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De Munich à Moscou,onze ans de surdité occidentale

1er avril 2018 | 11:00


Lorsque le président russe Vladimir Poutine mettait en évidence les progrès nucléaires accomplis par la Russie, les médias occidentaux s’étaient offusqués tels des vierges effarouchées, de la démonstration de force russe. Pourtant, le chef d’Etat russe, qui a obtenu le 18 mars dernier le quitus populaire lors des élections des présidentielles, avait d’ores et déjà fait valoir cette puissance et son refus d’un monde à l’occidentale dans son discours à Munich le 10 février 2007 soit onze ans avant son allocution annuelle devant les parlementaires et les gouverneurs de Russie le 1e mars dernier.


Le discours a servi de nouvelle occasion pour Poutine de se dresser ouvertement contre les tenants d’un monde unipolaire conduit par les Etats-Unis avec l’appui de l’Europe et d’appeler à la refondation des relations internationales dépouillées de l’injustice et de l’hégémonisme. En Russie, le discours de Munich a été qualifié d’historique. Quant aux médias en Occident, les réactions étaient mitigées.
Certains voyaient dans le discours de l’homme fort du Kremlin comme une réaction spasmodiques d’un régime russe agonisant, d’une puissance en décrépitude et en mal d’influence. Les responsables politiques occidentaux faisaient tantôt des commentaires ironiques tantôt lançaient des menaces à l’adresse du « président du Tiers-monde ».
Toutefois, la prise au sérieux du discours de Munich n’a commencé à prendre de l’ampleur que depuis les toutes dernières années lorsque Poutine joignait à l’acte la parole en mettant en œuvre les capacités russes à faire face à cette hégémonie. 
Dans ce discours devant le Parlement russe, Vladimir Poutine a surpris son auditoire, et le reste du monde, en étalant pendant près d’une heure les dernières armes de haute technologie de la Russie avec images de synthèse, infographies et vidéos à l’appui.
Le chef du Kremlin a présenté une panoplie de nouveaux types de missiles de croisière avec une "portée illimitée" ou hypersoniques, des mini-submersibles à propulsion nucléaire ou encore une arme laser "dont il est trop tôt pour évoquer les détails", dira-t-il.



Poutine s’adressant aux parlementaires russes


Certains de ces nouveaux armements sont capables de rendre inopérantes les défenses antimissiles de l’ennemi. En cas d’attaque subie par la Russie, l’agresseur n’aurait aucune possibilité de se protéger de la riposte russe. Plus encore la Russie serait aujourd’hui à même de frapper n’importe quel point du globe et il n’existerait aucune manière de se défendre de ces nouveaux armements. C’est pourquoi Poutine lança aux parlementaires : "Personne ne voulait nous parler, personne ne voulait nous écouter. Alors, écoutez-nous maintenant !".
Ces nouvelles armes, a-t-il expliqué, répondent aux actions militaires des Etats-Unis, qui projettent de déployer leurs boucliers antimissiles en Europe de l’Est et en Corée du Sud.
La presse occidentale s’est offusquée de la démonstration de force de Moscou accusant Poutine de menacer la sécurité dans le monde mais ne bipe mot sur les manoeuvres américaines.
Pour les observateurs, le choc de ce discours peut rester des années. Après la timide réaction des medias aux premiers instants ayant suivi le discours, les ‘’breaking news’’ ont déferlé comme presque simultanément dans tous les médias mainstream occidentaux, comme si le holà été donné en même temps par le même rédacteur en chef.
La majorité des organes de presse a qualifié le discours de Poutine de « défi » à l’égard de l’occident, à l’image des médias anglo-amércains tels : "The Guardian", "Evening Standard", la chaîne de télévision américaine ABC ou l’agence Reuters.
D’autres médias comme « The Telegraph » se sont plutôt penchés sur les détails personnels du chef de l’Etat russe notamment sa s’interessant de plus près à sa tenue, son attitude à la tribune allant jusqu’à suggèrer que le président souffrait de froid durant son allocution. D’autres s’interrogeaient sur ce qu’il a pu manger ce jour là sans pour autant consacrer un peu d’éspace au contenu du discours.


