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"Hirak"...De l’opportunité de la médiation

16 mai 2019 | 05:18
Nadia Abdat Nadia Abdat


Si on devait porter sur un graphique les temps forts et les temps morts de ce qu’on a encore du mal à bien nommer, faute de l’appréhender au moyen des critères forgés par les politologues, à savoir ; l’irruption cataclysmique d’un peuple décidé à investir sa pleine citoyenneté dont l’en a privé un Pouvoir qui a versé dans un absolutisme aberrant, nous nous rendrions bien compte que nous assistons depuis peu, à un équilibre singulier voire à un partage incongru des rôles, entre un système politique décharné mais qui a conservé une capacité de nuisance intacte et, une force de contestation dont les feux prennent partout à la fois, se massifiant chaque vendredi pour redevenir en semaine, une onde spectrale voire évanescente.

Dans l’inquiétant calme qui reprend son cours le reste de la semaine, les salles feutrées de l’alliance politique qui faisait bloc autour de son excellentissime président, sont devenues, on ne peut plus, désertes et désertées. C’est, on peut le deviner, pour les initiés, les proches, leurs protégés et leurs suites suiveuses, trop peu, ou trop compromettant, par ces temps peu sûrs, pour des pauses café, dès lors que, l’on ne traite plus aussi aisément « affaires » en râpant comme d’habitude et sans remords, l’assise des fauteuils flanqués dans le décor de lambris des coins aménagés pour de sombres conciliabules.
Depuis ces deux dernières semaines, les obligés du système et les adeptes du cinquième mandat, désarçonnés par la pacifique et durable déferlante populaire sont surtout, tétanisés par le violent et bruyant lâchage ordonné par un pouvoir isolé qui frappe sans mise en demeure préalable, les plus intouchables d’entre eux. Un mot d’ordre et de survie semble les souder encore, un seul ; motus et bouche cousue.

C’est aussi une loi d’airain du système qui prend tout son sens, lorsque le pouvoir entre en fin de cycle. Le système dégaine et tire plus vite que son ombre !

Au sein de ces alliances, aucune initiative personnelle n’est tolérée dans ce qui n’est conçu dès l’origine que comme un des murs porteurs du système, et nul ne peut s’individualiser au sein des partis-administration, même s’il est animé par le dessein « louable » de jouer au sapeur-pompier ; le passage à la trappe sans sommation, est assuré. Il suffit de parcourir le bottin du RND et du FLN depuis leur naissance.
Et, comme après chaque crise existentielle menaçante pour le système en place, les pouvoirs publics se mettent en mode automatique pour éditer en un temps record et en nombre, de nouvelles enseignes politiques, toutes sans le moindre ancrage sociologique afin d’affaiblir et d’émietter le champ politique qui tente de se recomposer et de coaguler un maximum de mouvements formels et informels afin d’en finir avec la logique du système en place.

D’organisation de masse, à parti unique, à parti Etat, à parti second, à parti alibi dans le cadre d’un multipartisme inachevé, le FLN a servi de rampe de lancement à des rastignac de tout poil. Mais dénervé depuis longtemps, il finit comme un bien Habous que tentent de ravaler ses derniers occupants pour en consommer quelques fruits encore.
L’opposition officielle quant à elle, celle qui a pignon sur rue, et dont une partie a mis autrefois, un pied dans le système dans le cadre de contrats à durées et à missions déterminées, c’est à doses homéopathiques qu’elle prétend apporter des correctifs au système politique dont elle fait partie.
Ces entités politiques relativement autonomes, sans être l’émanation expresse de l’appareil d’Etat comme c’est le cas pour le RND, se tiennent à distance respectueuse des rassemblements qu’elles n’ont d’ailleurs pas suscités, et prétendent être en mesure d’en accompagner le cheminement voire, de canaliser les revendications.
Cependant, ces routards de la politique ont besoin de plus que, leur légitime ambition, pour saisir, domestiquer et traduire sur le plan politique, ces challenges fous fixés par le peuple à commencer par celui du dégagement de la voie politique, des indus et nuisibles occupants qui en bloquent l’accès et l’usage.

Comme, ne marche pas qui veut chaque vendredi sauf, à avoir des pénates à user, une sacrée dose de sincérité et un sens du désintéressement comme l’exigent les marcheurs en quête de citoyenneté, on se réunit dans la chaleur de l’entre soi, et, on signe un billet politique hebdomadaire commun pour marquer sa présence.

La défunte constitution
Le papier subliminaire, n’empêche aucun, de ceux qui y ont apposé leur paraphe, de continuer à se singulariser afin de faire comme avant, c’est à dire, selon un dicton populaire, « saisir par le milieu, la canne ou le bâton », chacun selon sa proximité du noyau dur du pouvoir et selon sa flexible attitude pour demeurer dans les cercles gravitationnelles du pouvoir, les réintégrer ou en faire partie. Ce que l’on appelle en langage soutenu faire de la médiation, autrement-dit, entreprendre un investissement politique.

