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Privés d’études et contraints à travailler dur…

Des enfants devenus adultes malgré eux

30 septembre 2016 | 16:56
M. D.

« Des petits qui assument les responsabilités des grands »… Il s’agit là de la description la plus précise qu’on pourrait faire de plusieurs dizaines d’enfants de Chlef.

En faisant un tour dans certaines communes de la wilaya, telles que Chattia, Ouled Farès, Al-Ardh Al-Baidha, Sinjas, Oued Saly, Sabha et Boukadir, on peut rencontrer des enfants qui, malgré leur très jeune âge et la fragilité de leur constitution physique, sont entrés très tôt dans le monde du travail. Interrogés sur les raisons, ils répondent d’une seule et même voix : « Ce sont les conditions financières difficiles dans lesquelles se trouvent nos familles qui nous ont poussés à quitter les bancs de l’école. Nous devions travailler pour faire vivre nos proches démunis. » Une triste vérité. 
« J’ai commencé à faire ce travail pendant les week-ends dans le but de gagner quelques dinars qui me permettraient d’aider ma famille », révèle Abbès, un enfant de 9 ans qui fait pourtant plus que son âge.

Cet enfant, qui vit dans la commune d’Ouled Farès, poursuit avec amertume : « Avec quelques-uns de mes amis du village, nous nous sommes privés de vacances ou de repos pour entrer très tôt dans le monde de l’épuisement, alors que nous étions censés passer le week-end à jouer et à nous promener… »
Dans la wilaya de Chlef, le phénomène connaît depuis quelque temps une terrible expansion sans que les autorités ne prennent la moindre petite mesure pour y mettre fin ou trouver une solution quelconque qui fasse en sorte que ces enfants et leurs familles n’aient plus à rester de longues heures durant sous un soleil brûlant à la recherche de quelques pauvres dinars.

Notre tournée avait commencé par le marché des légumes et fruits de la commune de Chattia, célèbre pour enregistrer une très grande affluence tout au long de la semaine. Une scène surprenante nous y attendait : des dizaines d’enfants, filles et garçons, se tenaient en file aux entrées du souk, essayant d’attirer notre attention et nous suppliant d’acheter leur marchandise. Ils vendaient de tout : fruits, légumes, viandes, pain, olives, fromages en tous genre, en plus de sachets et d’herbes variées… Le plus important pour eux est d’attirer les clients et de « les convaincre de nous faire gagner un peu d’argent ».

Agé de douze ans, Abdelkader est l’un de ces enfants. Nous arrêtant devant lui pour lui acheter quelques œufs, il nous a confié : « J’ai arrêté mes études l’année dernière car j’étais bien obligé d’entrer dans la vie active. Je devais subvenir aux besoins de ma famille nécessiteuse. »

En effet, son père étant décédé depuis deux ans, il s’est senti responsable de sa famille, ce qui l’a poussé à quitter les bancs de l’école et à entrer dans le monde du travail afin de faire vivre sa mère et sa petite sœur de sept ans pour laquelle il « travaillera jour et nuit pour qu’elle puisse finir ses études ». C’est d’ailleurs avec un regret incommensurable et un engagement certain qu’il fait ces promesses.

La route reliant Chattia à Ouled Farès compte un nombre important de vendeurs, en majorité des enfants, qui exposent leurs fruits et légumes sur le bord de la route, sous un soleil de plomb dont ils essaient de s’abriter derrière les arbres du bas-côté attendant qu’un client veuille bien s’arrêter devant leur marchandise.
Autre spectacle devenu courant pour les habitants de la région, celui des enfants qui travaillent comme receveurs dans des bus. C’est le métier le plus répandu ces derniers temps. Les propriétaires de ce type de véhicules préfèrent en effet employer des enfants car ces derniers ne se plaignent pas beaucoup et ont moins d’exigences.
Ammari est un enfant de treize ans qui travaille comme receveur à bord d’un véhicule de transport en commun reliant Sabha et Boukadir. « Je travaille à bord de ce bus depuis plus d’une année. Parfois, le véhicule s’arrête de fonctionner à cause d’une panne mécanique, ce qui m’oblige à aller travailler dans les souks en vendant ma propre marchandise ou en aidant les propriétaires d’étalages à vendre leurs fruits et légumes », affirme-t-il.

Ammari explique qu’il n’est payé que 12 000 dinars pour ce travail et que chaque fois qu’il demande une augmentation, le propriétaire du bus la lui refuse, arguant l’insuffisance de la recette ou les pannes mécaniques… Quant à la sécurité sociale, c’est un terme qui n’a aucune existence dans le lexique des transporteurs du secteur privé.

Selon les témoignages des habitants, il y a pire. On retrouve en effet des enfants de la région sur les chantiers de construction privés et publics ainsi que dans divers autres projets où les promoteurs « font appel à la main-d’œuvre infantile pour combler le manque d’ouvriers dans le secteur, exploitant ainsi la misère des enfants et leur faisant subir des peines plus lourdes que ce qu’ils peuvent endurer, et ce contre de bien maigres rémunérations ».

C’est du moins ce que certains de ces habitants assurent. Aussi expriment-ils toute la colère que soulève en eux cette absence totale de responsabilité, aussi bien de la part des chefs de projets que de celle des parents qui acceptent que leur progéniture travaille dans ces chantiers alors que les moindres mesures de protection et de prévention y sont absentes. Déplorant les dangers encourus par la main-d’œuvre adulte et infantile, les habitants imputent la responsabilité de ces négligences courantes aux autorités de tutelle, les appelant à y mettre fin.

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