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États-Unis- Corée du Nord : Les enjeux d’un rapprochement inédit

13 juin 2018 | 18:18
Mohamed Nazim Aziri


Le 20 avril 2018, quelque temps avant l’annonce du sommet intercoréen et du sommet historique avec le président des États-Unis Donald Trump, Kim Jong Un présidait une réunion d’une importance capitale du Comité central du Parti des Travailleurs nord-coréen.
Cette réunion, précédée par d’importants changements, notamment à la tête du commandement militaire, a été l’occasion pour Kim Jung d’exposer sa nouvelle ligne stratégique, qui consiste désormais à abandonner la priorité du développement de la dissuasion nucléaire au profit d’un progrès économique approfondi.
Ce qui allait marquer la fin de la stratégie « byungjin », qui signifie l’approche double, ouvre une nouvelle ère pour ce pays très tenté par le nouveau modèle économique chinois.
Pyongyang a souffert des affres des sanctions économiques.
Son PIB estimé à 28 milliards de dollars est l’un des plus faibles de la planète, en dépit des ressources dont dispose ce pays, sans parler de sa position géographique qui fait de lui un carrefour entre la Chine, le Japon, la Russie et la Corée du Sud.
Pour les dirigeants coréens, c’est aussi une leçon d’histoire qu’il faut retenir, au risque de subir le sort de l’Union Soviétique ; ce n’est pas la puissance militaire qui fait la force d’un pays, mais plutôt son économie.
Le tête-à-tête historique qui a abouti à la signature d’un document commun entre Donald Trump et Kim Jong un, n’est donc pas une improvisation du jeune leader nord-coréen. Il s’inscrit justement dans cette perspective. Les concessions coréennes en matière de dénucléarisation ouvrent la porte à la levée des sanctions économiques, et l’ouverture progressive du pays à l’économie de marché.
Pour l’administration américaine en revanche, le rapprochement avec Pyongyang constitue inévitablement une voie vers le contrôle d’un important levier dans l’échiquier complexe de l’Asie orientale.
Il faut rappeler quelques faits historiques qui pèseront forcément sur le devenir de la péninsule dans les années avenirs. D’abord pendant la guerre froide, la Corée a été une zone stratégique de l’antagonisme américano-soviétique.
En 1965, le conflit entre la Chine et l’Union soviétique s’est considérablement répercuté sur la Corée du Nord et les relations sino-coréennes, caractérisées par un héritage historique colonial remontant au VIIe siècle, une époque où le pouvoir de l’Empire chinois des Tang arrivait jusqu’à Séoul.
L’histoire moderne marquée par des litiges frontaliers non encore réglés entre Pékin et Pyongyang retiendra aussi qu’entre mars 1968 et mars 1969, les deux pays ont connu de fortes tensions dans la région du Paektusan, entre leurs forces armées.
Contrairement aux idées reçues, les relations entre Pékin et Pyongyang ne sont pas aussi complices quelles paraissent.
Aujourd’hui et avec l’émergence de la Chine, dont l’économie menace l’hégémonie commerciale américaine à moyen terme, et le retour de la Russie comme acteur principal, notamment en Orient, il apparait clairement que l’enjeu pour Washington dépasse le cadre sécuritaire. Il est surtout économique. Une hypothèse que justifie l’annonce par le président des États-Unis, Donald Trump, de son intention de supprimer les exercices militaires américains avec les troupes sud-coréennes.
D’autres parts, en déclarant devant la presse sa fascination pour les plages nord-coréennes, le président américain lance un message clair sur la volonté des États-Unis d’accompagner une éventuelle ouverture « capitaliste » en Corée du Nord.
Et ce n’est pas les moyens qui manquent. Le 11 mai le secrétaire d’État américain Mike Pompeo déclarait que "Si la Corée du Nord prend des mesures courageuses pour une dénucléarisation rapide, les États-Unis sont prêts à travailler avec la Corée du Nord pour l’amener au même niveau de prospérité que nos amis sud-coréens".


 


Une ouverture qu’aussi bien les Chinois, principaux partenaires économiques de la Corée du Nord, que les Japonais, n’aimeraient pas voir aboutir selon la volonté et la feuille de route de l’establishment américain disposant déjà d’une influence quasi totale sur Séoul.
Il n’est pas non plus à écarter que les États-Unis n’aient pas dans leur plan, la réunification des deux Corées. Un projet dont les seuls bénéficiaires seront en plus de Pyongyang et Séoul, Washington. 
Lors du sommet intercoréen de 2018, le parlement nord-coréen, conformément à un engagement des dirigeants des deux Corées, a annoncé qu’il placerait le pays sur le même fuseau horaire que la Corée du Sud. C’est déjà un début. 

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