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Presse écrite : Est-ce le temps de la décantation ?

28 juin 2016 | 18:55
Hani Rabah


« L’époque de la dépendance de la presse écrite de la publicité publique est révolue », a déclaré lundi à Tipasa le ministre de la Communication, Hamid Grine.


Animant un point de presse à l’issue d’une opération consacrée au « droit du citoyen à une information fiable », le ministre a affirmé que « l’époque où les dossiers d’agrément des journaux étaient accompagnés de la recherche d’une convention avec une agence de publicité pour lui accorder trois pages est bien révolue ».


Il ajoutera que « la prospérité financière est bien finie », expliquant que son département n’accorde plus d’agrément à de nouveaux titres en quête de richesse, grâce à des pages de publicité, et « loin du travail professionnel bien fait », tout en signalant que ses services ont accordé l’agrément à des quotidiens spécialisés et régionaux.


Ce que dit le ministre est tout à fait vrai, en raison de la conjoncture économique actuelle marquée par la récession et la baisse de l’offre des annonces publiques au niveau de l’agence étatique ANEP.


Tout comme il est vrai qu’un nouveau contexte politique est en train de s’ériger, provoquant ou produisant de nouveaux rapports de force, que le ministre tente de baliser par une batterie de lois ou par la mise en place de structures ou d’une autorité dite de régulation.


En fait, Grine avait raison d’alerter les patrons de presse et le personnel journalistique sur les futures configurations qui pointent à l’horizon et de les mettre en garde contre les périls qui menacent leur survie.


A bien comprendre, il est clair que cette nouvelle donne pénalise plutôt les médias les plus sérieux, les journaux qui ont toujours respecté l’éthique et la déontologie, la morale du métier, ceux qui ont formé des professionnels de l’écrit, de la caricature et qui n’ont jamais essayé de ternir leur passé fait de combat pour la libre expression démocratique.


Ce sont ces journaux, bien rares aujourd’hui, qui peinent à survivre, menacés de disparition, fragilisés par une décennie de terrorisme et ses effets dramatiques, par l’anarchie régnante et durable qui caractérisa le paysage de la presse écrite nationale, ballottés par le gain facile des nouveaux riches et l’intrusion du capital informel. En dix ans, des dizaines de titres inconnus, non diffusés, se régalaient avec trois et plus de pages de publicité offerte par l’ANEP.


Pire, des journaux nés juste après les vagues du « printemps arabe » sortaient avec des pages entières, glanant des milliards pour leurs propriétaires tapis dans l’ombre, alors que le personnel technique, administratif et rédactionnel émargeait dans le dispositif de soutien à l’emploi dit « idmadj », entièrement financé par le Trésor de l’Etat.


Où sont justement ces journaux ? Qui sont leurs patrons ? Qu’ont-ils fait pour soutenir l’Etat et le gouvernement dans sa lutte contre les fléaux ou dans sa quête pour le redressement économique national ? Quel avenir pour ces milliers de jeunes salariés au SNMG ?


Il est presque problématique aujourd’hui de faire valider le projet de création d’une autorité de régulation de la presse écrite, bien qu’il soit indispensable dans le contexte actuel, mais il serait injuste de ne pas interpeller les pouvoirs publics, notamment le gouvernement, sur leurs responsabilités à mettre en place un plan de sauvetage de l’expression plurielle, un programme d’urgence pour sauver les titres professionnels, ceux qui ont bâti de vrais canards, formé toute une génération de jeunes journalistes, certains spécialisés et notoirement connus dans le monde de la presse internationale.


Il existe un Fonds d’aide à la presse que le ministère de la Communication gère depuis les années 1990, mais dont le budget sert à financer en grande partie les frais du logement dit sécuritaire auprès des complexes touristiques, alors qu’une infime enveloppe est consacrée à assurer les coûts des différentes actions de formation, de stages et de recyclages. Ne faudrait-il pas engager une réflexion sur ce Fonds afin de le rentabiliser davantage et lui rétablir ses vrais objectifs ?


Il est malheureux de constater que des titres nés en 2012 continuent de brasser trois pages de publicité publique quotidiennement, pour un tirage ne dépassant même pas 5000 exemplaires avec un taux d’invendus flirtant les 95%.


Des titres qui n’ont même pas soutenu les pouvoirs publics, y compris Grine, dans l’affaire contre le groupe El Khabar et qui n’ont même pas écrit une seule ligne pour défendre le président Abdelaziz Bouteflika quand des médias français se sont acharnés par le ridicule et la dérision sur sa santé.


Des titres qui n’ont jamais mis en évidence leur alignement avec les grands principes patriotiques et républicains de l’Algérie, ni avec ses institutions nationales, de la présidence à l’APN en passant par l’ANP.


Faut-il mettre tout le monde dans le même sac et le jeter aux oubliettes ? Fier d’avoir été le premier journal indépendant de la jeune démocratie algérienne, créé en mars 1990, le Jeune Indépendant a traversé des époques dures et tragiques.


Il s’est construit tout seul, façonnant sa ligne éditoriale et son chemin, sans jamais chercher à courber l’échine, à faire le « fou » ou à se draper d’habit de mafieux à la recherche d’argent du chantage, des marchandages et de la concussion.


Il suffit juste de savoir que le Jeune Indépendant, et nous sommes fiers de l’écrire maintenant, que nous sommes le seul et unique titre algérien( n’en déplaise à certains laudateurs de la dernière heure) qui interviewa le président Bouteflika à deux reprises, en juillet 2000 et en 2004. Nous n’avons jamais demandé une contrepartie, ni politique ni financière.

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