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Du forum à l’Agora, vers un équilibre politique face au FMI ?

29 avril 2019 | 04:35
Nadia Abdat Nadia Abdat


Démagogique et bluffante. La mesure relative au paiement anticipé de la dette publique extérieure, fin 2006, n’a pas eu pour effet de sortir le pays du périmètre d’influence du FMI dont les théories économiques virales sont régulièrement ânonnées par une coterie de pseudo experts et d’autres consultants ès welfare, cachant à peine une quête obstinée de postes de ministres conseillers ou de parts de marché dans le juteux business des symposiums magistralement creux et autres séminaires soporifiques labellisés sous de hauts patronages.
Nous sommes en 1994 au beau milieu de la décennie noire qui a surgi en cette terrible année 1991, lorsque le pays commence sa première cure d’austérité drastique dans le cadre d’un PAS (programme d’ajustement structurel) visant la restauration des équilibres macro-économiques.


Les résultats subséquents ont été jugés minces sur le court terme, et carrément contreproductifs eu égard à la grave dégradation des conditions sociales qui étaient déjà préoccupantes. Aucune significative amélioration, en l’absence de sérieux plans de développement. L’embellie pétrolière est pourtant revenue au cours des années 2000, les caisses de l’Etat auraient même enregistré des excédents, mais la croissance n’a pas repris. La paupérisation de la société avec son lot de misères semble un sort inéluctable ; chomage, inflation, précarité, corruption, regain de criminalité, insécurité …etc.


Les mesures de libéralisation de l’économie tant défendues, se sont faites connaître surtout par le démantèlement coûteux des monopoles étatiques, par l’éclatement ruineux du tissu public industriel et par la privatisation au dinar symbolique, de quelques entités publiques « intéressantes » par des repreneurs brocanteurs qui ne possédaient aucun argument entrepreneurial à mettre en oeuvre.
Fragilisées par une ouverture rapide et violente du commerce extérieur, la plupart des petites entreprises privées locales ont dû fermer, alors que des groupes de prédateurs entraient en scène, se livrant une guerre sans merci, pour s’accaparer une enveloppe annuelle de plus de 10 milliards de dollars d’importations.
Sans capital culturel ni fibre nationaliste, cette oligarchie n’a jamais donné ces capitaines d’industries aptes à livrer la bataille du développement.

À l’occasion de l’ouverture débridée du pays au monde extérieur, la caste militaro bureaucratique qui a écrasé l’Etat nationaliste dans l’oeuf, a pu renforcer davantage son emprise sur la société à travers une bourgeoisie comprador recrutée dans les milieux parasitaires et maffieux.

Le libéralisme, un mot tabou jamais assumé par qui de droit, s’est installé dans une pratique dévoyée. Il l’a été sous le fallacieux prétexte de l’indéfinissable « exception » économique de l’Algérie ; de quoi vider de leur rationalité toutes les questions qui dérangent.
Vers la fin de l’année 2000, on se félicitait de la création du premier forum des chefs d’entreprises d’Afrique, une association de défense des intérêts réunissant quelques 600 entrepreneurs privés tous ragaillardis par la valorisation de leur position.
De l’objectif initial de facilitation de la concertation entre ses membres en vue d’en faire les principaux acteurs du développement du pays, cette instance s’est organisée comme un centre de commandement offensif.


Ali Haddad ex-patron des patrons

Animé d’une prétention aussi fanfaronne qu’outrancière, en guise d’ambition politique, le patron VIP du FCE s’estimait en mesure de faire de ce qui passait jusqu’alors, pour un club bon chic bon genre, une force de frappe face aux pouvoirs publics qui ont plié l’un après l’autre, face au tombeur de maroquins par trop précautionneux ou revêches.
Dans un système politique construit dans la verticalité aveugle qui a empêché l’émergence de forces vives pour le pays et la consolidation de l’Etat, le FCE s’est érigé, non sans dommages irréparables pour l’Etat, en pouvoir dans le pouvoir.
Après une féroce bataille pour compte, menée intra muros entre les protégés des clans rivaux qui se disputent ce milieu interlope, la domination de cet appareil a fini par échoir aux promus du quatrième et invraisemblable mandat présidentiel. 

