos richesses. Cette terre est assez près de nous pour que le français, qui n’aime pas à perdre de vue son clocher, ne s’y regarde pas comme un exilé, et puisse continuer à suivre de ses yeux et du coeur les affaires de le mère patrie. Enfin elle est pour nous, par son rapprochement de nos côtes et par sa configuration même, d’une défense facile, et les deux contrées qui la bornent n’imposent aucune limite efficace, à notre action, le jour ou il nous paraîtra nécessaire de nous étendre… Deux obstacles ont ralenti jusqu’à ce jour la colonisation française de l’Algérie : l’existence de la race arabe qu’il paraît également difficile de nous assimiler ou de détruire, et nos longues incertitudes sur le régime qu’il convient d’adopter pour le gouverne ment et l’administration de la colonie. Mais il n’est nullement impossible et il est urgent de résoudre ces deux problèmes ; il y a un chemin intermédiaire à prendre entre le procédé inhumain et impolitique qui consistait à détruire on à refouler de parti pris les Arabes et le procédé tout opposé qui consiste à sacrifier par un respect exagéré des préjugés et de la faiblesse des arabes, les intérêts légitimes des colons et le besoin si pressant de la France de jeter des racines profondes en Afrique . Il est temps de faire passer ce grand intérêt avant tous les autres, d’établir en Afrique des lois uniquement conçues en vue de l’extension de la colonisation française, et de laisser ensuite les arabes se tirer ,comme ils le pourront, à armes égales ( !?), de la bataille de la vie. L’Afrique ne doit pas être pour nous un comptoir comme l’Inde, ni seulement un camp et un champ d’expérience pur nos philanthropes ; c’est une terre française qui doit être le plus tôt possible peuplée, possédée et cultivée par les français si nous voulons qu’elle puisse un jour peser de notre côté dans l’arrangement des affaires humaines… »


La dépossession des biens par la terreur


En 1833, une commission gouvernementale d’enquête, envoyé à Alger, constatait et consignait dans son rapport : « Nous avons réuni au Domaine les biens des fondations pieuses, nous avons séquestré ceux d’une classe d’habitants que nous avions promis de respecter … Nous nous sommes emparés des propriétés privées sans indemnité aucune ; et, de plus, nous avons été jusqu’à contraindre des propriétaires, expropriés de cette manière, à payer les frais de démolition de leurs maisons et même d’une mosquée.
Nous avons massacré des gens porteurs de sauf-conduits, égorgé, sur un soupçon, des populations entières, qui se sont retrouvées innocentes. Nous avons mis en jugement des hommes vénérés, parce qu’ils avaient assez de courage pour venir s’exposer à nos fureurs, afin d’intercéder en faveur de leurs malheureux compatriotes ; il s’est trouvé des hommes pour les condamner et des hommes civilisés pour les faire exécuter »


Ce constat ne pouvait être exhaustif, par l’ampleur de la rapine et du brigandage, et se limitait à dénoncer, sans pouvoir d’action pour les membres de commission.
« Après l’entrée des troupes, les bateaux de MARSEILLE et les balancelles d’Espagne ou d’Italie avaient déversé dans la darse une foule de méditerranéens plus riches d’audace que de scrupules – les européens se lancèrent à corps perdu, dans le trafic des immeubles – » C.A.JULIEN / HISTOIRE DE L’AFRIQUE DU NORD.
Ou encore « quelques personnalités honorables se mêlaient à des aventuriers, à des mercantis sans vergogne, à des spéculateurs, à l’affut des gains rapides et équivoques » Histoire d’Algérie par GSELL, MARCAIS et G.YVER.


