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Chems-Eddine Chitour : « La nouvelle loi sur les hydrocarbures n’a pas lieu d’être »

14 octobre 2019 | 19:15
hydrocarbures Lynda Louifi

Le professeur Chems-Eddine Chitour estime que le moment n’est pas opportun, et que cette loi, qui donne l’impression d’être faite hâtivement, n’a pas lieu d’être.

« On ne peut pas élaborer une loi qui engage l’avenir du pays tout entier au pied levé. Il faut d’abord engager une réflexion dans le calme et la sérénité, pour se projeter sur l’avenir du pays d’ici 2030 et 2050 », a indiqué le Pr. Chitour, qui s’exprimait avant-hier sur les ondes de la chaine 3 de la radio nationale. Il explique que l’énergie ne représente qu’un sous-ensemble d’une stratégie globale visant à développer le pays, alors que d’après lui « nous n’en prenons pas le chemin ». En outre, le plus grand reproche que fait le Pr. Chitour à cette loi sur les hydrocarbures, c’est le problème de la concession qui est, selon lui, une sorte de dépossession. « Vous donnez à une société étrangère la possibilité d’exploiter comme elle veut, à son rythme, ad vitam Aeternam, une parcelle de terre. Cela veut dire qu’on ne s’appartient plus, et d’une certaine façon c’est un déni de souveraineté. »

Pour le Pr. Chitour, les gouvernements algériens n’avaient pas de vision du futur. « Jusqu’à présent, la vision des gouvernants était de maximaliser la rente, et ça ne les intéresse pas de travailler dans l’aval, mais surtout en amont. Faire en sorte qu’on puisse forer et ramener des devises », a-t-il noté, avant d’ajouter que « nous vivons au jour le jour. Nous indexons nos lois des finances comme d’habitude, sur la base du prix du baril de pétrole qui ne dépend pas de nous mais de l’OPEP, des Américains et des Saoudiens », a expliqué le Pr Chitour, avant d’ajouter que « malheureusement, nous n’avons pas de souveraineté sur notre loi des finances ». Pour lui, les compagnies pétrolières étrangères viennent uniquement pour rendre le pétrole et le gaz naturel algérien « exportable », et elles ne laissent pas « un savoir-faire ».

Par ailleurs, le Pr. Chitour tire la sonnette d’alarme et fait savoir que le déficit financier de l’Algérie se creuse d’année en année, se situant, cette année, autour de 68 à 70 milliards de dollars. Il prévient que d’ici 2021 à 2022 le pays sera à court, car le prix du baril de brut aurait peu de chance de regagner le sommet, qui est estimé à 175 dollars, pour permettre de rééquilibrer le budget.

L’intervenant regrette que le pays en soit arrivé à ces extrémités, et explique cela par le fait qu’à partir des années 1980, le pays a perdu sa faculté d’innovation. « Nous avions un certain savoir-faire qui a été bradés notamment après l’instauration du programme anti-pénurie, encourageant les importations au détriment de la production nationale pour gagner la paix sociale », a-t-il constaté. Il estime qu’il est impossible pour l’Algérie d’être financièrement à l’aise, d’ici deux à trois années, prévenant que cette situation nous mènera à un retour au FMI, qui prévoit comme conséquences la « négation du social », déplore-t-il. L’intervenant pointe du doigt les hommes politiques qui ne disaient pas la vérité au peuple et que l’Algérie va droit au mur. « Malheureusement, l’Etat vit au-dessus de ses moyens et les Algériens ont une mentalité de pays riche, alors qu’on n’invente rien et qu’on ne fait que consommer la rente », a-t-il indiqué.

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