Dans un climat politique flou et instable, à l’heure du sauve qui peut, et alors que les acteurs du dialogue ne sont pas encore identifiés, les récents appels du pied à la médiation relèvent d’un positionnement prématuré voire opportuniste, alors que circule avec insistance l’idée d’un processus transitionnel dont les ingrédients sont certes possibles mais dont les fondements ne font pas encore unanimité.
On se souvient encore de ces personnages hauts en couleur, qui ont servi de ballons de sonde, dès qu’il a été mis fin au cinquième mandat et que le président partant, voulant garder la main, proposait de parrainer la transition sans rien devoir au titre du lourd passif dont il est responsable.



Cette médiation à usage personnel et aux bénéfices unilatéraux, a rapidement fait flop. En dépit de leur entregent, cet exercice a valu, aux uns, la perte d’une auréole de silence virginal, aux autres la baisse d’une renommée à l’international, pourtant acquise de haute lutte.
Selon des observateurs, l’article 102 de la défunte constitution que l’on pose comme une charnière, puis comme un socle d’action préalable pour aller vers une deuxième république, n’engage en rien vers le dialogue puisque le scenario semble, dit-on, déjà écrit et qu’il intègre de surcroît les mêmes conditions, les mêmes modalités et les mêmes moyens dont le personnel d’encadrement et d’exécution. Ce qui ne colle pas du tout au « dégagisme » scandé par les manifestants.

Cette disposition serait, assure-t-on, périmée et n’est au plus, qu’un cautère sur une jambe de bois. En effet, l’Etat, en la personne d’un président suppléant, sans prérogative active pour la durée de son court mandat, cet Etat n’est plus qu’une apparence, car il s’est vidé de toute substance.

Le pouvoir étant par nature dynamique, il s’est reconstitué ailleurs, entre les mains du général de corps de l’armée, qui assume en ces circonstances inattendues, embarrassantes et sans doute à son corps défendant, un rôle civil et politique en tant que vice-ministre de la défense.

Or un vice-ministre ne possède pas, par définition, de super pouvoirs mais il agit au besoin, en tant que second ou en tant que remplaçant en l’absence momentanée du titulaire de la charge. En l’occurrence, et fort d’une légitimité populaire, le vice-ministre a dû aller au-delà de ses prérogatives.
En effet, les verrous constitutionnalisés qui ont scellé le pouvoir à l’usage exclusif et personnel du président démis ont permis à ce dernier de régner sans partage et de rétrograder au niveau de supplétifs, l’ensemble des institutions de l’Etat. Dans la logique des concepteurs de cette constitution à la mesure de l’égo du tyran, il n’est pas possible de déverrouiller ce système de l’intérieur en tout cas, pas légalement.


Les catastrophistes
La seule voie possible mais balayée par excès d’assurance par celui qui fut maitre des lieux, reste le coup de force. Il a été mené, ce coup de force, sans effusion de sang, plutôt de façon douce et progressive sur fonds de manifestations populaires récurrentes et encourageantes. Un peu comme si le peuple en était le commanditaire.
Les catastrophistes pronostiquaient une méchante confrontation avec le bras armé du système, mais c’est un binôme qui s’est constitué, réunissant le général de corps d’armée et le Hirak. Ce couple contre nature évolue sur une scène politique surréaliste pour faire dans le « je t’aime, moi non plus » dans le cadre d’une spectaculaire opération « mains propres » de grande envergure qui assouvit surtout une passion vengeresse largement partagée.


L’indéfinissable Hirak est toujours retranché derrière le statut d’une personne morale non encore dotée de la personnalité juridique. Est-ce parce que le temps de la décantation n’est pas encore arrivé ? Est-ce parce qu’il n’y a pas assez de motifs de confiance ? Est-ce parce que le spectre est encore beaucoup trop large pour qu’émergent des figures consensuelles ? Est-ce parce que le rideau n’est pas encore tombé sur le théâtre des ombres ?



Si pour les candidats à la médiation, une partie au dialogue a émis une volonté pour y aller au plus vite pour que se tiennent les élections au plus tôt, rien ne leur assure d’avoir toutes leurs chances pour pouvoir dérouler leurs bons offices, et dans de si étroites échéances. De plus, L’exercice requiert plusieurs prérequis, dont les réponses au sujet du dialogue lui même. Qu’ils commencent à identifier toutes les parties au dialogue même la partie qui s’en prévaut par voie de communiqué chaque mardi.
Les anonymes citoyens eux, aussi dubitatifs que déroutés, se demandent en toute naïveté, à quoi correspond la médiation alors que le dialogue n’a pas commencé
Nadia Abdat

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