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De l’émotion avec Le voyage de Keltoum

13 septembre 2017 | 20:40
R. C

Projeté ce lundi 11 septembre, à la salle de la Cinémathèque, lors du troisième jour des quinzièmes Rencontres cinématographiques de Béjaïa, le court métrage Le voyage de Keltoum d’Anis Djaad a manifestement ému les cinéphiles présents.

Troisième œuvre du réalisateur Anis Djaad, Le voyage de Keltoum a livré de façon lucide mais poignante le récit d’une famille d’émigrés, intégrée certes mais socialement en grande difficulté et qui de plus, souffre terriblement de la rupture avec son pays d’origine, rapporte l’Agence presse service d’Algérie.

Cette œuvre n’est pas une nouvelle composition sur les déracinés, ni un pamphlet sur l’immigration, mais peint, en revanche, avec justesse et réalisme, la douleur sourde, d’hommes et de femmes qui triment toute leur vie, sans pouvoir au bout du compte, à la fin du rouleau, en tirer bénéfice.

S’accorder parfois un voyage, par exemple, fut-il impératif, vers le pays relève quasiment de l’irréalisme. Et irrémédiablement, le drame attend souvent au tournant. Ainsi l’a voulu Anis Djaad, qui en braquant sa caméra 23 minutes durant sur le parcours de Keltoum, a fini par mettre à nu ses déchirures, ses rêves manqués et ses certitudes.

Un gâchis sur toute la ligne. Infirmière depuis 30 ans, elle s’est occupée seule mais généreusement de sa petite famille, notamment son mari oisif, toujours en peine d’avoir quitté l’Algérie pour elle et son fils, adulte mais qui vit toujours à ses basques.

Mais lorsque sa sœur mourante lui demande, dans une supplication de dernière volonté, de rentrer à Alger pour se recueillir une dernière fois sur la tombe de leur maman, le drame éclate.

Ne pouvant réunir l’argent nécessaire au voyage, elle découvre le grand ratage de sa vie. Celui de manquer d’économie, de n’avoir pas pris soin de son mari frustré et de son enfant en état d’abandon à cause de ses absences passées à prendre soins des autres à l’hôpital.

Et chacun en a exploité le moment pour le lui faire savoir avec véhémence et colère. La mama protectrice qu’elle croit être n’en est plus une, mais une femme singulière qui découvre l’enfermement familial dans lequel elle s’est engoncée insoucieusement des décennies durant.

De guerre lasse et dans l’impossibilité de voyager, elle invente alors un mensonge vertueux, en leurrant sa sœur déjà peu consciente, de la réalisation du voyage à Alger.

Son idée s’était matérialisée en la faisant rouler longtemps sur les périphériques de Paris avant d’échouer dans un cimetière et une tombe anonyme. Une histoire et une chute émouvantes servis par des acteurs sublimes et des cadrages de composition impressionnants. A couler de frissons.

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