Un signal fort
Il y aura néanmoins quelques rares médias qui ont pu éviter ce carcan et voir dans le discours de Poutine des orientations et des changements de cap à prendre au sérieux. Pour a Bloomberg et CNN le discours du président russe constitue un « signal » fort pour les États-Unis.
Le correspondant de la chaine allemande Die Welt a nota avec une pointde d’humour que l’assistance « s’est réveillée et applaudissait avec un bruyant enthousiasme » lorsque Poutine a révélé les nouveaux armements russes.
Force est de constater que n’est pas seulement le discours qui a retenu le plus l’attention des responsables et médias occidentaux mais l’interview exclusive accordée par le chef d’Etat russe à la chaine américaine NBC.

Poutine répondant aux questions de Megyn Kelly


Dans son entretien avec le président Poutine, la célèbre présentatrice de la chaine Megyn Kelly s’est longuement intéressée aux sujets liés aux nouveaux armements russes dont voici les moments forts  :
« Certains analystes occidentaux affirment que votre discours est une annonce de « la guerre froide ». Est-ce que nous sommes dans une nouvelle course aux armements ? », a demandé Megyn Kelly.
« De mon point de vue, les individus qui appellent ça une nouvelle « guerre froide », ne sont pas en réalité des analystes. Ils font de la propagande. Si vous voulez parler de la course aux armements, elle a commencé exactement au moment où les États-Unis sont sortis de l’Accord antimissile balistique », a rétorqué Vladimir Poutine.
« Certains experts estiment que vous avez effectué de mauvais tests. Et c’est pourquoi vous avez montré seulement de l’animation, mais jusqu’ici n’avez pas démontré aucune vidéo réelle », a commenté Megyn Kelly.
« Vous faite référence aux missiles balistiques intercontinentales ? » a demandé le président russe.
« Oui, je parle de ceux que vous prétendez vont rendre les systèmes de missiles inopérants », a précisé Megyn Kelly.
« Chaque système d’armement dont on parle aujourd’hui dépasse et evite facilement et chaque système de défense antimissile », a répondu Poutine.
« Ainsi vous avez effectué des tests ? » a demandé Megin Kelli.
« Les tests étaient excellents. Certaines missiles ont encore besoin de mise au point, les autres sont déjà mises au service des troupes et se trouvent en état d’alerte », – a indiqué Poutine.
« Vous pouvez affirmer directement devant la caméra que vous possédez des missiles balistiques intercontinentales avec ogive nucléaire, que vous avez testé avec succès ? » a encore demandé la journaliste.
« Les tests ont été réussis. Chacun de ces systèmes est prêt à divers degrés. Certains ont déjà été mis en alerte au sein de nos troupes », a affirmé Poutine.

Suite à la diffusion de de l’entretien, l’animatrice de la chaîne de télévision NBC, a confié qu’il était impossible de "rouler dans la farine" Vladimir Poutine, mais qu’on pouvait lui faire face avec des faits entre les mains.
Elle a souligné son intelligence qu’elle juge "hors pair".
« Il est très intelligent. Vous avez l’impression qu’il est l’homme le plus intelligent au sein de toute la compagnie. Cela ne vaut pas la peine d’essayer de rouler Vladimir Poutine, je ne crois pas que cela réussirait. Mais on peut essayer, comme je l’ai fait au cours de l’interview, de le forcer à se défendre un peu », a raconté l’animatrice de NBC.
Au demeurant, la conclusion qu’on est en mesure de tirer est la perception de l’Occident à l’égard du message de Poutine qui relève de l’ironie du sort.
En 2007, Vladimir Poutine s’est rendu en Occident, dans le territoire de l’OTAN, pour essayer de sensibiliser les leaders occidentaux sur les dangers de la course à l’armement.
Il a essayé mais en vain.
En 2018, il s’adresse à Moscou à ses propres concitoyens et voilà que le monde entier lui prête l’oreille.
A Munich, l’Occident a raté une belle occasion pour s’engager dans la voix de la paix dans le monde à travers le démantèlement des systèmes balistiques.
C’est aujourd’hui une évidence. 

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