Le professeur LARCHER ? juriste, n’a pas manqué de dénoncer un régime juridique inadapté et inique : « Cette division factice du territoire algérien en départements, en arrondissements, en communes qui ne correspondent en rien aux circonscriptions de même nom de la métropole ; par l’introduction dans un pays neuf de ces rouages savants et compliqués qui, en pays barbare, deviennent ridicules ou scandaleux ; par ces conseils municipaux où quelques européens fraîchement francisés font la loi à des milliers d’indigènes, par ce jury de colons jugeant avec un parti pris révoltant les Arabes et les Kabyles qui leur sont déférés ; par l’application à la propriété indigène de notre code civil, ce qui aboutit au dépouillement de tribus entières …. ».

 Charles-André JULIEN, nous renseigne sur la « haine de l’arabe « qui devient plus impitoyables chez les colons : « Une fois la victoire obtenue, la haine de l’arabe disparaissait chez les officiers, mais persistait souvent chez les civils. Aux heures critiques, les hommes qui dénonçaient avec fougue le régime militaire au nom des principes démocratiques, se montrèrent plus impitoyables que les généraux dans la répression ».


« En 1892, JULES FERRY, après un voyage d’études en Algérie, voit la détresse du peuple algérien. Il a sous les yeux les terribles scènes du drame qui se joue depuis la conquête » nous dit Mr F.ABBAS. Ce français, homme politique décrit ce qu’il a vu et l’émotion qu’il en a ressenti : « Nous les avons vu, ces tribus lamentables que la colonisation refoule, que le séquestre écrase, que le régime forestier pourchasse et appauvrit. Nous avons entendu leurs plaintes et touché du doigt la cause de leurs misères.


Nous avons vu ces clairières cultivées, champs d’orge et de blé que bordent les plaines où, depuis des siècles, la charrue arabe creuse son maigre sillon et que l’esprit de système a fait rentrer victorieusement dans le sol forestier. Nous avons, vu sur les dunes en Petite Kabylie la fiscalité française disputer à l’Arabe en guenilles l’herbe verte qui foisonne au printemps autour des touffes de lauriers roses.
Ce n’est pas seulement notre cœur qui s’est ému, c’est notre raison qui a protesté 0Il nous a semblé se passer là quelque chose qui n’est pas digne de la France, qui n’est ni de bonne justice ni de politique prévoyante »
Il écrira plus tard, en 1894 : « Nous avons trouvé les colons européens bien limités. Il est difficile de faire entendre au colon européen qu’il existe d’autres droits que les siens en pays arabe, et que l’indigène n’est pas une race taillable et corvéable à merci. L’arabe n’est pas un esclave qu’on mène par le bâton. L’Européen qui ne peut se passer de sa main-d’œuvre, la paie au prix débattu. Mais si la violence n’est pas dans les actes, elle est dans le langage et dans les sentiments. On sent qu’il gronde encore au fond des cœurs un flot mal apaisé de rancune, de dédain et de crainte. Le cri d’indignation universelle qui a accueilli d’un bout à l’autre de la colonie les projets d’écoles indigènes que le Parlement français a pris à cœur, est un curieux témoignage de cet état d’opinion ».
Mais cet homme politique a commis l’erreur d’avoir accordé à la colonie européenne « des franchises financières », alors qu’il était parfaitement averti de l’antagonisme qui opposait cette colonie aux « arabes », écrit en substance Mr F.ABBAS.


A de TOCQUEVILLE, « qui ne peut être accusé de sympathie pour le monde arabe », nous dit Mr. F.ABBAS, mais néanmoins admiratif de la démocratie Américaine, exprime son désaccord sur la déstructuration de l’organisation sociales Algérienne : « La société musulmane en Afrique du Nord n’était pas incivilisée ; elle avait seulement une civilisation arriérée et imparfaite. Il existait, dans son sein, un grand nombre de fondations pieuses ayant pour objet de subvenir aux besoins de la charité et de l’instruction publiques.
Parfois, nous avons mis la main sur ses revenus en les détournant de leurs anciens usages ; nous avons réduit les établissements charitables, laissé tomber les écoles, dispersé les séminaires.
Autour de nous, les lumières se sont éteintes. Le recrutement des hommes de religion et des hommes de loi a cessé, c’est-à-dire que nous avons rendu la société musulmane beaucoup plus misérable et beaucoup plus barbare qu’elle n’était avant de nous connaître ». Son observation aurait plus pertinente s’il avait fait remarquer que la société musulmane avait une civilisation différente de la leur.