Dans le désert politique qui s’est accentué en vingt ans, le FCE devient un puissant groupe de décision au cœur même du régime sous la houlette de son troisième président. Point de performance à son crédit, « l’exploit » a pris grâce à la folle cagnotte de la corruption systématisée par les nouveaux donneurs d’ordre, via de boulimiques et fantasques projets libellés en devises comme ceux relatifs aux infrastructures et aux grands équipements, confiés aux alliés et autres hommes de mains.

Une partie est cependant recyclée dans l’informel et une autre auprès des entreprises privées amies afin de les maintenir en orbite.
Leurs domaines de prédilection sont les secteurs qui dégagent de forts profits, comme le commerce, les services dont les assurances, l’immobilier et les activités à très bas degré d’intégration . Bénéficiaires de régimes dérogatoires favorables, de l’interdiction du pluralisme syndical, leurs affaires prospèrent sans souci.
En outre, la forte proximité, sinon la collusion avec le réacteur du régime a diminué dangereusement tout un Exécutif dont les prérogatives sont depuis instrumentalisées par les patrons barons au service des intérêts qui ont fusionné en prime, dans des alliances familiales entre les successibles de la caste des bureaucrates et celle de la haute administration.
Les récentes révélations sur les magouilles que couve cette instance, lèvent le voile sur l’identité d’une cohorte de trabendistes reconvertis en business men, avec lesquels a pactisé une bureaucratie insatiable.

Ce machin qui sert aussi de couvoir à des blanchisseurs d’argent, est très tôt, traversé par des luttes de clans dans les travées du pouvoir car ce machin est indissociable du secteur public dont il dépend pour exister et pour se ressourcer.

Lorsque le mandat présidentiel bringuebalant expire dans des convulsions, il entrainera dans sa perte un forum en banqueroute.
Alors que le Forum s’enfonce dans le dédales politicien et que l’anarchie menace, l’Agora se réveille, forte de nombreuses demandes essentiellement politiques portées par la plus importante composante de la pyramide sociale ; celle des jeunes qui représenteraient près de 75% de la population globale.
Les signaux de l’éveil de la conscience collective ont commencé à se profiler à partir de 2010.
À l’expiration du délai d’opportunité du recours à l’article 102 de la constitution, le peuple se cabre. Il ne désire plus de pain subventionné ni de matchs truqués pour se distraire. Les tribunes des stades de football qui font le plein le temps d’une rencontre, ne sont pas seulement récréatives. Ces lieux se transforment, en espaces d’expression politique de type vindicatif. De par leur nombre, ces espaces enclavés dans un espace public figé et verrouillé, démultiplient l’écho des slogans anti pouvoir, et amplifient l’intensité des revendications de citoyenneté.
Le déficit civique est énorme, la parole publique s’affranchit et grossit toujours plus, se réappropriant son terrain originel, l’espace public, l’agora, celle des peuples civilisés au sens aristotélicien du terme.
La prise de conscience du gâchis et de la nécessité de conjurer le danger qu’encourt la nation, réveille en un sursaut toutes les franges de la population.
Le FMI est toujours là, il continue d’observer la scène algérienne avec une régularité quasi religieuse et, c’est dans son rôle de gendarme du monde qu’il se rappelle au bon souvenir des décideurs du moment ou de demain. Récemment, et spécialement pour l’Algérie post 22 février, la thérapie est annoncée ; elle repose sur une « masse critique de réformes structurelles ». Tout un programme !
Audible et tonitruant le jingle est donc lancé : « A vos marques, pour les prochaines conditionnalités et une probable mise sous tutelle du FMI. »

Nadia Abdat

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