Nationale

#TITRE

442

Ces enfants qui sécheront l’école cette année

21 septembre 2016 | 19:37
M. D.

La rentrée scolaire de cette année a eu lieu le 4 septembre avec – fait nouveau– un cours inaugural consacré à la mémoire de la Révolution et donné aux 8 millions d’élèves des trois paliers (primaire, moyen et secondaire).

« Un cours qui mettra en avant les valeurs de la glorieuse guerre de libération », a précisé Mme Benghebrit, la ministre de l’éducation. Sauf que Rachida, Manel, Ayoub et d’autres n’ont pas rejoint les bancs des classes et n’auront donc pas cette « chance d’assimiler les valeurs de la glorieuse guerre de libération ».

Ceux-là habitent à mille lieux des grandes agglomérations, sur des collines, au pied des montagnes, là où le transport n’a pas accès. « Nous avons décidé d’un commun accord, nous pères de famille, de ne pas envoyer nos enfants à l’école, distante de 7 kilomètres de nos domiciles. 

Nos filles, surtout, grandissent (entre 10 et 11 ans). Les promesses des autorités locales consistant à nous garantir le transport scolaire n’ont pas été tenues. Nous avons trop peur pour nos enfants parce que nous ne voulons pas le regretter dans un environnement où le kidnapping des mômes est devenu quasiment une banalité », a déclaré, avec amertume, Bachir, un membre de l’Association des parents d’élèves d’une commune de l’extrême ouest du pays.

« Ne citez pas mon douar s’il vous plaît », implore-t-il, expliquant qu’il craint qu’on assimile sa décision de retirer les enfants de l’école à une action politique tel un boycott. « Nous ne sommes affiliés à aucune formation politique.

D’ailleurs, la plupart des parents d’élèves ici sont illettrés, de petits agriculteurs », ajoute-t-il. Dans le village de Chebikia, à quelque 15 kilomètres de Maghnia près de la frontière avec le Maroc, des parents d’élèves ont clairement affiché leur refus d’envoyer leurs enfants à l’école. L’association en a informé les responsables de la wilaya et le ministère de l’Education :

« L’établissement de nos enfants ressemble à tout sauf à un espace pédagogique. Il ne dispose ni de toilettes, ni d’éclairage, encore moins du minimum de commodités permettant à nos petits de suivre leur cursus dans des conditions décentes… »

Dans un communiqué, ladite association dénonce les mensonges des élus : « Les élus locaux ont été longtemps informés des carences de cette école, mais rien n’a été fait. Le transport scolaire est insuffisant, ce qui nous a amenés à retirer beaucoup de nos filles de l’école.

En hiver, il fait nuit quand elles sortent de la maison et il est normal qu’on ait peur pour elles. Nos enfants sont délaissés et nous ne sommes pas prêts à les laisser partir rejoindre leurs classes tant que le minimum des conditions ne leur soit offert… »

Et il y a des pères de famille qui, ne pouvant faire face aux dépenses liées à la scolarité (fournitures scolaires, vêtements, absence de cantine et de transport…), ont carrément mis fin au cursus de leur progéniture.

« J’ai du mal à nourrir ma famille. Mes deux garçons de deuxième et troisième années moyennes (12 et 13 ans) ont de mauvaises notes, n’ont pas l’esprit aux études. Je ne leur en veux pas car aller à l’école est un calvaire pour eux.

Faire 10 kilomètres aller-retour, déjeuner avec deux tomates et deux œufs à midi et se lever très tôt le matin n’est certainement pas motivant pour se concentrer. Ils perdent leur temps dans des classes gelées en hiver.

Je vais les initier au travail, peut-être qu’ils auront une meilleure vie que moi », estime Noureddine, qui reconnaît que priver un enfant de l’école est pratiquement un crime. « Mais que voulez-vous, ce n’est pas de ma faute si je suis pauvre et que la prime de scolarité de 3 000 DA ne suffit pas. »

Loin des discours pompeux des autorités qui louent l’enseignement gratuit, des enfants de la campagne – certains résident à quelques pas des établissements scolaires – tournent le dos au savoir. « Il est déjà difficile d’assurer le pain quotidien à ma nombreuse famille, comment puis-je prendre en charge les frais de scolarité de nos enfants.

Mon choix douloureux a été fait : nourrir mes enfants passe avant leur scolarité et s’il y a quelqu’un qui doit être puni, ce n’est certainement pas moi… », conclut Ali, la voix enrouée et le visage émacié.

Commentaires

    Horaire des prières / ALGER
  • Fadjr: 0
  • Dhohr: 0
  • Assr: 0
  • Maghreb: 0
  • Isha': 0
  • Agenda Officielle

caricature

caricature

SONDAGE

Le Hezbollah libanais est-il un mouvement de résistance ?

Facebook

Twitter