A tous ces témoignages de français/acteurs de la conquêt, témoins politiques, historiens ou objecteurs de conscience, joignons celle d’un leader politique algérien qui a défendu la cause des siens, d’abord sur le terrain de la légalité, des droits de l’homme au nom de la civilisation occidentale et française auprès des représentants des colons et des plus hauts responsables de l’état français en Métropole : « Le Gouverneur général semble rejeter la responsabilité des événements sur les féodalités coloniales Il met en accusation les Gratien Faure dont il dénonce l’intransigeance et l’esprit rétrograde. C’est trop vite dit ! La responsabilité incombe entièrement à la France. Je veux dire à la bourgeoisie française, celle des Prévost-Paradol, des Soustelle, des Bidault, nous ne sommes plus au temps où l’on pouvait dire : Ah ! si le roi savait ! nous savons que le roi sait -. Et si les grands seigneurs sont méchants, c’est que le roi permet qu’ils le soient. L’ordre colonial, œuvre de la bourgeoisie, ne se perpétue que grâce à l’appui armé de cette bourgeoisie.

De 1948 à 1954, nous avons porté le problème algérien devant le conseil d’état, devant le Gouvernement, devant le Président de la République, devant le Parlement. Nous nous sommes trouvés devant la conjuration de tout l’état français contre un peuple qui avait tout fait, cependant, pour la libération de la France. » avait écrit Mr F.ABBAS dans son livre : la nuit coloniale.
« Les français sont des colonialistes. Ils croient exercer sur nous un droit de propriétaires. Ils ne peuvent nous parler, nous regarder, agir avec nous, qu’en nous considérant comme leurs indigènes. Ils croient avoir sur nous un pouvoir de droit divin », ajoute t-il.
Lui qui avait été d’abord un homme de dialogue, réclamait pour son peuple qui avait été, « dépossédé, déculturé, décivilisé, qu’on lui rende justice. Comment ? en le mettant à l’école de l’Europe, en faisant bénéficier les paysans de la technique et des réalisations de la civilisation moderne « A quoi donc attribuer nos échecs « se pose t-il comme question : Ici, on est au cœur du problème, l’établissement des rapports normaux entre Européens et non-européens, entre Français et Algériens, suppose la fin du régime colonial » .

Il rappelle à ce propos un écrit de LENINE : « Il est vrai que ce qui a été établi par la force ne peut être détruit que par la force « . Il rajoute très justement « on peut à la rigueur guérir un cancéreux de son cancer, mais on ne guérira jamais, ces colonialistes de leur colonialisme »




Ces rappels des mémoires françaises, à l’attention des négationnistes français, confirment, avec force, les sombres méfaits d’un colonialisme sauvage et inhumain, à l’ encontre d’un peuple libre, qui était libre, et, avait sa propre civilisation, dotée d’institutions qui, lui étaient spécifiques, et répondaient aux besoins socio-économiques et culturelles de sa population.
Le déni de leur histoire leur reviendra comme un boomerang : c’est le devoir de mémoire qui contraindra la société française à revisiter son histoire.


Le combat libérateur du peuple algérien, sous la férule des jeunes nationalistes, a été mené pour briser les chaînes de leur asservissement à un colonialisme sauvage et méprisant.
Cet asservissement a commencé par la conquête de notre pays par la France coloniale, à la tête de laquelle se sont distingués ses officiers, avec morgue et une sauvagerie barbare que n’expliqueraient que leur voracité à déposséder le peuple « arabe » des terres de leur « mère patrie ». Les massacres, les mutilations, avec toutes ses horreurs, les « froides exécutions par décapitation, les enfumades -non pour incommoder ou maîtriser ces hommes, femmes et enfants- mais pour les faire périr par asphyxie – forfait déshumanisant -.
 Lire ces pages noires, dégoulinantes de propos sanguinaires, de traits suintant le fiel anti-arabe marqué par un caractère de domination suprême, dont nos ancêtres ont été les sujets nous ont horrifiés et révoltés - une révolte contenue mais encore vivace -. Est-il possible que ces génocides soient l’œuvre d’humains ? Ce n’était pas une guerre ! : une agression motivée par la dépossession, par une prise par la force des armes de la terre d’un peuple, ne peut être qualifiée de guerre ! C’un crime contre l’humanité ! pour s’approprier les richesses d’autrui et inspiré par des motifs politiques raciales et religieux.


Certains responsables Français à l’image de Mr F.FILLON, mettent à profit la détente qui se déploit entre l’Algérie et la France pour séduire un certain électorat qui, lui, est intéressé à redorer son image auprès d’une opinion publique française rétive à ce que fût le colonialisme. Même si, comme l’écrit Mr F.ABBAS, « le petit peuple blanc suivait docilement les porte-parole accrédités par la fortune et le rang social » aujourd’hui une bonne partie de ces rapatriés ont la nostalgie de « l’Algérie de papa ».
Peut-être que si notre pays, notre état excédé par ce négationnisme qui ne dit pas son nom, se déciderait à demander « justice », il calmera les esprits qui sont aujourd’hui excités et agités.


Nous concluront par ces quelques phrases « puisées » dans le « discours sur le colonialisme » de Mr AIME CESAIRE - à Mr SARKOSY qui revendiquait son héritage, nous lui rétorquons que, c’est nous, les « ex-colonisés qui sommes les légitimes héritiers de Mr AIME CESAIRE -, qui décrivent le visage « hideux » du colonialisme :
« Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que de expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les toutes les circulaires ministériels expédiées, on ne saurait réussir une seule valeur humaine ». 
« il faut d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que chaque fois qu’il y a au Viet-Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’ en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de tout son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr de l’ensauvagement du continent »
« et alors, un beau jour, la bourgeoisie est réveillé par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets »
« on s’étonne, on s’indigne, on dit : comme c’est curieux ! Mais bah ! c’est le nazisme, ça passera !
Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries, que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime , on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme-là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies, de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne »
« ce que le très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XX s, ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique » écrit-il en substance.

Aimée Cesaire


Il nous rappelle pathétiquement une des phrases d’un rationaliste et poète du XIX s : « Nous espérons, non pas à l’égalité, mais à la domination. Le pays de race étrangère devra redevenir un pays de serfs, de journaliers agricoles ou de travailleurs industriels. Il ne s’agit pas de supprimer les inégalités parmi les hommes, mais de les amplifier et d’en faire une loi ». Qui parle ? s’interroge-t-il « J’ai honte de le dire : c’est l’humaniste occidental, le philosophe idéaliste ; qu’il s’appelle RENAN, c’est un hasard ; que ce soit tiré d’un livre intitulé : la réforme intellectuelle et morale, qu’il ait été écrit en France, au lendemain d’une guerre que la France avait du droit contre la force, cela en dit long sur les mœurs bourgeoises ».


Safy Benaissa est un contributeur au Jeune indépendant depuis février 2016. Ancien directeur à Travosider et ayant occupé de nombreux postes de responsabilités, il s’est aujourd’hui converti à l’écriture sur la l’histoire de l’Algérie contemporaine et du mouvement national.

Commentaires

    Horaire des prières / ALGER
  • Fadjr: 0
  • Dhohr: 0
  • Assr: 0
  • Maghreb: 0
  • Isha': 0
  • Agenda Officielle

caricature

caricature

SONDAGE

Le Hezbollah libanais est-il un mouvement de résistance ?

Facebook

Twitter